Alors que doivent s'y tenir des épreuves olympiques cet été, la qualité des eaux de la Seine inquiète.
À l'approche des Jeux, l'ONG Surfrider Foundation alerte, lundi 8 avril, sur les "risques" encourus par les athlètes qui plongeront dans le fleuve.
Sur 14 mesures effectuées par l'association, 13 se révèlent "au-dessus voire très largement au-dessus" des seuils recommandés pour la baignade.

La Seine sera-t-elle prête à temps pour accueillir les JO ? À près de 100 jours du coup d'envoi de la grand-messe olympique, qui s'ouvrira sur le fleuve traversant Paris d'est en ouest sur 13 km, tous les voyants virent au rouge. Après avoir réalisé une campagne de prélèvements sur six mois, l'ONG Surfrider Foundation a fait part, lundi 8 avril, de "ses inquiétudes croissantes" quant à l'état "alarmant" des eaux de la Seine et aux "risques encourus par les athlètes à évoluer dans une eau contaminée", où vont notamment se tenir les épreuves de triathlon et de natation en eau libre.

Sur les 14 mesures que l'association, chargée de la protection et de la mise en valeur des lacs, des rivières, de l'océan, des vagues et du littoral, a effectué entre fin septembre 2023 et fin mars 2024, sous les ponts Alexandre-III et de l'Alma, 13 se révèlent "au-dessus voire très largement au-dessus" des seuils habituellement recommandés pour la baignade.

Une eau "impropre" à la baignade

Au regard de la directive européenne "baignade" de 2006 et des barèmes des Fédérations de natation et de triathlon, les concentrations de deux bactéries indicatrices de contamination fécale, Escherichia coli et entérocoques, ne doivent pas dépasser les 1000 unités formant colonie (ufc)/100 ml en E. coli et 400 ufc/100 ml en entérocoques. Au-delà, l'eau est considérée comme impropre à la baignade.

Les analyses effectuées, en partenariat avec le laboratoire Eau de Paris (le même que la mairie de Paris) et Analy-Co, "réalisées de façon aléatoire et avec un calendrier prédéfini afin de s'affranchir des conditions météorologiques (pluie, soleil, inondation...)", montrent des concentrations en E.coli régulièrement supérieures à 2000 ufc/100 ml (maximum de 7250 sous le pont de l'Alma le 7 février) et à 500 ufc/100 ml pour les entérocoques (maximum de 1190 le 7 février).

"La qualité de l'eau sera au rendez-vous"

La période analysée ne fait pas partie de celle envisagée pour la baignade en Seine, qui sera réservée aux mois d'été. "Fort ensoleillement, faibles précipitations, longue durée diurne, débit faible du fleuve" sont les facteurs météo "inatteignables l'hiver" qui permettent au contraire de piquer une tête à cette période de l'année, a affirmé à l'AFP Pierre Rabadan, l'adjoint à la Seine de la mairie de Paris. 

La préfecture d'Île-de-France a par ailleurs assuré que les "ouvrages structurants du plan baignade qui améliorent le fonctionnement du réseau d’assainissement par temps de pluie seront mis en service en avril et en mai." "La qualité de l'eau de la Seine sera au rendez-vous pour les JO", a-t-elle promis, avec l'activation au deuxième semestre 2024 des unités de désinfection des usines de traitement de l'eau.

La Seine pas faite pour nager
Ana Marcela Cunha, championne olympique de natation marathon

Néanmoins, d'autres analyses transmises fin 2023 à l'AFP par la mairie de Paris avaient déjà montré qu'entre juin et septembre 2023, aucun des 14 points de prélèvement parisiens de l'eau n'avait atteint un niveau de qualité suffisant au regard des directives européennes.

Le mois dernier, la championne olympique de natation marathon, Ana Marcela Cunha, avait demandé aux organisateurs de prévoir un "plan B", "au cas où cela ne serait pas possible de nager". "Les organisateurs doivent accepter que, peut-être, il sera malheureusement impossible de réaliser les épreuves là où ils le veulent", avait-elle affirmé, jugeant que "la Seine n'est pas faite pour nager".

Face au "manque de visibilité" et de communication des autorités, l'ONG Surfrider Foundation réclame dans une lettre ouverte l'accessibilité aux lieux des épreuves "avant et pendant" toute la durée des Jeux de Paris 2024 pour pouvoir continuer à y effectuer ses propres prélèvements.


Yohan ROBLIN

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