Affaire Bouthier : le PDG d'Assu 200 suspecté de "traite d'êtres humains"

Affaire Bouthier : comment se mettent en place les réseaux de "viols sur mineurs" et de "traite d'êtres humains mineurs"

Propos recueillis par Aurélie Sarrot
Publié le 24 mai 2022 à 14h58, mis à jour le 24 mai 2022 à 23h39
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le patron d'Assu 2000 Jacques Bouthier a été mis en examen et incarcéré samedi dans une enquête pour "traite des êtres humains" et "viols sur mineure".
Cins autres personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire.
La présidente d'Innocence en danger, Homeyra Sellier, revient pour TF1info sur la mise en place de ces réseaux.

Des faits qui auraient été commis pendant des années durant, des complices présumés, parmi lesquels un ancien gendarme du GIGN, deux victimes au moins…  Samedi dernier, Jacques Bouthier, 75 ans, a été rattrapé par la justice. Le patron du groupe de courtage en assurances Assu 2000 ainsi que cinq autres personnes ont été mis en examen et écroués "dans le cadre d'une information judiciaire ouverte samedi des chefs de "traite des êtres humains à l'égard de mineur", "tentative, viols sur mineure de plus de 15 ans, recours à la prostitution d'un mineur" et "agressions sexuelles sur mineure de moins de 15 ans". 

Cette dernière infraction concerne une adolescente âgée de 14 ans qui aurait remplacé la première victime âgée de 22 ans, jugée trop vieille par le chef d'entreprise. Homayra Sellier, présidente et fondatrice de l'association Innocence en danger International" et qui va se constituer partie civile dans ce dossier, revient pour TF1info sur la mise en place de tels réseaux. 

Quelle a été votre réaction en apprenant cette affaire ? 

C'est une affaire extrêmement grave qui dure depuis des années, avec des complicités. Très souvent dans ce type de faits, il faut qu'il y ait des complices. On ne peut pas perpétuer des crimes de cette nature dans le temps, sur la durée, sans qu'il n'y ait des complicités autour. Des gens qui ferment les yeux, ou qui sont intéressés à qui cela profite d'une manière ou d'une autre.

 Ces secrets, ces choses non avouables que des personnes partagent entre elles font que tous vont se protéger autant que possible jusqu'à ce qu'un élément vienne perturber ce pacte de silence. Ici, c'est cette jeune femme de 22 ans qui a sauvé la vie de la petite fille de 14 ans. On apprendra peut-être au fil des investigations que d'autres mineures sont concernées. 

Comment peuvent se mettre en place de tels réseaux ? 

En général, ceux qui organisent ce type de réseaux sont des gens qui ont une influence, donc des moyens pour être certain de pouvoir acheter le silence des autres. Les auteurs des faits impliquent toujours leurs complices : soit en les payant, soit en leur offrant des objets de valeurs, soit en leur offrant un emploi, soit en leur prêtant les filles ou les garçons dont ils abusent… Les crimes sont ensuite commis ensemble, dans le secret et dans un lieu qu'ils partagent. Les réseaux se constituent très facilement en payant les gens ici et là. 

"Les réseaux se constituent très facilement en payant les gens ici et là"

Homayra Sellier, présidente d'Innocence en danger

Dans l'affaire Bouthier, les jeunes filles sont très jeunes. Où trouve-t-on ce genre de proies quand on est un prédateur ? 

Apparemment dans cette affaire, la plus jeune des victimes viendrait du Maghreb. Avoir accès aux mineurs marocains n'a malheureusement jamais été un problème et on le sait très bien en France. Beaucoup de Français vont 'chasser' là-bas. Les faire entrer et sortir du pays n'a jamais été un souci d'ailleurs non plus. 

Pour la victime majeure, je n'ai pas connaissance de sa nationalité mais il faut savoir que dans ces affaires-là, il y a beaucoup de cas où les prédateurs s'en prennent aux jeunes en difficulté. Cette difficulté peut être avec les parents,  l'enfant peut être en fugue. Il peut y aussi une difficulté en lien avec le manque de ressources, avec des jeunes dans une précarité dont ils ne voient pas la fin et qui donc acceptent des choses qui sont inacceptables comme la séquestration, le viol, voire les violences. 

Je vais dire quelque chose qui va peut-être vous choquer mais on peut trouver des gosses sans difficultés dans des tas d'institutions en France. Vous savez, la prostitution dans les foyers où les enfants vivent et doivent être protégés, cela ne date pas d'hier. On n'en parle pas certes, mais ça existe ! J'ai été en contact plusieurs fois avec des jeunes dans des foyers ou des familles d'accueil où la prostitution était courante. 

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Comment ces jeunes filles ou jeunes garçons sont-ils parfois appâtés par ce genre de situation ? 

Au début, on leur montre un autre visage : le luxe, la facilité, l'argent, les voyages, le logement… Plusieurs victimes adolescentes m'ont montré leur train de vie et leur appartement. Je peux vous dire qu'elles étaient confortablement installées, qu'elles avaient un budget pour faire du shopping. Mais elle 'payait' le prix très cher avec parfois plusieurs viols dans la même journée. Pourquoi ne retournaient-elles pas chez elles ? Souvent, ces victimes étaient sans parents, ou avaient des parents en prison, ou des parents en difficultés financières ou psychiques. Elles sont donc restées dans des situations intenables, celle du choix de celui qui n'a pas le choix, parfois sous la menace de mort, parfois droguées... Quand on dit à une petite de 13 ou 14 ans : 'Si tu rentres pas ce soir je te tue !", je peux vous dire que l'enfant rentre.

"Il y a beaucoup de cas où les prédateurs s'en prennent aux jeunes en difficulté"

Homayra Sellier, présidente d'Innocence en danger

Que conseillez-vous aux victimes? 

Ça demande beaucoup de courage mais il est très important que ces victimes prennent attache soit avec la police et la gendarmerie, soit avec les nombreuses associations consacrées ces victimes. La sortie de ces réseaux est possible, heureusement. L'affaire Bouthier le montre une nouvelle fois aujourd'hui. 


Propos recueillis par Aurélie Sarrot

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