"Censure préalable" sur l'affaire de chantage à Saint-Etienne : une trentaine de sociétés de journalistes soutiennent Mediapart

Publié le 22 novembre 2022 à 7h37, mis à jour le 22 novembre 2022 à 19h46

Source : Sujet TF1 Info

Le tribunal judiciaire de Paris a interdit à Mediapart de publier de nouvelles informations tirées d'enregistrements audio du maire de Saint-Étienne Gaël Perdriau.
Le directeur de la publication Edwy Plenel dénonce une "décision sans précédent de mémoire de juriste et de journaliste" et son média tentera de la faire annuler vendredi.
Trente-six sociétés de journalistes, dont celle de LCI (groupe TF1), dénoncent "une grave et flagrante attaque contre la liberté de la presse".

La justice a interdit à Mediapart de publier de nouvelles informations tirées d'enregistrements audio du maire LR de Saint-Étienne Gaël Perdriau, après une série de révélations sur une affaire de chantage à la vidéo intime, a annoncé lundi le média en dénonçant une "censure préalable sans précédent".

L'ordonnance du tribunal judiciaire de Paris, rendue en urgence vendredi 18 novembre, à la demande de Gaël Perdriau, "est une décision sans précédent de mémoire de juriste et de journaliste", a déclaré à l'AFP le directeur de la publication de Mediapart, Edwy Plenel, évoquant une "procédure très exceptionnelle", selon lui "jamais vue sur le terrain de la presse".

"Mediapart n'était pas informé de cette procédure" et n'a pas pu "défendre son travail et ses droits", dénonce-t-il dans un billet publié lundi par Mediapart. L'ordonnance fait injonction de ne pas publier "de nouvelles révélations sur les pratiques politiques du maire de Saint-Étienne, appuyées notamment sur les mêmes enregistrements qui nous ont permis de révéler le scandale du chantage à la sextape dont a été victime son premier adjoint centriste, Gilles Artigues", affirme Edwy Plenel.

10.000 euros par extrait publié

Selon le texte de l'ordonnance, Mediapart ne peut "publier tout ou partie de l’enregistrement illicite réalisé le 27 novembre 2017" dans le bureau du maire "sur tous supports, électronique, papier ou autre (…) et ce sous astreinte de 10.000 euros par extrait publié".

L'affaire a débuté début août quand Mediapart a publié les confessions de l'ancien compagnon d'un adjoint municipal de droite s'accusant d'avoir piégé le premier adjoint Gilles Artigues en le faisant filmer pour le faire chanter dans une chambre d'hôtel avec un escort boy. Selon ses confessions, cette "barbouzerie" avait été organisée à la demande du maire - lequel a toujours démenti toute implication - et rétribuée via des prestations fictives facturées à des associations culturelles financées par la municipalité. 

Le parquet de Lyon a ouvert une enquête judiciaire après une plainte pour chantage de Gilles Artigues. Différents protagonistes de l'affaire, dont le maire, son adjoint et son directeur de cabinet ont été placés en garde à vue puis relâchés, des téléphones et des ordinateurs ont été saisis pour analyse. Les enregistrements très embarrassants publiés par Médiapart ont été faits par Gilles Artigues et ont été versés au dossier, selon les informations de l'AFP.

Laurent Wauquiez pris pour cible

Le scandale a poussé Gaël Perdriau à limoger son directeur de cabinet puis à renoncer à ses fonctions représentatives à la ville et à la Métropole de Saint-Etienne, tandis que l'adjoint municipal nommément accusé d'avoir tourné la vidéo compromettante démissionnait. Exclu de LR, Gaël Perdriau a riposté en portant plainte contre son ancien parti pour "diffamation" et contre le député Éric Ciotti pour "injures publiques".

D'après Mediapart, Gaël Perdriau a invoqué "une atteinte à la vie privée" pour bloquer la publication de nouvelles révélations. Le journaliste auteur de l'enquête l'avait au préalable sollicité pour avoir sa position sur des "faits nouveaux". Selon Edwy Plenel, ces faits "mettent en cause les pratiques du maire de Saint-Étienne, notamment dans le recours à la rumeur comme instrument politique", avec pour cible Laurent Wauquiez, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Pour Me André Buffard, l'avocat de Gilles Artigues, la démarche du maire est "grotesque" : "C'est l'hôpital qui se fout de la charité, car Gaël Pedriau, qui a utilisé l'atteinte à la vie privée pour se débarrasser d'un de ses adversaires politiques, l'invoque aujourd'hui pour empêcher la parution de propos qu'il a tenus lui-même concernant une personnalité de sa famille politique". 

Trente-six SDJ, dont celle de LCI, en soutien

Ce mardi, 36 sociétés de journalistes (SDJ), dont celle de LCI, apportent leur soutien à Mediapart et dénoncent, dans une tribune, "cette censure préalable, décidée sans débat contradictoire", qui est "une grave et flagrante attaque contre la liberté de la presse". "Depuis la loi du 29 juillet 1881 qui a instauré en France le droit d'information et la liberté d'expression, jamais une telle procédure, à notre connaissance, n'avait été utilisée pour censurer préalablement un média", ajoutent les SDJ. 

De son côté, Mediapart prépare une riposte devant la justice ce vendredi. Le journal tentera de faire annuler la décision auprès du tribunal judiciaire de Paris. 


La rédaction de TF1info

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