Mort du militant indépendantiste corse Yvan Colonna

Agression d'Yvan Colonna : "S'il décède", l'État "devra rendre des comptes", prévient sa famille

Aurélie Sarrot
Publié le 3 mars 2022 à 13h00
Agression d'Yvan Colonna : "S'il décède", l'État "devra rendre des comptes", prévient sa famille

Agressé mercredi à la maison centrale d'Arles, Yvan Colonna est dans le coma.
Son agresseur, un détenu djihadiste de 36 ans, a été placé en garde à vue.
Le mobile de l'agression n'est pour l'heure pas connu.

"De l'incompréhension" et "de la colère". Dans un communiqué publié mercredi soir, Me Spinosi, avocat de la famille d'Yvan Colonna, a détaillé dans quel état se trouvait celle-ci après l'agression du berger corse par un codétenu à la maison centrale d'Arles.

"La famille d'Yvan Colonna entend demander raison à l'État de l'agression dont il a été victime. Comment un détenu aussi 'particulièrement signalé' a-t-il pu être aussi sauvagement agressé par un codétenu ? Où étaient les gardiens dont le rôle était précisément d'empêcher ce genre d'agression ?" se demandent les proches d'Yvan Colonna. 

La victime retrouvée inanimée

Ce jeudi, on ignorait toujours le mobile de l'agression. Selon nos informations, l'agresseur présumé d'Yvan Colonna est Franck Elong Abé, un djihadiste âgé de 36 ans. Détenu en 2012 en Afghanistan à Bagram par les Américains, il a été remis à la France en 2014.  Condamné à titre principal à la peine de neuf années d’emprisonnement du chef d’"association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme", il purgeait sa peine à la maison centrale d’Arles depuis le 17 octobre 2019, en provenance du centre pénitentiaire de Nantes (Loire-Atlantique). Il a été signalé à plusieurs reprises comme étant l'auteur de 14 incendies et de dégradations de sa cellule lorsqu’il était détenu à Condé-sur-Sarthe.  Immédiatement interpellé après les faits, il a été placé en garde à vue pour "tentative d’assassinat".

Les premiers éléments recueillis permettent d’établir qu’Yvan Colonna "a été victime d’une strangulation à mains nues, puis d’un étouffement" a détaillé mercredi le procureur de la République de Tarascon. "Dès la découverte de la victime inanimée par un surveillant pénitentiaire, les secours internes prodiguaient un massage cardiaque moins de 3 minutes après l’alerte. 

À l’arrivée des pompiers puis du SMUR, Yvan Colonna était médicalisé sur place alors qu’il se trouvait en arrêt cardiaque et respiratoire. Les réanimateurs parvenaient à relancer l’activité cardiaque" a-t-il ajouté.

Jeudi matin son agresseur présumé était toujours entendu à Marseille par les enquêteurs de la police judiciaire. "Il reconnaît être l'agresseur. Il est très taiseux. Il ne s'explique pas vraiment sur son geste. Il dit qu'il n'y avait pas d'animosité particulière avec Yvan Colonna ni aucun autre détenu", a déclaré à l'AFP Me Benoît David, l'avocat de Franck Elong Abé.

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Admis dans un premier temps en réanimation à l'hôpital d'Arles, Yvan Colonna, a été transféré mercredi en fin d'après-midi dans un hôpital de Marseille.  Sous respirateur, il est dans un coma post anoxique. "Il est toujours dans le coma", indique ce jeudi Me Spinosi à TF1. "L'État était juridiquement responsable de la sécurité d'Yvan Colonna. S'il décède, l'administration pénitentiaire et l'ensemble de la hiérarchie politique dont elle dépend devra rendre des comptes", avertit la famille d'Yvan Colonna mercredi.

"Défaillance du système carcéral auquel il a été soumis"

Yvan Colonna, aujourd'hui âgé de 61 ans, avait intégré la maison centrale d’Arles le 6 décembre 2012 en provenance du centre pénitentiaire Sud Francilien de Réau (Seine-et-Marne), en exécution d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 18 ans pour l’assassinat du Préfet Érignac.

Dans le communiqué envoyé par Me Spinosi, la famille d'Yvan Colonna rappelle que "depuis 10 ans, en application du droit commun, il a demandé à être incarcéré en Corse auprès des siens". "Pour des motifs essentiellement politiques, ses demandes ont systématiquement été refusées. Les recours judiciaires qui ont été formés ont tous été rejetés, insiste-t-elle. On peut légitimement penser que s'il avait été rapproché, Yvan Colonna n'aurait pas été livré aux risques des violences extrémistes dont il a été la victime".  Elle estime par ailleurs que "le décès d'Yvan Colonna" qui pourrait survenir suite à cette agression en détention démontrerait à lui seul "la défaillance du système carcéral exceptionnel auquel il a été injustement soumis." "Une défaillance qu'il risque de payer de sa vie" conclut la famille.

Manifestation et blogages

Depuis la médiatisation de l'agression d'Yvan Colonna, plusieurs actions ont été menées par ses soutiens. Des centaines de personnes ont manifesté leur colère mercredi en Corse : ils étaient 450 à Ajaccio, 350 à Corte et 300 à Bastia, selon les autorités. A Ajaccio, ils ont brûlé des poubelles et palettes sur la route devant la préfecture. Le président de la Collectivité de Corse Gilles Simeoni a accusé l'État français de porter "une responsabilité accablante". L'Université de Corse située à Corte (Haute-Corse) était quant à elle bloquée jeudi par des étudiants.


Aurélie Sarrot

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