Aide aux migrants : un universitaire fait condamner Estrosi qui l'avait qualifié de "passeur"

La rédaction de LCI
Publié le 23 avril 2021 à 11h43
Aide aux migrants : un universitaire fait condamner Estrosi qui l'avait qualifié de "passeur"

Source : Valery HACHE / AFP

JUSTICE - Le maire de Nice, a été condamné vendredi 23 avril à 3000 euros d'amende pour diffamation suite à des propos tenus contre un universitaire venu en aide à des migrants. Son avocat a déjà indiqué qu'il ferait appel.

"Il m'a fait passer pour une crapule faisant passer des terroristes et un trafiquant d'êtres humains", fustige Pierre-Alain Mannoni. "C'est grave et depuis j'ai reçu des menaces de mort". Le géographe niçois, venu en aide à des migrants, a fait condamner le maire LR de Nice, Christian Estrosi, à 3000 euros d'amende pour diffamation. L'élu de droite l'avait comparé à un passeur en 2017 sur Twitter, suite à une décision de justice le relaxant.

"Pierre-Alain Mannoni, Cédric Herrou... Ils sont tous coupables de faire entrer illégalement des individus sur notre territoire. Avec ces agissements, ils favorisent le travail des passeurs [...]. Certains djihadistes se font passer pour des migrants [...] Comment ces individus peuvent-ils nous certifier qu'ils ne font pas rentrer de terroristes sur notre sol en violant la loi comme ils le font ?" écrivait à l'époque Christian Estrosi.

Pour l'avocate du chercheur, les propos étaient "injustifiables" car ils avaient "cloué au pilori" son client, le faisant "passer pour un passeur de terroristes". "Je considère que les déclarations de Christian Estrosi s'inscrivaient dans le cadre d'un débat public sur l'immigration et les dangers potentiels de l'aide apportée à une immigration illégale", a considéré au contraire Me Gérard Baudoux, avocat du maire, qui a indiqué à l'AFP qu'il faisait immédiatement appel de cette décision.

Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, un combat pour le "principe de fraternité"

Avec l'agriculteur de Breil-sur-Roya, Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni fait partie des premiers militants poursuivis par les autorités dès 2016 pour l'aide apportée à des migrants à la frontière italienne. Lui-même avait hébergé brièvement trois Erythréennes réfugiées dans un centre de vacances français désaffecté avant de les conduire en voiture à une gare SNCF vers Marseille, où elles devaient être soignées par des associations. Pris dans une tourmente judiciaire qui a duré quatre ans jusqu'à sa relaxe définitive le 28 octobre 2020, le géographe a saisi la justice à son tour et attaqué la publication du maire de Nice : "C'est long, mais je commence à pouvoir rendre les coups", a-t-il dit.

De son côté, Cédric Herrou, poursuivi pour avoir convoyé successivement en 2016 200 sans-papiers de la frontière italienne jusqu'à son terrain, puis improvisé avec des associations un accueil de fortune dans un ancien centre de vacances désaffecté, a été définitivement relaxé par la Cour de cassation le 31 mars après trois procès et une saisine du Conseil constitutionnel. Mais il reste mis en examen à Grasse après son interpellation le 23 juillet 2017 en gare de Cannes avec 156 migrants qu'il accompagnait pour s'enregistrer et déposer une demande d'asile à Marseille.  

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Le combat pour le "principe de fraternité" de Cédric Herrou et ses avocats, mené au côté de Pierre-Allain Mannoni, a conduit le Conseil constitutionnel à reconnaître le principe de fraternité en 2018 et réécrire la loi pour préciser que, si l'aide à l'entrée sur le territoire est toujours un délit, l'aide à la circulation et au séjour n'est pas sanctionnable si elle est réalisée dans un but humanitaire et sans contrepartie. "C'est une immense victoire", avait à l'époque déclaré l'avocat de Cédric Hérrou, Patrice Spinosi. "Le principe de fraternité est reconnu. La main tendue à l'étranger, si elle est désintéressée, ne doit pas être punissable".


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