Assassinat de Samuel Paty : un premier procès à huis clos, six anciens collégiens jugés à partir de lundi

par Y.R. avec AFP
Publié le 27 novembre 2023 à 9h20

Source : TF1 Info

Trois ans après l'assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, s'ouvre le premier procès relatif à l'affaire.
Six anciens collégiens comparaissent à huis clos, à partir du lundi 27 novembre, devant le tribunal des enfants de Paris, accusés d'avoir joué un rôle dans l'engrenage meurtrier.

Ils sont accusés d'avoir scellé le funeste destin de Samuel Paty. Trois ans après l'assassinat du professeur, poignardé et décapité près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, six anciens collégiens, mineurs au moment de l'attentat qui avait suscité un vif émoi, comparaissent, à huis clos, à partir du lundi 27 novembre, devant le tribunal des enfants de Paris. Alors que le procès des huit suspects majeurs aura lieu fin 2024, ce premier volet se tiendra jusqu'au 8 décembre.

Cinq anciens élèves du collège du Bois d'Aulne, actuellement en liberté, sous contrôle judiciaire, seront jugés pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des violences aggravées". À l'époque âgés de 14 et 15 ans, ils sont accusés d'avoir désigné, contre rémunération, Samuel Paty à son tueur, Abdoullakh Anzorov, un réfugié russe d'origine tchétchène, le 16 octobre 2020. L'islamiste radicalisé de 18 ans, qui reprochait à l'enseignant d'histoire-géographie de 47 ans d'avoir montré des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression, avait été abattu dans la foulée par la police. 

Une sixième mineure, âgée de 13 ans au moment des faits, comparaîtra quant à elle pour "dénonciation calomnieuse". Elle avait, à tort, soutenu que Samuel Paty avait demandé aux élèves musulmans de la classe de se signaler et de sortir de la classe avant de montrer les caricatures de Mahomet. Elle n'avait en réalité pas assisté à ce cours. Son mensonge a été à l'origine d'une violente campagne alimentée sur les réseaux sociaux par son père, Brahim Chnina, et par un militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, auteur de multiples vidéos qui avaient attiré l'attention sur le professeur. Tous deux seront jugés fin 2024.

Un procès "fondamental" pour sa famille

Pour la famille de Samuel Paty, ce premier procès, "fondamental", est très attendu. "Le rôle des mineurs est essentiel dans l'engrenage qui a conduit à l'assassinat" du professeur, dit Me Virginie Le Roy, qui représente ses parents et l'une de ses sœurs. L'enquête avait retracé comment, en dix jours, le piège s'était refermé sur l'enseignant : du mensonge de la collégienne aux attaques en ligne, jusqu'à l'arrivée de l'assaillant devant l'établissement scolaire le 16 octobre 2020. 

Rôdant autour du collège du Bois d'Aulne, le jour de l'assassinat de Samuel Paty, Abdoullakh Anzorov a ainsi proposé à un adolescent 300 euros pour identifier le professeur que l'assaillant disait vouloir "filmer en train de s'excuser". Le collégien s'est "vanté" et a relayé la proposition, ne se "sentant pas le faire tout seul". Quatre autres de ses camarades l'ont rejoint, d'après des témoignages cités dans l'ordonnance des juges d'instruction consultée par l'AFP. Après avoir fait le guet pour le terroriste, ils ont fini par lui désigner Samuel Paty à la sortie des classes. L'enseignant sera assassiné peu avant 17h. 

Jusqu'à 2 ans et demi de prison

Lors d'auditions, où ils se sont effondrés en larmes devant les enquêteurs, les collégiens ont juré avoir imaginé que le professeur se ferait tout au plus "afficher sur les réseaux", peut-être "humilier", "taper"... mais "jamais" que ça irait "jusqu'à la mort" de celui-ci. Les adolescents sont aujourd'hui lycéens. Ils encourent deux ans et demi d'emprisonnement. "C'est compliqué", résume Me Dylan Slama, avocat de l'un d'eux. "Toute sa vie, il restera ce gamin impliqué dans cette affaire"

Une dizaine d'enseignants collègues de Samuel Paty comptent se constituer parties civiles à l'ouverture du procès, en "soutien" de la famille, selon leur avocat, Me Antoine Casubolo-Ferro. Une "démarche tardive" que "ne comprend pas du tout" Mickaëlle Paty, une autre sœur du professeur d'histoire-géographie, qui estime que "leur soutien envers leur collègue fut loin d'être évident", selon son avocat, Me Louis Cailliez. L'ex-compagne de Samuel Paty, elle, n'assistera pas à l'audience. Elle "fera parvenir une lettre à la présidente", a fait savoir Me Francis Szpiner, qui la défend ainsi que leur fils.


Y.R. avec AFP

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