Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray

Le récit glaçant de Guy Coponet, rescapé de l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray

LC. avec AFP
Publié le 17 février 2022 à 17h17
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Le procès de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray s’est ouvert ce lundi devant la cour d’assises de Paris.
Trois hommes sont jugés pour "association de malfaiteurs terroriste".
Rescapé de l'attaque, Guy Coponet raconte "cette matinée" où il a reçu quatre coups de couteaux.

Il raconte cette journée comme si c'était hier. À 92 ans, Guy Coponet est l'un des rescapés de l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray qui a coûté la vie au père Hamel, le 26 juillet 2016.  Assis sur une chaise devant la cour d'assises spéciale de Paris, ce jeudi 17 février, il dresse pendant une vingtaine de minutes le récit de "cette matinée" où il a reçu quatre coups de couteaux.

"C'était le jour de mon anniversaire. Ce matin-là il faisait beau, le père Hamel (...) était gai parce qu'il allait partir en vacances. Il y avait moins de monde que d'habitude, heureusement", raconte-t-il à la barre. Ce mardi de 2016, hormis Guy Coponet et sa femme, décédée depuis en 2021, seules trois religieuses assistaient à la messe autour du prêtre. Mais alors que l'office va bientôt s'achever, Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, tous deux de 19 ans, font irruption dans la petite église.

"Ils ont commencé, au fond, à se déguiser", l'un ceignant son front d'un bandeau, l'autre s'attachant "une boîte autour du corps avec du scotch jaune" - une ceinture d'explosifs factice -, continue le paroissien. Puis, tout s'accélère : alors qu'Abdel-Malik Petitjean force le prêtre de 85 ans à s'agenouiller et lui assène plusieurs coups de couteau, Adel Kermiche oblige Guy Coponet à filmer la scène.

J'ai vu que le sang s'est mis à vomir, tout rouge, il n'a plus bougé le pauvre, c'était terminé pour lui"

Guy Coponet, rescapé de l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray

Jacques Hamel "s'est défendu comme il a pu, il repoussait de ses pieds" son agresseur, s'écriant "Satan, va-t'en !", se rappelle le rescapé. "J'ai vu que le sang s'est mis à vomir, tout rouge, il n'a plus bougé le pauvre, c'était terminé pour lui. C'était affreux", poursuit le vieil homme, comparant la souffrance du prêtre aux dernières heures de la vie du Christ.

À peine l'assassinat perpétré, les deux jihadistes détruisent l'appareil ayant servi à filmer - la vidéo ne sera jamais retrouvée - et s'en prennent à Guy Coponet. Il reçoit des coups de couteaux dans "le dos, le bras", puis, dit-il, "ça s'est terminé par la gorge". Malgré la douleur, il a fait le mort : "Il m'est venu à l'esprit 'Surtout bouge pas, parce que si tu bouges, il va te terminer'. Alors je suis resté comme ça".

Le "courage" du rescapé

Ce jeudi, la cour a souligné le "courage" de Guy Coponet, qui a comprimé sa large plaie à la gorge pendant près d'une heure, jusqu'à l'intervention de la police. Selon un médecin légiste venu témoigner la veille au procès, cela lui a "probablement sauvé la vie"

"Que j'aie été ce jour-là sauvé, à quelques minutes probablement, je n'y suis pour rien. Il y avait une présence qui a fait probablement que ça s'est passé comme ça", a-t-il estimé, ponctuant sa déposition de nombreuses références à sa foi et prononçant dans la salle d'audience l'Ave Maria qu'il se récitait dans sa tête lorsque les secours sont enfin arrivés.

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À propos des deux jeunes djihadistes, tués à leur sortie de l'église, il ajoute : "Je pense à eux tous les matins quand je me rase, parce que (la zone de la blessure) est insensible (...) Le rêve, et c'est un rêve, ça serait que ceux qui ont donné des ordres viennent demander pardon à tous ceux à qui ils ont fait de la peine", glisse-t-il. Les "jeunes qui se laissent embobiner, je les plains, de ne pas avoir pu résister." Et d'ajouter : "Même si on reçoit des ordres, on est quand même responsable de dire 'oui' ou de dire 'non'. (...) Il ne faut pas minimiser".

En l'absence des assaillants décédés et de l'instigateur présumé, Rachid Kassim, probablement mort en Irak, la cour d'assises spéciale juge depuis lundi trois membres de leur entourage. Dans le box des accusés, Jean-Philippe Jean Louis, Farid Khelil et Yassine Sebaihia comparaissent pour "association de malfaiteurs terroriste". Ils sont soupçonnés d'avoir été au courant de la volonté des deux jeunes hommes de commettre une action violente, d'avoir partagé leur idéologie ou tenté de rejoindre la Syrie. Ils encourent trente ans de réclusion.


LC. avec AFP

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