Deux trentenaires, soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat avant les élections présidentielles de 2017, sont jugés à partir de ce jeudi et jusqu'au 3 février.
Parmi leurs cibles potentielles : des clubs libertins ou encore un meeting de Marine Le Pen.
Dix autres accusés, soupçonnés de les avoir aidés, sont également jugés.

Que se serait-il passé s'ils n'avaient pas été interpellés le 18 avril 2017 ? À cette date, à cinq jours du premier tour de l'élection présidentielle, deux hommes soupçonnés d'une attaque "imminente" étaient arrêtés à Marseille par les forces de l'ordre. Le procès de ce duo jihadiste, un as de la dissimulation associé à un délinquant multirécidiviste, s'est ouvert ce jeudi 5 janvier à Paris.

Clément Baur, 29 ans, et Mahiedine Merabet, 35 ans, doivent répondre pendant quatre semaines devant la cour d'assises spéciale pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", aux côtés de dix hommes soupçonnés de les avoir aidés à se procurer des armes, dont huit comparaissent libres sous contrôle judiciaire. L'un des accusés, un Tchétchène de 30 ans, ne s'est pas présenté à l'audience. La cible de ce projet d'attentat, elle, n'a pu être déterminée avec certitude au terme de quatre ans d'enquête.

Fusil, pistolet, TATP...

Ce dossier, devenu emblématique pour l'antiterrorisme, est le fruit d'une cyberinfiltration et d'une vaste surveillance téléphonique ayant permis d'identifier ces deux hommes radicalisés, codétenus en 2015 à la maison d'arrêt de Lille-Sequedin pour des faits de droit commun. Les services antiterroristes avaient notamment été alertés, début avril 2017, par une recherche effectuée par Mahiedine Merabet pour trouver un contact capable de transmettre une vidéo d'allégeance et de revendication à l'État islamique (EI).

Quelques jours plus tard, le 12 avril, un agent cyberinfiltré avait reçu une vidéo montrant des dizaines de munitions disposées sur une table de manière à écrire "la loi du talion", le tout à côté d'un fusil mitrailleur, d'un drapeau de l'EI et d'une Une du Monde datant du 16 mars 2017 avec une photo du candidat François Fillon. Le tout était accompagné d'images d'enfants victimes de bombardements en Syrie. 

Six jours plus tard, Mahiedine Merabet et Clément Baur étaient interpellés près d'un appartement étudiant qu'ils louaient à Marseille. La perquisition du logement avait permis de saisir un arsenal important : un fusil mitrailleur Uzi, trois pistolets de calibre 7,65 mm, des centaines de munitions et un sac de boulons. Les enquêteurs avaient aussi découvert plus de 3,5 kg de TATP, un explosif instable prisé des jihadistes et déjà utilisé lors des attentats du 13-Novembre à Paris et Saint-Denis, et une grenade artisanale prête à l'emploi. 

"Faire peur" et "causer des dégâts"

L'exploitation des supports numériques avait mis en évidence des recherches Internet sur les potentielles cibles du duo : des clubs libertins, des bars, un restaurant casher et un meeting de Marine Le Pen à Marseille, prévu le 19 avril. Au cours de l'instruction, Mahiedine Merabet, un délinquant multirécidiviste de Roubaix (Nord), avait contesté tout projet d'attentat meurtrier, admettant toutefois avoir envisagé "un coup d'éclat" pour "faire peur" en faisant exploser une grenade artisanale à proximité du rassemblement de la candidate du Front national (ancien nom du Rassemblement national, ndlr). Il avait cependant nié vouloir s'en prendre à des civils. 

De son côté, Clément Baur avait assumé son appartenance idéologique à l'EI mais avait assuré qu'il ne voulait causer que des "dégâts matériels" sur des cibles institutionnelles, en représailles aux frappes en Syrie. Les conversations interceptées à son insu lors de ses parloirs en prison avaient quant à elle révélé tout autre chose : "Baghdadi (ex-chef de l'État islamique, ndlr) il a raison, il faut pas parler avec eux, il faut juste les rafaler, les exploser", avait-il notamment déclaré.

Un parcours atypique

Le parcours atypique de Clément Baur sera notamment au coeur du procès. Né dans le Val-d'Oise, il se serait converti à l'islam à 14 ou 15 ans au contact de la communauté tchétchène de Nice où il vivait avec sa mère et aurait appris le russe de manière autodidacte, puis l'arabe. À l'âge de 17 ans, il part en Belgique où il demande l'asile sous une première fausse identité. Cet as de la dissimulation déposera d'autres demandes en France et en Allemagne, se faisant passer pour un réfugié tchétchène. C'est précisément pour avoir détenu de faux papiers qu'il sera incarcéré avec Mahiedine Merabet quelques semaines à Lille.

Après leur incarcération, les deux hommes étaient entrés en clandestinité, en décembre 2016, après la perquisition administrative du domicile de Merabet, dans lequel se trouvait Clément Baur, sous un alias. Les enquêteurs sont convaincus qu'au cours de son sinueux parcours, Clément Baur a fréquenté la cellule terroriste de Verviers en Belgique, celle d'Abdelhamid Abaaoud, le chef opérationnel des commandos du 13-Novembre, et qu'il a été en contact en Allemagne avec Anis Amri, l'auteur de l'attentat au camion sur le marché de Noël de Berlin en 2016 (12 morts). Le verdict du procès est attendu le 3 février.


A.S

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