Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Attentats du 13-Novembre : sorti de prison cette nuit, l'accusé Farid Kharkhach placé en rétention

Aurélie Sarrot
Publié le 30 juin 2022 à 14h40, mis à jour le 30 juin 2022 à 15h50
JT Perso

Source : TF1 Info

Le Belgo-Marocain a été condamné à 2 ans d’emprisonnement mercredi par la cour d'assises spéciale de Paris et est sorti de la maison d'arrêt de Nanterre dans la nuit de mercredi à jeudi.
Les avocats de Farid Kharkach, jugé pour avoir fourni de faux papiers à la cellule djihadiste, ont annoncé ce matin que leur client avait été placé en rétention la nuit dernière.

Il pensait rejoindre la Belgique dans la nuit, mais finalement, il est de retour à la case départ. Farid Kharkhach, l'un des 14 accusés au procès des attentats du 13-Novembre, qui a écopé de la peine la plus faible au procès des attentats du 13-Novembre, était en théorie libre. 

Mercredi, en milieu de soirée, la cour d'assises spéciale de Paris l'avait condamné à deux ans d’emprisonnement et a requalifié les faits à son encontre. Jugé pour avoir fourni de faux papiers à la cellule djihadiste responsable des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, Farid Kharkach est le seul pour qui la qualification terroriste n'a pas été retenue. Il devait donc, après cinq ans et demi de détention provisoire, quitter la maison d'arrêt de Nanterre et rejoindre son lieu de domiciliation dans la nuit de mercredi à jeudi. Pourtant, le scénario a été tout autre. 

Il pensait accompagner ses enfants à l'école

"Il s'apprêtait à sortir de prison et avait même annoncé à ses deux enfants qu'il pourrait, pour la première fois depuis près de six ans, les accompagner à l'école. Sa femme est arrivée à la maison d'arrêt de Nanterre pour venir le chercher et le ramener en Belgique. Mais il n'a même pas franchi la porte", raconte Me Fanny Vial, l'une des avocates de Farid Kharkhach à TF1info. 

Selon la robe noire, dès la levée d'écrou de son client, un officier de police judiciaire est venu le voir en lui disant : "Le préfet vous place en rétention administrative. Vous avez une obligation de quitter le territoire français". 

L'avocate indique qu'ensuite, Farid Kharkhach a expliqué aux autorités qu'il allait bien quitter le territoire français. "Ça n'a rien changé, ils l'ont immédiatement placé en rétention. Il était minuit environ", relate Me Fanny Vial. L'avocate rappelle par ailleurs la cour d'assises spéciale n'a pas prononcé d'interdiction du territoire français à l'encontre de son client comme elle l'a fait pour d'autres accusés.

Il est "effondré"

Farid Kharkhach a été ensuite conduit au commissariat de Nanterre où il se trouvait toujours ce jeudi matin. "J'ai pu là-bas m'entretenir avec lui. Au commissariat, on lui a répété qu'il avait une obligation de quitter le territoire français et qu'il allait être placé en centre de rétention et qu'il allait passer vraisemblablement devant le juge des libertés et de la détention dans les 48 heures". 

Selon ses conseils, Farid Kharkhach est "effondré" après cet événement inattendu. "En plus, il prenait des médicaments pour ses tocs et ses angoisses mais il n'y a plus accès. Il a pu voir un médecin mais ce dernier ne peut lui prescrire les médicaments qu'il prenait", déplore-t-il.

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Farid Kharkhach a eu une audition ce matin assisté par Me Louise Dumont Saint Priest. Celle-ci n'a pu accéder à la décision administrative. En milieu de journée ce jeudi, il a été placé au centre de rétention administrative de Vincennes. "Après tant d'heures, on aimerait bien savoir maintenant sur quel critère il a été placé en centre de rétention", s'agace Me Vial. Celle-ci nous informe que lors de l'audience devant le juge des libertés et de la détention, "tous les avocats de la défense vont se déplacer pour assister Farid Kharkhach".

Contactée par TF1info dans la matinée, la préfecture des Hauts-de-Seine a détaillé dans l'après-midi les raisons de ce placement en rétention. "M. Kharkhach faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) qui a été prise le 25 février 2022, obligation qui lui a été notifiée le 3 mars et à laquelle il n'a pas fait de recours. Cette obligation était assortie aussi d'une interdiction de circulation sur le territoire français de trois ans. La mesure a été mise en œuvre tout simplement", nous explique-t-elle.  

Selon la préfecture, cette OQTF se basait sur "les menaces du point de vue de l'ordre public que représente M. Kharkhach, complétés par des condamnations antérieures", et un profil "défavorablement connu" de la police et de la justice notamment. La préfecture assure aussi que la consigne de ce placement en rétention à la levée d'écrou ne vient pas du ministère de l'Intérieur et précise que le fait que la qualification terroriste n'ait pas été retenue à l'encontre de M. Kharkhach ne change rien à l'OQTF.

Elle informe que M. Kharkhach sera escorté jusqu'en Belgique par les forces de l'ordre "dans les plus brefs délais". Si la durée en rétention est inférieure à 48 heures, il n'y aura pas d'audience devant le juge des libertés et de la détention, si elle dépasse les 48 heures, une audience aura lieu. 


Aurélie Sarrot

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