Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Attentats du 13-Novembre : devant la cour, Salah Abdeslam se dépeint comme "quelqu'un de gentil, de calme"

Aurélie Sarrot
Publié le 2 novembre 2021 à 23h21, mis à jour le 3 novembre 2021 à 9h48
Attentats du 13-Novembre : devant la cour, Salah Abdeslam se dépeint comme "quelqu'un de gentil, de calme"

Source : DR

JUSTICE – La cour se penche jusqu'à vendredi sur la personnalité des accusés. Mardi, ce sont les parcours de Salah Abdeslam, Mohamed Abrini et Yassine Atar qui ont été étudiés. Le premier, seul survivant du commando des attaques, a voulu se dépeindre en "quelqu'un de gentil, de calme", aux antipodes du comportement qu'il avait adopté aux premiers jours du procès.

Ils ont tous les trois revêtu une chemise pour l'occasion. Ce mardi, au 37e jour du procès des attentats du 13-Novembre 2015, la cour s'est penchée sur la personnalité des accusés Salah Abdeslam, seul survivant du commando des attaques, Mohamed Abrini alias "l'homme au chapeau" et Yassine Atar, frère Oussama probable planificateur des actions menées et tué en Syrie. 

Ces interrogatoires, qui excluent l'aspect religieux et de radicalisation, qui sera abordé en janvier 2022, doivent se poursuivre jusqu'à vendredi. Mais d'ores et déjà, le calme affiché au cours de ces premières heures en a surpris plus d'un, après les attitudes virulentes de certains à commencer par Salah Abdeslam, qui, il y a quelques semaines, se revendiquait "combattant de l'État islamique".

"J'étais quelqu'un de calme, gentil"

"Vous êtes né le 15-09-1989 à Bruxelles", débute le président de la cour d'assises spéciale Jean-Louis Périès. Abdeslam est le premier à être interrogé sur son parcours, ordre alphabétique oblige. Il s'emploiera à se dépeindre en enfant "calme", "serviable" et même apprécié. Barbe épaisse, épais gilet gris, chemise beige, l'accusé explique, d'une voix posée, avoir pour seule nationalité la nationalité française, être "le quatrième d'une fratrie de cinq, avoir trois grands frères et une petite sœur".

Ses parents nés au Maroc ont rejoint la France puis la Belgique. Son père était chauffeur de tram à la Stib (Société des transports intercommunaux de Bruxelles) et sa mère "au foyer". "Mon enfance a été très simple. J'étais quelqu'un de calme, gentil. Il y avait une bonne ambiance", soutient l'accusé aujourd'hui âgé de 32 ans. 

"Bon élève", "aimé" selon lui de ses professeurs, Salah Abdeslam obtient son bac et quitte la scolarité à 18 ans. Il est alors embauché à la Stib comme électromécanicien et répare les trams. C'est en 2011, à 21 ans, qu'il effectue un premier séjour de cinq semaines en prison, mis en cause dans une tentative de cambriolage "après une soirée alcoolisée", selon son récit. 

Licencié de la Stib après son séjour en prison, il ne retrouve pas d'emploi. Il achète une camionnette, se met à son compte pour faire des déménagements, mais l'affaire échoue. Intérimaire, il est tour à tour magasinier, électricien, technicien ou "au chômage". Il aide aussi un temps son frère Brahim, gérant du café Les Béguines et futur tueur et kamikaze des terrasses parisiennes, ce frère qu'Abdeslam "préférait". "J'étais très motivé, je suis quelqu'un qui aime bien travailler", assure-t-il.

"Imprégné par les valeurs occidentales"

Il fera toutefois l'objet d'autres condamnations, pour des faits de "roulage" (conduite). "J'aime bien la vitesse", se justifie l'accusé. Le président ajoute qu'Abdeslam aurait été également "recherché pour des faits de terrorisme marocain", précisant que cet aspect sera étudié "ultérieurement".

Au cours de cette "vie d'avant", l'accusé allait au casino, en boîte de nuit, buvait des verres. "Je suis né en Belgique, j'ai fait l'école publique, j'ai été imprégné par les valeurs occidentales, la vie en Occident", explique-t-il. Précisant : "vivre comme un libertin, vivre sans se soucier de Dieu, faire ce qu'on a envie, manger ce qu'on a envie". Il a aussi voyagé : France, Chine, Belgique, Turquie… Enfin, il s'est fiancé. "Comme tout le monde, je voulais me marier, avoir des enfants. Ce projet-là, je l'ai abandonné à partir du moment où je me suis investi pour faire autre chose, c'est-à-dire les affaires qu'on me reproche aujourd'hui", explique-t-il. 

Abdeslam est à l'isolement depuis son interpellation en mars 2016 dans une cellule de 9m2 avec une fenêtre, une télévision, une cabine de douche et deux caméras qui le filment en permanence, "pour éviter le suicide" notamment et que l'accusé dit supporter "grâce à son Seigneur". "On me dit qu'on les a placées pour m'empêcher de me suicider, mais en vérité c'est l'inverse que ça me fait, ça m'a poussé à vouloir en finir avec cette vie-là". Il a accès à une cour de promenade de 30m2 avec des barreaux dans laquelle il peut se rendre deux heures par jour, ainsi qu'une salle de sport privée avec un vélo et un rameur. 

Il cite sa mère, sa tante et sa sœur qui viennent souvent le voir en prison et ses frères "quand ils peuvent se déplacer". Il reçoit aussi de nombreux courriers, notamment de femmes. "Quand la majorité des gens vous déteste, le courrier ça fait plaisir. Des lettres qui vous disent 'courage' et tout ça…", commente-t-il. 

Mais quand le président lui pose certaines questions, il ne se souvient plus. Ni d'avoir traité les personnels pénitentiaires de "SS", ni de "chiens" ou de "mécréants". Il se rappelle seulement avoir cru, à un moment, qu'on voulait l'empoisonner. Mais cela, l'accusé ne veut "pas en parler"

Comment alors Salah Abdeslam est passée de cette vie "normale" à celle de "combattant" revendiqué de l'État islamique. Son ami d'enfance, Mohamed Abrini avec qui il a grandi à Molenbeek rappellera à l'occasion de son interrogatoire de personnalité : "Salah et moi on a été percuté de la même manière. Il a perdu un frère, j'ai perdu un frère. Ce qui est arrivé c'est complètement dingue. je sais que tout le monde le déteste. Mais moi c'est comme mon frère". Et d'ajouter :"On n'est pas sortis du ventre de nos mères comme ça, avec une kalachnikov dans nos mains"


Aurélie Sarrot

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