Hélène Gerhards, magistrate à la cour d'appel d'Agen (Lot-et-Garonne) a été mise en examen pour 11 chefs d'accusation, puis écrouée.
Elle est soupçonnée d'avoir entretenu des liens avec une figure présumée du banditisme corse.
Ses avocats s'interrogent "sur un éventuel règlement de comptes au sein de la magistrature".

C'est une affaire peu commune. Hélène Gerhards, une magistrate à la cour d'appel d'Agen (Lot-et-Garonne), a été présentée vendredi 5 avril à un juge d'instruction, à la demande du procureur de la République de Nice (Alpes-Maritimes), pour onze chefs d'accusation. Elle a ensuite été mise en examen, puis écrouée.

En cause, ses potentiels liens avec une figure présumée du banditisme corse, Johann Carta. Ce dernier, mis en examen et écroué dans plusieurs enquêtes, est notamment visé par des investigations ouvertes pour "escroquerie, extorsion de fonds et blanchiment d'argent en bande organisée". Le total des fonds détournés "pourraient être évalués à plus de 120.000 euros", selon le parquet.

D'après le procureur de Nice, Damien Martinelli, la magistrate "paraissait dans une relation de proximité avec un individu très défavorablement connu des services de police, au sujet notamment de travaux dans une villa dont elle était occupante, située sur la rive sud d’Ajaccio", en l'occurrence cet homme d'affaires basé à Ajaccio (Corse-du-Sud). Hélène Gerhards aurait fréquenté cette personnalité lorsqu'elle était en poste en Corse, entre 2010 et 2016. Une découverte établie "à la lumière d'interceptions téléphoniques", selon la même source.

Ses avocats évoquent "un éventuel règlement de comptes au sein de la magistrature"

"En contacts réguliers également avec d’autres personnes connues des services de police (...), la magistrate semblait entretenir une grande proximité faite notamment de services réciproques", a ajouté Damien Martinelli, dans un communiqué. Les soupçons portent spécifiquement sur les travaux et la location d'une villa de la juge à Pietrosella (Corse-du-Sud). Ainsi, le parquet requiert des poursuites pour onze chefs d'accusation, particulièrement pour "détournement de fonds publics par une personne dépositaire de l'autorité publique", "usage de faux", "trafic d'influence passif et actif", "blanchiment", "complicité de violation du secret professionnel" ou encore "association de malfaiteurs".

Durant sa garde à vue, la magistrate a d'abord "contesté d'abord toute infraction et tout manquement à ses obligations professionnelles", avant de finalement reconnaître "une consultation illicite de données au profit d'un individu défavorablement connu". Mais elle se défend de l'ensemble des charges lourdes qui pèsent sur elle. Jeudi, ses avocats se sont ainsi interrogés, dans un communiqué, "sur un éventuel règlement de comptes au sein de la magistrature". Selon eux, leur cliente serait "victime d'une opération de destruction dans laquelle l'autorité judiciaire se permet tous les coups". "Cette enquête semble initiée" par "un ancien supérieur hiérarchique" de la magistrate, avancent-ils, évoquant un possible "conflit d'intérêts".

Interrogée par Mediapart, la juge Gerhards a admis avoir vu "cinq ou six fois" Johann Carta, sans savoir de qui il s’agissait, avant de "paniquer" en comprenant qui il était "en 2022".


T.A. avec AFP

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