"Jawad le logeur" répondra "présent" à son procès pour trafic de stupéfiants selon l'un de ses avocats (mais il se taira peut-être)

Aurélie Sarrot
Publié le 25 janvier 2017 à 18h43, mis à jour le 26 janvier 2017 à 18h53
"Jawad le logeur" répondra "présent" à son procès pour trafic de stupéfiants selon l'un de ses avocats (mais il se taira peut-être)

Source : AFP

JUSTICE - Surnommé le "logeur de Daech" ou le "logeur de terroristes" depuis les attentats de novembre 2015, Jawad Bendaoud doit comparaître ce jeudi aux côtés d’un de ses proches, Mohamed S., pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Selon l’un de ses avocats joint par LCI, il "sera présent" à l’audience.

Il est devenu tristement célèbre le 18 novembre, après quelques déclarations loufoques faites devant une caméra rue du Corbillon, à Saint-Denis. Cinq jours après les attentats qui venaient de faire 130 morts et plusieurs centaines de blessés à Paris et dans la commune de Seine-Saint-Denis, les téléspectateurs découvraient Jawad Bendaoud, surnommé depuis  "Jawad le logeur", "le logeur de djihadistes" ou encore le "logeur de Daech". Le trentenaire était alors soupçonné d’avoir fourni une planque à Saint-Denis aux terroristes présumés, notamment Abdelhamid Abaaoud, commandant opérationnel présumé des attentats du 13 novembre. Finalement mis en examen à l’issue de sa garde à vue pour association de malfaiteurs criminelle en relation avec une entreprise terroriste, il avait été placé en détention provisoire le 24 novembre 2015 à la maison d’arrêt de Villepinte, à l’isolement. Il s'y trouve toujours aujourd'hui.

Jawad Bendaoud devrait quitter les murs de sa prison durant quelques heures ce jeudi. Il doit en effet comparaître devant le tribunal correctionnel de Bobigny aux côtés d’un autre prévenu, Mohamed S., rencontré en prison en 2011,  pour une toute autre affaire : les deux hommes sont accusés de trafic de stupéfiants. L’audience était prévue en novembre dernier mais avait finalement était renvoyée après une demande en ce sens des avocats du "logeur". Ce jour-là, le prévenu avait refusé d’être extrait de sa cellule. 

Joint par LCI ce mercredi, Me Nogueras, qui défend Jawad Bendaoud aux côtés de Me Cullin, assure que son client "sera présent" cette fois-ci.

Quelques grammes de crack

 "Ce dossier n'a pas fait l'objet d'une information judiciaire. Il s’agit pour l’essentiel des pièces du dossier d’information parisien sur les attentats du 13 novembre, au cours desquelles les deux prévenus ont reconnu se livrer à un petit trafic - moins de 20 grammes vendus en tout - de crack. Mohamed S. confiait la cocaïne à Jawad Bendaoud, qui la transformait en crack et la revendait", nous indique une source proche de l’enquête. 

 "Mon client et Mohamed S. sont renvoyés pour associations de malfaiteurs et trafic de stupéfiants sur la base de leurs seules déclarations faites pendant leur garde à vue et devant un juge d'instruction. Nous, avocats, estimons que ces deux prévenus ne peuvent pas être condamnés. On ne peut pas condamner quelqu’un sur la base de ses seules déclarations", déclare de son côté Me Nogueras à notre rédaction, précisant qu’il n’y a "pas eu d’investigation sur ces faits". 

L’avocat ajoute qu’il envisage de demander à son client d’user de son droit au silence. "Il parle beaucoup habituellement mais si moi et ma consœur lui demandons de ne pas parler, il ne parlera pas", dit-il

Des mots plus qu’une affaire

Pourtant, ce sont bien des explications que les juges attendent de la part des prévenus. "Il y a une infraction, qui devrait être jugée. Pour le reste, tout le monde le sait, le public et les médias seront là pour Jawad Bendaoud plus que pour cette affaire sans réel intérêt", commente une source proche du dossier. 

Outre la vidéo du 18 novembre et ses parodies qui ont été vues des milliers de fois, outre le compte parodique sur Twitter @LogeurDuDaesh qui a comptabilisé en quelques mois des dizaines de milliers d'abonnés, chaque intervention de Jawad Bendaoud est en effet attendue. Récemment, c’est une lettre au juge d’instruction dont le contenu était révélé par TF1 qui a de nouveau mis "le logeur" sur le devant de la scène. Il y revenait notamment sur sa soirée du 13 novembre 2015 – "j’étais dans le salon avec mon père, je mangais des lentilles au bœuf" - et sur les conditions dans lesquelles les tueurs des terrasses Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh sont arrivés chez lui, rue du Corbillon à Saint-Denis, dans la soirée du mardi 17 novembre 2015, avec Hasna Aït-Boulahcen, la cousine d’Abaaoud. "J’ai senti un truc louche mais jamais j’aurais pu imaginer une seule seconde que je venais de serrer la main et offert un toit du coca cherry, de l’oasis aux individus qui venait de commettre les pires attentats perpetré en France" (sic).

Jawad en "craquage total"

Raillé sur les réseaux sociaux, Jawad Bendaoud, est, d’après Me Nogueras, "à bout depuis plusieurs mois déjà" du fait notamment de son placement à l'isolement. Le 16 septembre 2016, il avait saccagé et tenté d’incendier sa cellule. Dans sa lettre à la mi-janvier, il réclamait la levée immédiate de son placement à l’isolement et son transfert dans une autre prison : "Vous cherchez quoi au juste qu’a force de craquer je comette l’irréparable je suis quelqu’un de violent depuis tout jeune (…) si je commet un acte violent on va dire c’est un terroriste Jawad mais mort de rire".

"Il n’en peut plus. Il est en craquage total. Il va très mal, confirme Me Nogueras ce mercredi à LCI. Il est briefé pour cette audience, audience où il est peut-être préférable qu’il ne prenne pas la parole…". Présent ou non, prolixe ou pas ? Le suspense devrait durer jusqu'à l'arrivée du prévenu dans le box. 

Une quinzaine de condamnations

Avant les événements du 18 novembre 2015, Jawad Bendaoud avait déjà été condamné une quinzaine de fois notamment pour stupéfiants, détention d'armes, faux, violences aggravées... 

En 2008, il avait été condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur l'un de ses amis. Il était sorti en septembre 2013 mais était retourné en prison par la suite. En  2014, le tribunal correctionnel de Saint-Denis l'avait condamné à six mois pour violence aggravée avec armes puis pour détention de stupéfiants, appel anonyme, faux, et recel. En janvier 2015 , il était  condamné à 10 mois de prison pour dégradation aggravée en réunion et détention d'armes aggravée en réunion. Sa dernière condamnation remontait  à août 2015, pour violences conjugales...  

Décrit comme un "marchand de sommeil" par certains, "petit dealer" par d'autres, Jawad Bendaoud était sorti de prison en septembre 2015, deux mois avant d'y retourner.... 

Assaut à Saint-Denis : Jawad Bendaoud "s'était approprié en toute illégalité ce logement" (vidéo du 24/11/2015)Source : Les vidéos infos
Cette vidéo n'est plus disponible

Aurélie Sarrot