Cédric Jubillar sera bien jugé pour le meurtre de son épouse Delphine, disparue dans le Tarn en décembre 2020.
Dans cette affaire, il n'y a ni corps, ni arme, ni scène de crime.
Pourquoi la justice a-t-elle néanmoins décidé le renvoi aux assises ? TF1 a pu consulter l’ordonnance de mise en accusation.

C’est une affaire qui, trois ans après, demeure sans corps, ni aveux, ni témoins, ni scène de crime. Le parquet de Toulouse considère pourtant qu’il dispose "des charges suffisantes" pour renvoyer aux assises Cédric Jubillar, qui sera donc jugé pour le meurtre de son épouse Delphine, une infirmière de 33 ans, disparue à son domicile, dans le Tarn, durant une nuit de couvre-feu en pleine pandémie, en décembre 2020. Le procès de celui qui n'a jamais cessé de clamer son innocence, et qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, pourrait avoir lieu fin 2024, voire début 2025, mais ses avocats vont faire appel de ce renvoi. Qu'est-ce qui a conduit les magistrats à penser que le père de famille a bien "commis le meurtre de son épouse" ? Plusieurs éléments de réponse figurent dans l’ordonnance de mise en accusation, que TF1 a consultée.

La séparation

C’est de notoriété publique : le couple était en instance de divorce dans les semaines précédant la disparition. Delphine Jubillar avait fait part de son souhait de quitter le plus vite possible leur pavillon inachevé, qu’elle ne supportait plus, pour vivre avec un autre homme rencontré quelques mois plus tôt. "La mise en lumière des différentes manœuvres mises en place par Cédric Jubillar pour découvrir l’existence d’un amant en amont des faits (géolocalisation, recherches bancaires et Internet), manœuvres qu’il n’a eu de cesse de nier puis de minimiser (…) démontrent le caractère inacceptable à ses yeux de la relation adultère de sa femme", écrivent les magistrats.

L’accusé se disait, en outre, "très préoccupé par le devenir de la maison conjugale dans le cadre de la procédure de divorce", car n’ayant pas les moyens financiers de racheter les parts de son épouse. Ce qui aurait accentué sa colère contre elle. "L’intensification du flicage de sa femme sur le mois de décembre 2020 devenu quasi-quotidien, sa jalousie décuplée, l’expression de son désir de lui faire la ‘misère’ et surtout de la tuer auprès de témoins capitaux, démontrent à quel point la situation était devenue insupportable", peut-on encore lire dans l’ordonnance de mise en accusation.

La dispute

Autre mobile sérieux : "Plusieurs éléments permettent d’affirmer avec certitude qu’une dispute a éclaté le soir du 15 décembre 2020 entre lui et son épouse." Soit le soir même de la disparition. Cette dispute, au pied du sapin de Noël, a été révélée par Louis, le fils du couple, alors âgé de 6 ans. Qui l’a située à l’endroit précis où une branche des lunettes de vue de sa mère a été retrouvée. "Le haut du pyjama porté par Cédric Jubillar le 16 décembre 2020 comporte une trace de sang appartenant à Delphine sur la manche, ainsi qu’une autre trace biologique (salive, sueur ou urine) à l’arrière. Cet élément peut être mis en parallèle avec des lésions présentées par Cédric Jubillar lors de son examen par un médecin légiste le 16 décembre 2020", enfoncent les magistrats.

Les indices "graves et concordants"

Il est à noter que, si Cédric Jubillar est accusé de meurtre, il n’est en revanche pas poursuivi pour les faits d’enlèvement, séquestration et recel de cadavre. Il n’empêche : les pistes d’un départ volontaire, d’un suicide ou d’un accident ont été écartées. "La disparition ne peut être que le résultat de l'action d'un tiers", affirme en effet l’ordonnance de mise en accusation, arguant que Delphine Assaguel (son nom de jeune fille) "n'avait aucune raison de partir sans en informer personne".

Ajoutons qu’une habitante du lotissement, à une centaine de mètres de la maison des Jubillar, assure avoir entendu des "cris continus de femme apeurée" vers 23h, alors qu’elle était sortie sur son perron fumer une cigarette, le soir du 15 décembre. Ou encore que le podomètre du téléphone de l’accusé n’a enregistré que 255 pas, soit 168 mètres parcourus, sur un laps de temps très court ("seulement" 16 minutes, de 3h53 à 4h09) dans la nuit du 15 au 16 avant l’arrivée des gendarmes à 4h50, ce qui indique qu’il n’a pas beaucoup cherché son épouse avant de signaler sa disparition.

"Force est de constater que Cédric Jubillar n’a cessé de mentir lors de l’information judiciaire, d’éluder les questions gênantes, notamment en prétextant avoir perdu la mémoire, de modifier ses versions en s'adaptant aux éléments d'investigation et de rejeter la faute sur les autres", concluent les magistrats. Lesquels désignent cet homme comme "le seul à même d’être impliqué dans la disparition et le meurtre de sa femme".


Hamza HIZZIR

Tout
TF1 Info