Sur les réseaux sociaux, des images montrant une séance de karting dans la cour de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) font polémique depuis samedi.
Les faits remontent pourtant au 27 juillet dernier.
Le tournage avait été autorisé par le ministère, selon un communiqué.

Que s'est-il passé dans la cour de la prison de Fresnes ? Depuis samedi 20 août, la polémique ne faiblit alors que des images montrant une séance de karting dans la cour de la prison circulent sur les réseaux sociaux. Tout est parti de la publication de la vidéo, sur la plateforme YouTube, autour du jeu "Kohlantess" - nom inspiré de l'émission diffusée par TF1 - longue de 25 minutes. Dans ce contenu, plusieurs dizaines de détenus du centre pénitentiaire de Fresnes affrontent des surveillants et des habitants de Fresnes autour de plusieurs activités : culture générale, karting, piscine et tir à la corde...

Les faits : une vidéo (autorisée) tournée le 27 juillet

Si la polémique est née ce samedi 20 août, le tournage lui date de bien plus longtemps. Selon une affiche postée sur les réseaux sociaux, l'événement a eu lieu le 27 juillet dernier entre 8h30 et 16h30 sur deux terrains de sport de la prison de Fresnes. Concrètement, le jeu oppose plusieurs équipes - dans ce cas, trois : détenus, surveillants et locaux - afin de reverser de l'argent aux associations défendues par chacun des participants.

Le tournage, en lui-même, avait reçu l'autorisation de la direction de la prison. Et pour cause, son directeur, Jimmy Delliste, apparaît à plusieurs reprises dans la vidéo. Selon nos confrères de l'AFP, la demande de tournage aurait même été validée par le ministère. Ce dernier ayant souligné que le garde des Sceaux s'était "toujours montré favorable à ce que des détenus se voient proposer des activités sportives et culturelles, mais dans le projet tel qu'il avait été présenté n'apparaissaient pas les activités telles qu'elles se sont révélées dans cette vidéo, notamment celle de karting".

Le directeur de la prison se félicite d'un "engagement fraternel"

Quelques heures après le tournage de la vidéo, Jimmy Deliste s'était même félicité de l'opération sur les réseaux sociaux. "Moment d'engagement fraternel au bénéfice de trois associations respectivement représentées par une sélection de personnes détenues, de membres du personnel et de jeunes Fresnois. Merci aux organisateurs et à Djibril Dramé (animateur de la vidéo, ndlr)." Un tweet qui n'a pas vraiment fait de vague. Selon un décompte arrêté le 21 août, en fin de matinée, le message avait été retweeté moins de 240 fois.

À noter au passage que ce jeu est loin d'être une première pour le créateur Djibril Dramé. Quelques jours plus tôt, le 11 juillet, il avait posté une autre rencontre sportivo-ludique où s'affrontait une équipe de policiers et une équipe "de la cité", selon le titre de la vidéo postée.

Les débuts de la polémique : la publication de la vidéo

Les réseaux sociaux - Twitter en tête - ont commencé à frémir sur le sujet uniquement depuis le 19 août dernier. C'est ce jour-là, en début de soirée, que Djibril Dramé publie sa vidéo "Kohlantess" tournée dans la prison. Encore une fois, dans un premier temps, cette publication ne déclenche pas une avalanche de réactions. Le 21 août, en fin de matinée, son tweet, annonçant la vidéo, recueillait environ 1500 retweets et 7700 "j'aime"

Côté YouTube, le nombre de visionnages reste - entre les 19 et 20 août - modeste avec moins de 30.000 vues, selon le compteur de la plateforme consulté par TF1info. Et pour cause, à cet instant, la polémique n'a pas encore éclaté.

La droite et l'extrême droite s'insurgent...

Il n'aura fallu que quelques heures au jeu "Kohlantess" pour être dénoncé par plusieurs figures politiques, principalement de droite et d'extrême droite. L'un des premiers messages est posté par Hélène Laporte, vice-présidente Rassemblement national à l'Assemblée nationale. 

Celle-ci fait alors un lien entre la vidéo et l'impossibilité pour certains enfants de ne pas pouvoir partir en vacances. "À la Prison de #Fresnes, des activités estivales sont organisées pour les détenus : karting, piscine etc. Pendant ce temps-là, 1 enfant sur 3 ne part pas en vacances par manque de moyens financiers. Les contribuables seront heureux de voir où part leur argent", indique-t-elle. Il faut noter que, dans le cadre de cette vidéo, rien n'indique que des fonds publics ont été alloués au vidéaste.

Dans les heures qui suivent, plusieurs autres figures politiques de droite et d'extrême droite dénoncent cette vidéo et la réalisation d'une séance de kart en prison, en pleine polémique sur la répression des rodéos urbains

...et Éric Dupond-Moretti s'en mêle

Quelques instants plus tard, samedi 20 août en milieu d'après-midi, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, lui-même, s'exprime sur le sujet. "Après les images choquantes de la prison de Fresnes, j’ai immédiatement ordonné une enquête pour que toute la lumière soit faite. La lutte contre la récidive passe par la réinsertion, mais certainement pas par le karting !" Bien que, comme cela est expliqué plus haut, le ministère semblait avoir autorisé la tenue de ce tournage.

Résultat, la polémique est relancée. Selon l'outil de suivi des tendances TweetBinder, plus de 50.000 tweets ont été publiés ou relayés en quelques heures. Le pic ayant été atteint entre 21h et 22h, samedi, avec 5000 tweets publiés en moins de 60 minutes. Un intérêt confirmé par l'outil Google Trends. La vidéo, elle, dépasse le cap des 100.000 vues.

Pour l'heure, aucune conclusion de "l'enquête" annoncée par le garde des Sceaux n'a été rendue publique. Dans le même temps, la partie gauche de l'échiquier politique dénonce le "véritable scandale" de Fresnes, celui des conditions de vie des détenus. Plusieurs députés de la Nupes brocardant des bâtiments pénitentiaires "insalubres".


Benoit Leroy

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