DOCUMENT TF1 - Mayotte : sur la route de tous les dangers à travers les bidonvilles

par F.R | Reportage TF1 I. Bornacin et Q. Danjou
Publié le 29 avril 2023 à 21h22, mis à jour le 29 avril 2023 à 21h30

Source : JT 20h WE

L'opération "Wuambushu" se poursuit à Mayotte, visant à déloger les migrants en situation irrégulière.
Quelque 1800 membres des forces de l'ordre ont été déployés sur l'île.
Une route, la nationale 1, cristallise toutes les tensions et est le symbole de la criminalité qui ronge le 101e département français.

En quelques minutes, la situation dérape, en pleine nuit, sur la route nationale 1, artère importante de Mayotte. Dans le reportage visible en tête de cet article, la voiture de nos journalistes, ainsi que celle des gendarmes, sont caillassées. Une barricade est rapidement enflammée, et les gendarmes, munis d'épaisses protections, essuient une pluie de pavés. Dans l'obscurité, impossible pour les forces de l'ordre d'interpeller les caillasseurs. À l'arrivée des pompiers, ils se sont évanouis.

"On reste attentifs car ça peut sortir de nulle part, à n'importe quel moment. Ils peuvent revenir en nombre, avec des pierres à nous lancer", explique pour le 20H de TF1 le lieutenant Côme, de l'escadron de gendarmerie mobile de Mont-Saint-Aignan, en Seine-Maritime.

Le militaire fait partie des 1800 policiers et gendarmes déployés par les autorités françaises à Mayotte, pour mener à bien l'opération sécuritaire "Wuambushu".  Objectif : déloger les migrants en situation irrégulière - pour la plupart venus des Comores voisines - des bidonvilles insalubres de ce département d'outre-mer.

Cette route nationale 1 symbolise à elle seule l'extrême tension qui secoue le 101e département français. C'est l'artère la plus empruntée de l'île. Vitale pour l'économie, elle est également réputée dangereuse. L'axe est surveillé 24 heures sur 24, mais la criminalité persiste, notamment sur une portion de dix kilomètres traversant des bidonvilles, entre Koungou et Kawéni. 

Brûler les véhicules, casser les maisons, braquer les gens sur la route, les menacer. On vit ça tous les jours
Un Mahorais

Désormais, la route est si malfamée que certains Mahorais refusent désormais d'y circuler la nuit. "On a toujours une crainte quand on sort. Après 18h, on sait que c'est compliqué donc on évite de sortir si on peut", confie l'un d'entre eux. "Dans les bouchons, ils en profitent pour voler les gens", explique un autre.

Les réseaux sociaux regorgent de vidéos postées par ces groupes de délinquants. Ces derniers allument sur la route des barricades pour ralentir les automobilistes et les détrousser. Des hommes jeunes, majoritairement clandestins, qui se déplacent en nombre et armés. 

Un automobiliste, dont la voiture est presque à l'état d'épave, tient à témoigner à notre micro de ce qui lui est arrivé la veille. "À minuit, devant la maison, ils ont brûlé la voiture. Comme ça, gratuitement". Des images de vidéosurveillance ont capturé toute la scène : un homme casqué frappe la voiture avec une arme en fer, tandis qu'un autre lance un cocktail Molotov contre le véhicule. "C'est comme ça qu'ils procèdent [...] Brûler les véhicules, casser les maisons, braquer les gens sur la route, les menacer. On vit ça tous les jours", fustige l'automobiliste.

Descentes des forces de l'ordre

Signe de la violence extrême de ces bandes, chaque jour, les forces de l'ordre retrouvent des machettes extrêmement aiguisées tout au long de la route nationale. Les délinquants les utilisent régulièrement contre leurs victimes. En novembre 2022, un bus scolaire a même été attaqué.

Pour lutter contre ces bandes criminelles, les forces de l'ordre organisent des descentes dans des points chauds de l'île. Notre équipe a pu suivre une équipe du GIGN sur les hauteurs de Majicavo, dans un bidonville nommé Dubaï. Grâce aux alertes des agences du renseignement, trois meneurs de bandes y ont été repérés. 150 gendarmes sont déployés et sécurisent les ruelles étroites. En soutien, un hélicoptère a également été engagé.

Les militaires pensent avoir reconnu l'une de leurs cibles. Il s'agit d'un adolescent de 15 ans, dont les parents vivent aux Comores. Après avoir été présenté à un officier de police judiciaire, il a été placé sous contrôle judiciaire dans une structure d'accueil. Il sera jugé pour "participation avec arme à un attroupement" et "dégradation de biens public". Malgré son âge, il risque la prison.


F.R | Reportage TF1 I. Bornacin et Q. Danjou

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