Trois policiers de 31, 34 et 42 ans sont jugés depuis ce mardi et jusqu'au 19 janvier devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.
Le principal accusé, poursuivi pour "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente", encourt jusqu'à quinze ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.
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FIN DE CE LIVE

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AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue, elle reprendra demain à 9h30. 

DERNIER TÉMOIN

Un dernier témoin est entendu. Il s'agit d'Erwan G. fonctionnaire de police. Il est témoin de personnalité. Il est cité à la demande de Marc-Antoine C. principal accusé aujourd'hui, dont il fait l'éloge. 

"JE VIS UN CAUCHEMAR DEPUIS LES FAITS" ASSURE LE PRINCIPAL ACCUSÉ

Me Cailliez : "La peine, c'est la réclusion. Avez-vous le sentiment de l'avoir déjà eue votre peine?"

Marc-Antoine C., policier et principal accusé :"Oui, sincèrement je vis un cauchemar depuis les faits. Je vis au minima. Ma vie privée n'est pas folle. Je n'ai rien construit. Sept ans, c'est long. J'espère un jour pouvoir tourner la page et me reconstruire." 

Me Cailliez invite son client à dire ce qu'il voudrait éventuellement dire à l'issue de son interrogatoire de personnalité, et sans aborder le fond du dossier. "J'aimerais simplement que cette cour fasse son travail avec objectivité et qu'elle me réserve la décision que je mérite. J'espère que cette cour prendra en compte les difficultés de notre métier", déclare l'accusé. 

MENACES

Marc-Antoine C. , accusé et policier, dit avoir voulu préserver ses proches de cette affaire. Il dit que sur les réseaux sociaux, il a été menacé de mort, de viol... Il dit aujourd'hui d'être dans une "bulle temporelle", incapable de se projeter dans sa vie personnelle ou professionnelle. Il a été un temps en mi-temps thérapeutique avant de reprendre un emploi du temps normal. 

"L'IMPRESSION QU'ON PARLAIT D'UN AUTRE"

Me Cailliez demande à son client Marc-Antoine C. policier et principal accusé, de dire ce qu'il avait pensé à l'époque quand il a vu le portrait qui avait été fait de lui à l'époque. "J'étais dans un état de sidération avancée, d'incompréhension totale. J'avais l'impression qu'on parlait d'un autre et pas de moi. Je ne me reconnaissais pas dans ce portrait dressé par les médias et la partie civile. Je suis parti dans un état de dépression complet."

"JE NE SUIS PAS UN VIOLEUR, JE NE SUIS PAS UN CRIMINEL"

Me Cailliez, avocat de Marc-Antoine C. lui demande ce que ça lui fait d'être là, devant une cour d'assises. "C'est une situation très difficile. J'ai porté cette épée de Damoclès pendant 7 ans. Je reviens aujourd'hui en Seine-Saint-Denis. Je vis toujours dans cette angoisse d'une condamnation avec de ce fait un quotidien qui est assez compliqué. (...) Mais j'ai besoin de démontrer que je ne suis pas celui que l'on a décrit dans les médias. Je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un criminel."

AVENIR

L'avocat général interroge l'accusé et le questionne sur son éventuel avenir. 

Marc-Antoine C. policier et principal accusé : "Je suis dans un flou total, je crains une condamnation lourde. Mon avenir, je serais incapable de vous le dire. Je n'arrive pas à me projeter dans l'avenir, à avoir de projets à longs termes. Je suis dans un flou... Pour l'instant, je me vois toujours dans un poste de soutien de mes collègues. Peut-être qu'ensuite je changerai d'état d'esprit. J'ai des compétences en informatiques mais elles sont celles d'un technicien moyen, je ne suis pas ingénieur. J'ai perdu beaucoup confiance en moi avec cette affaire."

"ON M'ACCUSE D'UN CRIME QUE JE N'AI PAS COMMIS"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka :"L'idée d'avoir un enfant, vous l'avez repoussé en raison de l'échéance policière. Et l'idée de redevenir policier, vous ne l'avez pas repoussée ?"

Marc-Antoine C. policier, principal accusé :"Aujourd'hui, je ne me considère pas comme un policier mais comme un assistant de la police. Je suis désarmé. Je ne retournerai pas aujourd'hui sur le terrain, je ne suis pas un collègue fiable, je ne sortirai pas mon arme."

Me Vey :"Pourquoi alors rester dans le corps de la police ?" 

Marc-Antoine C. : "Je voulais retrouver mon honneur, on m'accuse d'un crime que je n'ai pas commis. On nous a catalogués comme mauvais policiers. Aujourd'hui, je suis toujours dans un poste de soutien et j'aide mes collègues mais je suis incapable de retourner sur le terrain. Ça n'est pas mon intention. Si je suis amené à devoir rester (sur l'administratif) peut-être que je me redirigerai vers l'investigation."

"QUELQUE CHOSE QUI ME HANTE"

Me Antoine Vey, avocat de Théodore Luhaka poursuit ses questions. "Vous n'estimez pas que vous avez failli à votre mission de policier?"

Marc-Antoine C. "La blessure de M. Luhaka, oui, elle est désolante. Dans ma vie, c'est quelque chose qui me hante."

"C'EST COMME LE BOUCHER À QUI ON VA DEMANDER DE COUPER DE LA VIANDE"

Me Vey : "Aujourd'hui, je vous vois vous être très émouvant mais pourquoi dans des missions vous allez au contact ? " L'avocat évoque les moyens utilisés par l'équipage de la BST d'Aulnay-sous-Bois, notamment pour l'interpellation de Théodore Luhaka mais aussi pour d'autres interventions, dans lesquelles les policiers ont fait notamment usage d'armes de défense. 

Marc-Antoine C. explique que "c'est comme le boucher à qui on va demander de couper la viande. Nous on nous demande de réaliser des missions". 

Me Vey relève que la comparaison avec "un boucher" dans le cadre de cette affaire n'est pas des meilleures et que ça n'est pas celle qu'il aurait choisie.

"CETTE HISTOIRE N'EST PAS UNE AFFAIRE DE VIOL SALACE"

Me Vey revient sur les vidéos de l'interpellation qui ont été données à un média et diffusées après l'affaire. Il s'étonne que celles-ci aient fuité malgré le secret de l'instruction. Il rappelle que deux plaintes ont été déposées après leur diffusion (les deux plaintes ont été classées car l'auteur de leur diffusion). 

Marc-Antoine C. policier accusé : "D'un côté, je me suis dit : 'les vidéos sortent et on voit clairement que cette affaire n'est pas une histoire de viol salace avec des policiers qui maintiennent un homme au sol et un autre qui le sodomise'. D'un autre, ça médiatisait encore plus l'affaire et ça réanimait le débat alors que j'étais dans une volonté claire de ne pas communiquer. Je voulais que la justice fasse son travail de façon sereine".  Il ajoute : "Je vous le dis dans les yeux, je n'ai jamais transmis de vidéos à la presse."

Me Vey : "Je ne dis pas que c'est vous mais qui selon vous à l'époque fait diffuser ces documents dans les médias ?". L'accusé dit qu'il ne sait pas. L'avocat est convaincu que ce sont les syndicats de police qui les ont données. 

"NOUS, NOUS SOMMES VICTIMES"

Me Vey : "Pour vous, vous êtes victime dans le processus judiciaire ?"

Marc-Antoine C. principal accusé et policier : "Dans cette affaire, il y a plusieurs victimes. Il y a d'abord M. Luhaka qui a été involontairement blessé. Mais il y a plusieurs victimes. Un président qui ne respecte pas son devoir de neutralité (François Hollande était allé au chevet de Théodore Luhaka). Certains d'entre nous sont en colère de ce traitement, notamment Jérémie D. (autre accusé aujourd'hui) Il est en colère du traitement qu'on a eu parce qu'au final, on n'est pas des mauvais gars et on se retrouve devant une cour d'assises avec des peines qui peuvent être énormes. Nous, nous sommes victimes d'une médiatisation, d'une crucifixion politique... Je pense que j'ai vachement subi dans cette affaire. Je pense que certains se seraient pendus s'ils avaient vécu tout cela."

"IL N'Y A JAMAIS EU DE PROPOS RACISTES"

Me Vey demande au policier à la barre s'il se souvient des propos tenus en 2017 au sujet de l'affaire Théo par Luc Poignant, alors porte-parole du syndicat SGP police. Marc-Antoine C., accusé et qui fait partie de ce syndicat, dit qu'il ne s'en souvient pas. 

À l'époque,  invité à débattre de l'affaire Théo dans "C dans l'air", jeudi sur France 5, Luc Poignant avait affirmé que "les mots 'Bamboula'" ne devaient "pas se dire", mais restaient "à peu près convenables". Une sortie raciste qui a évidemment fait réagir.

"Il n'y a jamais eu d'injures dans cette affaire, de propos racistes", lance Marc-Antoine C. à la barre. Théodore Luhaka a indiqué après l'affaire avoir été traité de "sale nègre" et de "bamboula" dans la voiture de police.

"IL FALLAIT RÉTABLIR LA VÉRITÉ"

Me Vey s'étonne que le policier ait donné une interview ce matin à la télévision, avant l'ouverture du procès, après avoir dénoncé à maintes reprises la médiatisation de l'affaire et indiqué qu'il ne voulait pas s'exposer. 

Marc-Antoine C. s'explique : "La partie civile (Théodore Luhaka) a fait des déclarations que je conteste, qui sont pour moi calomnieuses. Elle a dit que nous l'avions violée et il fallait, avant cette audience, rétablir la vérité et répondre aux accusations contre nous. Je me suis exprimé une fois, c'est tout."

MÊME ÉTAT D'ESPRIT QU'IL Y A 7 ANS

Marc-Antoine C. explique que son travail n'était pas toujours simple. "En tant que policier, vous ne vous attendez pas à tant de haine de la part de personne que vous ne connaissez pas". 

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka, lui demande si son état d'esprit a changé depuis l'interpellation violente de son client, et par rapport aux vidéos que l'on a pu voir de celle-ci. Le policier, poursuivi pour violences volontaires, dit avoir eu des phases dépressives et avoir été soutenu par ses proches. 

Me Vey : "On est sept ans après les faits, dans une cour d'assises, les choses sont calmes. Vous-même vous avez dit ce matin être désolé des actes que vous avez causés..."

Marc-Antoine C. : "J'ai pas dit ça, j'ai dit que j'étais désolé de la blessure que j'ai causée à M. Luhaka." Le policier accusé assure être le même qu'il y a sept ans.

"DEVENIR QUELQU'UN QU'ON ESTIMERAIT"

Marc-Antoine C. pense qu'il aurait pu évoluer vers un poste d'encadrement si cette affaire n'avait pas eu lieu. "J'allais peut-être pouvoir devenir quelqu'un qui allait encadrer des policiers plus jeunes, quelqu'un qu'on estimerait. J'ai dû partager des valeurs avec des gens, des valeurs de fraternité. Moi, je trouvais que la population de Seine-Saint-Denis était attachante, certains y vivent avec si peu. Parfois, certains tiraient la manche et nous disaient merci pour notre travail, face au trafic de drogue notamment", explique le policier accusé à la barre. 

POSTE ADMINISTRATIF

Marc Antoine C. a aujourd'hui un poste de soutien à l'administration, "un poste de soutien de correspondant informatique". Il est aujourd'hui en province. "Je suis toujours affecté là-bas en attendant la décision de cette cour" ajoute-t-il. 

PAS D'ENFANT AVEC SA COMPAGNE

Marc Antoine C. dit ne pas avoir fait d'enfant avec sa compagne car il ne sait pas quel sera son avenir. "On m'accuse d'un crime que je n'ai pas commis", assure-t-il. Il dit qu'il ne veut pas que sa compagne élève seul un enfant, s'il va en prison ou s'il lui arrive autre chose. "On en parle (d'enfants), on aimerait bien mais pour l'instant, on patiente", poursuit-il.

"ON VOUS TRAITE AVEC LA PIRE ÉTIQUETTE : CELLE DE VIOLEUR"

La présidente demande au policier pourquoi il n'a pas voulu recevoir l'enquêtrice chez lui. L'accusé est très ému, les larmes lui montent aux yeux et sa voix se met à trembler. "Ce qu'il se passe, Madame le juge, c'est qu'avec cette affaire, j'ai tout perdu. Certes, je n'ai pas été blessé. Encore une fois, c'est une blessure désolante qu'a eue M. Luhaka mais moi j'ai tout perdu. J'ai pas pu retourner à mon domicile car je vivais en Seine-Saint-Denis. J'ai dû déménager. Mon déménagement, ce sont des proches qui l'ont fait. J'ai perdu ma profession. Du jour au lendemain, on vous traite avec la pire étiquette, celle d'un violeur. Moi, je veux pas gagner des millions, moi tout ce que je voulais, c'est me rendre utile. Avec cette affaire, j'échappe de peu au placement en détention provisoire. Je pense que j'ai servi de fusible pour que les banlieues ne s'embrasent pas plus encore. J'ai été envoyé chez mes parents sous contrôle judiciaire, mes parents n'ont rien demandé. Je dois me présenter chaque semaine dans le commissariat local de la ville où j'ai grandi. J'avais honte. Le regard des gens change, même si les gens vous connaissent, la médiatisation est telle... Mes parents, mes amis, ma sœur, m'ont soutenu dans cette affaire car ils savent que je n'avais pas commis un crime. Chez les pompiers, c'est pareil, ils savaient très bien que j'étais incapable de faire ça. Alors quand l'enquêtrice a voulu entrer dans ma sphère...Et puis il y a eu les menaces sur les réseaux sociaux, les déclarations politiques à travers les médias. Cette personne (l'enquêtrice de personnalité), je ne la connaissais pas, c'était difficile de la faire rentrer dans ma sphère." 

"JE PENSE QUE JE SUIS QUELQU'UN DE CARRÉ"

Marc-Antoine C. a eu sept lettres de félicitations pour avoir résolu des affaires. "On voit que les rapports sont tout à fait élogieux vous concernant", souligne la présidente. 

"Je pense que je suis quelqu'un de carré (...) J'ai toujours essayé de faire mon travail du mieux que je peux et d'en rendre compte à ma hiérarchie", commente l'accusé à la barre.

"INVESTI D'UNE MISSION"

"Avant cette affaire, je me sentais vraiment investi d'une mission. On n'est pas enthousiasmé par le fait qu'il y avait de la criminalité mais je me suis dit que j'allais apprendre. J'ai passé quatre ans en Seine-Saint-Denis et je pense qu'en quatre années, j'ai appris plus que certains policiers dans toute leur carrière", poursuit l'accusé. 

"MISÈRE HUMAINE" ET "DÉLINQUANCE OMNIPRÉSENTE"

Marc Antoine C., principal accusé et policier, est originaire du Pas-de-Calais. Il explique avoir choisi le 93 pour plusieurs raisons.  "J'avais l'intime conviction que dans ce département, il y avait une misère humaine, une détresse sociale, que j'allais pouvoir me rendre utile. Je pensais devenir un bon policier. Ça me permettait d'être utile dans un département qui est carencé en effectif" explique-t-il notamment."Quand je suis arrivé en Seine-Saint-Denis, il y a eu un choc. Je vais pas dire un choc des cultures mais c'est presque ça. Il y avait la misère humaine, la délinquance était omniprésente."

"ENVIE DE SERVIR"

Marc-Antoine C., principal accusé, est appelé à la barre pour réagir. Il ne souhaite pas le faire. La présidente lui pose alors des questions suite au rapport de l'enquêtrice de personnalité à son sujet. La première, sur ses choix dans son parcours. "Il est vrai que certains m'ont demandé pourquoi j'avais choisi la police, alors que mes anciens camarades se sont tournés vers des professions plus intellectuelles : avocats, médecins... Mon père est policier, j'ai toujours baigné là-dedans. Il était à police secours dans le Pas-de-Calais. Pourquoi j'ai développé cette envie de servir ? C'est un peu comme quand on devient un artiste, on se laisse porter par son envie. Moi, je m'épanouissais en servant les autres. Ça a été pour moi un chemin normal. À 16 ans, j'ai découvert les gestes de premiers secours. Je nageais depuis mon plus jeune âge. Je suis devenu nageur-sauveteur. Puis,  j'ai rencontré des pompiers professionnels. Ils m'ont pris sous leur aile. Dans toutes leurs valeurs, leur façon d'être, je me suis parfaitement vu et j'ai voulu faire la même chose pour être utile", explique l'accusé d'une voix nostalgique. Il est devenu ensuite pompier volontaire. "A 18 ans, j'ai vu des choses qu'on n'est pas habitué à voir, des gens blessés, des enfants blessés. Ça a renforcé cette envie d'être utile."

LETTRE DE FÉLICITATIONS

L'enquêtrice de personnalité cite, à la demande de Me Cailliez, une lettre de félicitations adressée à l'accusé et annotée par Bernard Cazeneuve.

"CHASSER LE BANDIT"

Me Cailliez lui demande pourquoi Marc-Antoine C. a été à Aulnay-sous-Bois alors qu'il avait l'embarras du choix. "Je vais reprendre ses mots. Pour lui, sa mission était de protéger au mieux le citoyen et chasser le bandit."

"MONSIEUR S'EST TOUJOURS ORIENTÉ VERS L'AIDE À AUTRUI"

L'enquêtrice dit avoir réalisé au cours de l'enquête le parcours "très brillant", "excellent" de Marc-Antoine C.,aujourd'hui principal accusé dans l'affaire Théo. Elle confirme, à la demande de l'avocat du policier, qu'effectivement, tous ces collègues ont fait des déclarations élogieuses à son sujet. "On le décrit comme quelqu'un d'ambitieux, de respectueux, de calme. Monsieur s'est toujours orienté vers l'aide à autrui, le secours."

L'enquêtrice dit qu'elle a fait ce travail pendant 12 ans, et réalisé une cinquantaine d'enquête de personnalité. Pour elle, le parcours de Marc-Antoine C. est hors norme, elle n'en a jamais vu un comme ça. 

"HARCÈLEMENT"

Me Caillez, avocat de Marc-Antoine C., interroge l'enquêtrice de personnalité. "Vous a-t-il parlé du harcèlement, des journalistes qui sont allés chez ses parents ?". "Oui" répond l'enquêtrice de personnalité. "On sent que pour lui, c'est compliqué" ajoute-t-elle. 

"DÉMUNI"

La présidente demande à l'enquêtrice de personnalité si Marc-Antoine Castelain lui a parlé de l'affaire Théo. "Sur ce dossier c'est compliqué pour lui à ce moment-là. Il a l'impression d'avoir tout perdu et se sent démuni."

AULNAY-SOUS-BOIS

Marc-Antoine C., principal accusé,  a confié à l'enquêtrice avoir conscience qu'Aulnay-sous-Bois n'était pas forcément facile pour un policier, que le terrain là-bas était peut-être dangereux mais il veut y aller à tout prix pour se former sur le terrain. "Il explique que le quotidien n'est pas toujours facile mais il ne s'en plaint pas", indique l'enquêtrice de personnalité. 

"BIEN TROP DIPLÔMÉ"

Le père de Marc-Antoine C. dit que son fils était "bien trop diplômé" pour le concours de police. "Il est sorti 3e de sa promo et 20e de la promo nationale" révèlent la présidente et l'enquêtrice de personnalité. 

VIT CHEZ SES PARENTS

La présidente précise que Marc-Antoine C., policier poursuivi, n'a pas souhaité en janvier 2018 recevoir l'enquêtrice chez lui car il vit alors chez ses parents. "Il est protecteur. Il veut protéger ses parents et sa compagne de toute cette affaire. Il est dans le retrait pour protéger sa famille. Je lui ai dit que j'allais être obligée de toute façon de les rencontrer", précise l'enquêtrice. 

Elle dit que la famille de l'accusé est "très soutenante". 

PERSONNALITÉ DU PRINCIPAL ACCUSÉ

L'enquêtrice de personnalité indique que Marc-Antoine C. a eu une "éducation cadrante sans être stricte". Selon lui, ses parents "lui ont toujours apporté le meilleur". Son parcours scolaire et professionnel est "très très positif". Il a eu un bac scientifique et est rapidement entré dans la vie professionnelle. "Ses choix professionnels se sont toujours portés vers l'aide à autrui : maître-nageur, pompier volontaire, puis école de gendarmerie, de police et de pompier. Il a obtenu les deux premiers et s'est tourné vers la police" explique l'enquêtrice.

Marc -Antoine C.  intègre le commissariat de police d'Aulnay-sous-Bois en 2013. "Aucun élément négatif n'a été relevé. Il est décrit pas ses collègues comme une personne investie. Il a un cursus professionnel très riche et un caractère ambitieux et sûr de lui. Il est passionné par le sport et a pratiqué la natation pendant des années en haut niveau."

ENQUÊTRICE DE PERSONNALITÉ

Clothilde D. enquêtrice de personnalité, qui a changé aujourd'hui de profession, est entendue en visio. Elle a rencontré le principal accusé, Marc-Antoine C., né le 1er mars 1989, et rencontré le policier en janvier 2018, soit près d'un an après l'affaire Théo. 

L'AUDIENCE REPREND

L'audience est reprise.

AUDIENCE SUSPENDUE 10 MN

L'audience est suspendue 10 minutes.

SÉCURITÉ

L'avocate de Tony H. lui demande si après cette affaire, il a craint pour sa sécurité. Il évoque les messages sur les réseaux sociaux à l'encontre des policiers en tout genre. 

"JE SUIS DÉSOLÉ DE LA BLESSURE DE M. LUHAKA"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka : "Vous avez l'impression d'avoir garantit la sécurité de mon client?"

Tony H. l'un des trois policiers accusés: "Je suis désolé de la blessure que M. Luhaka a eu sur cette interpellation. Ça n'était pas l'intention des policiers que ce monsieur subisse une telle blessure. Nous, on a essayé de procéder à l'interpellation de la meilleure façon possible face à un monsieur qui se débattait."

Me Vey: "Vous ne trouvez pas que vous avez failli à votre devoir d'exemplarité ?"

Tony H. "Pour ma part non. Pour moi, non, j'ai pas failli ?"

"ON SE DEMANDE CE QUE L'ON A FAIT DE MAL"

Me Vey demande à Tony H. "Moi après l'affaire, oui j'ai été choqué des retombées, dans les médias... Je peux pas vous dire qu'au lendemain de mon défèrement, j'étais dans un esprit très calme. On se demande ce que l'on a fait de mal, surtout quand on pense que l'on n'a rien faire. Dans ma tête il fallait que je sois libéré, c'est pour ça que j'ai voulu regagner la voie publique. Pour moi, ma motivation reste intacte. Pour moi c'est un beau métier (celui de policier NDLR) et on en a besoin pour garantir à tous les citoyens de vivre en toute sécurité."

VIOLENCES POLICIÈRES

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka, interroge l'accusé sur d'éventuelles violences à Sevran en 2015 dont il aurait été témoin avant l'affaire Théo et pour lesquelles il aurait été entendu en qualité de témoin en 2016, par l'IGPN. "Je n'ai jamais été témoin de violences émanant de la police sur quelconque", répond Tony H. 

L'avocat poursuit sur les violences policières. "Tant que je n'en ai pas été témoin, je ne peux pas vous dire ce qu'est une violence policière", commente l'accusé.

Que faire en cas de situation difficile? demande l'avocat. "Si ça arrive, il faut garder son sang froid et réagir avec les gestes qui nous ont été appris en école de police."

"MONTRER CE QUE JE SAIS FAIRE"

Xavière Siméoni, assesseure, interroge le policier. Elle lui demande si comme Jérémie D., il s'est mis en retrait depuis l'affaire Théo. "Non" répond l'accusé. "J'ai toujours eu le même comportement, les mêmes motivations. Je suis en brigade anti-criminalité. Je vais essayer de faire mon trou là-dedans, montrer ce que je sais faire", déclare l'accusé.

"J'AI TROUVÉ L'AMOUR"

Tony H., policier accusé, dit qu'il a refait sa vie dans le Nord."J'ai trouvé l'amour en 2018 quand je suis retourné dans le nord et nous avons un petit garçon qui a 3 ans et demi", détaille le policier, pull gris, jean noir, les mains accrochés à la barre et le sourire aux lèvres. 

DÉSORMAIS À LA BAC DE LILLE

Tony H. est toujours policier. Après sa mise en examen en 2017, il a travaillé à Saint-Maur-des-Fossés à l'accueil du public. Il a été en arrêt maladie prolongé un temps. "Je n'ai pas à m'en cacher là-dessus, j'avais la motivation de reprendre le boulot mais j'avais consulté un médecin qui m'a prescrit l'arrêt après avoir connu mon ressenti. C'était encore trop frais, il y avait eu des retombées médiatiques. Je devais faire des allers-retours en voiture et j'avais en mémoire les deux policiers qui avaient été tués à leur domicile (l'affaire Magnanville NDLR)." Tony H. fait une demande de mutation pour Lille fin 2017 et y arrive en 2018. La juge d'instruction lève l'interdiction judiciaire et Tony H. peut à nouveau faire du terrain. Il est aujourd'hui affecté à la brigade anti-criminalité.

LETTRES DE FÉLICITATIONS

Comme ses deux anciens collègues aujourd'hui accusés, Tony H. a reçu plusieurs lettres de félicitations avant l'affaire Théo. Les deux dernières datent du 10 janvier 2017. 

Le casier judiciaire de Tony H. est vierge.

ARRIVÉ À AULNAY-SOUS-BOIS ET "STRESS POSITIF"

Tony H. arrive ensuite à la BST d'Aulnay-sous-Bois. "Pour moi, c'était un bon tremplin. Pour moi, ma mission était de redonner la tranquillité à ces personnes-là (les habitants NDLR)".  La présidente rappelle qu'il y avait "beaucoup de stress en mission". "Il n'y a pas que le stress négatif, il y a aussi du stress positif, ce stress me donnait envie de faire ce que j'avais à faire : lutter contre les différents trafics, ramener la tranquillité... (...) Je n'ai jamais ressenti de difficultés. J'avais choisi de venir en Ile-de-France, je savais que j'allais être confronté à différentes situations, plus ou moins bonnes..."

UN DÉBUT À SEVRAN

Tony H. s'est "retrouvé" au commissariat de Sevran. "Je voulais découvrir toutes les facettes du métier, tant sur la voie publique qu'en terme judiciaire. Mon objectif était d'être sur la voie publique mais pourquoi pas dans les années à venir aller dans les affaires judiciaires", explique l'accusé à la barre. Le policier évoque plusieurs types d'intervention après des vols à l'étalage, vols à l'arraché... "Ça m'a plu. J'ai fait un an et demi. J'en garde un très bon souvenir. J'ai très vite été bien adapté". Concernant le contact avec les gens, il assure n'avoir "jamais rencontré de difficultés".

"SERVIR LA POPULATION, GARANTIR LA PAIX"

La présidente finit la lecture du rapport de l'enquêtrice de personnalité sur Tony H. l'un des policiers accusés dans l'affaire Théo. Elle demande à l'accusé s'il souhaite réagir, ce dernier dit n'avoir rien à dire ou à redire. 

"Vous étiez un bon élève, vous avez passé le concours de la police municipale puis de la police nationale, c'était une vocation de devenir policier ? ", demande Jadis Pomeau. L'accusé dit que l'envie lui est venue quand il était au lycée et précise que sa tante est policière. Il indique qu'il voulait "servir la population, être là pour eux, garantir la paix publique, la sécurité". L'accusé rappelle qu'il était timide et réservé et que ce métier lui a permis de "changer son caractère". "Je pense que c'est un défaut d'être timide et réservé" poursuit-il. 

LA MÈRE DE NAHEL VIENT D'ARRIVER DANS LE PUBLIC

La mère de Nahel Merzouk, adolescent franco-algérien de 17 ans, décédé le 27 juin dernier après avoir été atteint par le tir à bout portant d'un policier, Florian M.,vient d'arriver dans la salle d'audience. Elle s'assoit sur les bancs du public. 

L'AUDIENCE REPREND

Manon M., enquêtrice de personnalité de l'accusé Tony H. qui devait témoigner, n'est pas présente. Il sera passé outre. La lecture de son rapport va être faite avant de donner la parole à l'accusé Tony H. policier, né le 16 juin 1992 à Lens. Le rapport date du 21 février 2018. "L'intéressé rend compte d'une enfance épanouie (...) Tony H. décrit des parents cool". C'était un élève très studieux, qui a eu les félicitations. "Son désir de devenir policier remonte à un an avant de rentrer en terminale". 

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue jusqu'à 14h. 

POLICE-SECOURS

Me Merchat, avocat de Jérémie D. interroge son client sur sa fonction de policier aujourd'hui. "Moi suite à cette intervention, à cette histoire-là, je ne suis plus dans la recherche de chercher tant de personne pour les interpeller. Je suis à police-secours, je suis dans l'aide aux personnes. Ca ne m'intéresse plus d'aller faire du chiffre, de faire ses interpellations qu'on pourrait éviter."

"AVANT J'ÉTAIS TOUJOURS LE PREMIER POUR INTERPELLER"

L'avocat général Loïc Pageot interroge à présent Jérémie D. policier. "Ces faits, ce que vous avez vécu après vous amène-t-il à avoir une vision différente de la manière dont vous exercez votre fonction de policier. 

"Absolument. Avant, j'étais toujours le premier pour interpeller.  Aujourd'hui, je suis en retrait, j'essaie d'éviter les ennuis. Je suis moins saute dessus. J'ai vu ce qui m'était arrivé et je n'ai pas envie de vivre deux fois la même situation", répond l'accusé. 

"THÉODORE LUHAKA, JE N'AI PAS GRAND-CHOSE À LUI DIRE!"

Jérémie D. explique qu'il voulait remplir sa fonction de policiers, interpeller les délinquants, tenter de mettre fin au trafic de drogue. Me Vey rappelle que le casier judiciaire de Théodore Luhaka est vierge, qu'il n'a jamais fait de trafic de drogue. Pourquoi alors s'en prendre à lui? 

"Ils sont tous sur les points de deal, même quand on est là. Après moi j'ai rien contre M. Luhaka" répond l'accusé qui dit que des collègues à lui ont été menacés ou blessés en intervention.

Me Vey poursuit :"Cela veut dire que vous n'avez aujourd'hui rien à dire à M. Luhaka?"

"Non, je n'ai pas grand-chose à lui dire", rétorque l'accusé policier d'un ton sec. 

ACCUSÉ OU VICTIME

"Vous venez de dire que vous êtes 'amer' sur cette l'affaire, vous vous considérez comme victime? " interroge Me Vey. 

"J'arrive pas à répondre à votre question. Vous me laissez réfléchir et je répondrai", répond l'accusé.

DAX VERSUS AULNAY

Me Vey demande à Jérémie D. en quoi la population de Dax est différente de celle d'Aulnay, où il travaillait, comme on "peut le comprendre dans certaines de ses déclarations" selon l'avocat. "Finalement, la police, c'était peut-être pas fait pour moi. Mais il y a quand même de bons côtés, je garde ça", commente l'accusé qui ne répond pas à la question. 

MILITAIRES VERSUS POLICIERS

Me Vey revient sur son désir d'être militaire. "Les militaires sont là pour se battre, vous pratiquez les sports de combat... La police, contrairement aux militaires, n'est pas là pour se battre", commente l'avocat. 

L'accusé Jérémie D. rétorque que "les militaires ne se battent pas tout le temps".

Me Vey  poursuit :"On a l'impression que vous avez choisi la police par défaut car vous n'avez pas eu l'armée". "Au début, j'étais content d'y être. L'école de police c'est pas du tout la réalité du terrain. Je m'attendais à ce que ça s'améliore par la suite" explique l'accusé, membre du syndicat SGP Police.

"JE SUIS AMER SUR LE TRAITEMENT QU'ON A EU"

L'accusé Jérémie D. répondant à une question de l'assesseure, Xaviere Siméoni, sur les conséquences de cette affaire. "Je suis amer sur le traitement qu'on a eu", commente le policier. 

L'autre assesseure lui répète ce qu'il a dit précédemment : "Vous avez dit que 99% du temps (dans sa fonction de policier) ça se passait bien...". Le policier confirme, et, évoquant l'affaire Théo lâche: "Ça n'était jamais allé aussi loin (...) Le portrait-robot qui a été fait de nous par certains médias était totalement erroné."

CASIER JUDICIAIRE VIERGE

La présidente rappelle que le casier judiciaire de Jérémie D. est vierge. Elle indique aussi qu'il a reçu, en amont de l'affaire, de très nombreuses lettres de félicitations de la part de sa hiérarchie. 

POLICIER DANS LES LANDES

Aujourd'hui, Jérémie D. fait de la police secours dans les Landes, à Dax, ce, depuis mars 2022. Il dit avoir de très bons rapports avec sa hiérarchie. "C'est beaucoup plus tranquille" qu'à Aulnay-sous-Bois. 

MÉDIATISATION DE L'AFFAIRE

Concernant la médiatisation de l'affaire et ses conséquences, le policier Jérémie D. déclare :"C'est jamais évident de se dire que d'un coup on va être suspendu. La rupture est vraiment sévère. Financièrement, ça a été très compliqué. On a quitté la région en un mois, on est parti dans les Landes."

MÉDIATISATION DE L'AFFAIRE

Concernant la médiatisation de l'affaire et ses conséquences, le policier Jérémie D. déclare :"C'est jamais évident de se dire que d'un coup on va être suspendu. La rupture est vraiment sévère. Financièrement, ça a été très compliqué. On a quitté la région en un mois, on est parti dans les Landes."

MÉDIATISATION DE L'AFFAIRE

Concernant la médiatisation de l'affaire et ses conséquences, le policier Jérémie D. déclare :"C'est jamais évident de se dire que, d'un coup, on va être suspendu. La rupture est vraiment sévère. Financièrement, ça a été très compliqué. On a quitté la région en un mois, on est parti dans les Landes."

IMPULSIVITÉ

"Je suis assez impulsif mais je redescends aussitôt. Je déteste attendre dans les bouchons, à la caisse, mais je ne suis pas poussé dans les extrêmes", explique Jérémie D., policier accusé à la barre. 

POLICIER

La présidente demande à l'accusé ce qu'il attendait de la police. Jérémie D. dit qu'il a bien aimé la première journée mais qu'après, ça ne lui a pas plu. Il évoque les insultes permanentes envers les policiers, les affaires qui s'enchaînent, les personnes que l'on retrouve dehors deux jours après leur interpellation. 

CONDITIONS DE TRAVAIL DU POLICIER

La présidente demande à l'accusé ce qu'il attendait de la police. Jérémie D. dit qu'il a bien aimé la première journée mais qu'après, ça ne lui a pas plu. Il évoque les insultes permanentes envers les policiers, les affaires qui s'enchaînent, les personnes que l'on retrouve dehors deux jours après leur interpellation. 

Jérémie D. parle aussi du "cycle du policier" qu'il avait rebaptisé le "cycle des divorcés" car il était très difficile pour le couple de se voir. 

QUESTIONS AU POLICIER

Jérémie D. accusé, ne souhaite pas commenter le rapport de l'enquêtrice de personnalité. Interrogé par la présidente sur sa pratique du sport, il dit qu'il fait de la boxe thaïlandaise et du jujitsu brésilien. Concernant son père, il le décrit comme "très sec". "Il a été principal de collège, c'est la vieille garde de l'éducation nationale, c'est les hussards noirs. Il voulait que ma sœur et moi nous ayons une bonne situation. C'était les contacts directs. Il clashait beaucoup avec ma sœur. Moi, j'étais plus dans l'absorption. Moi, j'ai compris que le choc frontal, ça ne marchait pas. Aujourd'hui, nous avons des rapports cordiaux", dit l'accusé à l'accent du Sud-Ouest, cramponné à la barre, pantalon beige et pull bleu. 

Me VEY

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka, partie civile, interroge l'enquêtrice. Il rappelle d'abord que cette enquête date d'il y a six ans, en 2018. "La mère de Jérémie D. dit qu'il peut être parfois brusque, un peu sanguin et impulsif. Il a du mal à accepter certaines choses", répète l'avocat qui essaie d'obtenir des informations sur ce côté "sanguin et impulsif". 

L'avocat rappelle que le policier n'était pas heureux dans son poste et qu'il voulait partir. Il ne souhaitait pas non plus rentrer dans la police, car il souhaitait être militaire. "Il reconnait que la police, ça n'était pas sa vocation", commente l'enquêtrice qui est invitée à s'éloigner de la barre.

IMPACT

La présidente demande à l'enquêtrice qu'elle a été l'impact de cette affaire sur la vie de l'accusé, Jérémie D. policier. "Ils ont dû déménager pour des raisons financières. La médiatisation a été très difficile pour le couple", précise l'enquêtrice.

"LA POLICE EST UN BEAU MÉTIER MAIS PAS EN FRANCE"

L'enquêtrice lit une déclaration du policier Jérémie D. au moment de son enquête de personnalité en 2018. "On nous demande des résultats. On contrôlait beaucoup", lui a dit Jérémie D. "La police est un beau métier mais pas en France, on est trop mal payé pour risquer notre peau tous les jours" avait-il ajouté. 

MAINTIEN DE L'ORDRE

La présidente revient sur la personnalité du père de l'accusé Jérémie D. , "violent envers les autres, au moins verbalement". "Sa sœur a dit que ça avait été une expérience traumatisante, vous confirmez?" demande-t-elle à l'enquêtrice de personnalité. "Oui" répond celle-ci. 

"Son rêve est d'entrer dans l'armée, pas dans la police" questionne la présidente. L'enquêtrice répond encore une fois par l'affirmative. 

Le choix d'être affecté à Aulnay-sous-Bois, a été fait pour "des raisons pratiques", car il habitait à l'époque à Compiègne. L'intégration de la BST, du maintien de l'ordre était "un vrai choix" de la part du policier qui est devenu adjoint du chef de groupe. 

DE LA MARINE À LA POLICE

Jérémie D. quitte la marine le 31 décembre 2011 après 9 ans, 11 mois et 18 jours et débute l'école de police en 2012. En 2013, il décide d'aller travailler en tant que policier à Aulnay-sous-Bois. Il intégrera la BST de la ville en 2015. Il se plait dans ses fonctions en tant qu'adjoint de chef de groupe, fonctions exercées jusqu'en février 2017, date de l'affaire Théo. 

Ses collègues décrivent un fonctionnaire motivé sur qui on peut compter, rigoureux, et qui ne présentait aucun signe d'essoufflement dans son travail. Suspendu dans ses fonctions en février 2017, il a refusé un poste matériel et depuis août 2017 était - au moment de l'enquête- suspendu sans solde. Il repart vivre dans le Sud-ouest d'où il est originaire.

Ses proches disent qu'il a été très marqué par les événements de 2017.

ENQUÊTE DE PERSONNALITÉ DE L'ACCUSÉ JÉRÉMIE D.

Le premier témoin est une femme. Elle s'appelle Marine M. et est enquêtrice de personnalité. Elle a réalisé l'enquête de personnalité de l'accusé Jérémie D., policier. L'enquête a été réalisée il y a six ans sur ce policier né le 15 janvier 1981. Il était à l'époque placé sous contrôle judiciaire. Il vivait en concubinage et avait eu, avec sa petite amie, un enfant né en 2015. Il n'avait au moment de l'enquête pas retrouvé de travail. 

Son père était strict, violents avec les autres. La sœur de Jérémie D. le décrit comme un enfant espiègle et un adolescent frondeur. Il a obtenu un bac scientifique et a échoué pour devenir pilote d'hélicoptère. Il fait du droit, puis sort beaucoup et fait du sport, du rugbgy et de la boxe. Il s'engage dans la marine à l'âge de 22 ans. Il rentre dans la police en 2010 et devient gardien de la paix. 

L'AUDIENCE REPREND

L'audience reprend. Le premier témoin est appelé à la barre.

AUDIENCE SUSPENDUE 15 MINUTES

L'audience est suspendue 15 minutes.

LE PRINCIPAL ACCUSE S'ADRESSE À THÉODORE LUHAKA

Marc-Antoine C., principal accusé, s'exprime sur les faits. "Oui, je suis intervenu pour dégager mon collègue. Situation très délicate dans le cadre d'une interpellation très difficile face à un individu qui se rebellait. Nous ne sommes jamais parvenus à le maîtriser. J'ai fait un coup à l'origine de ses blessures, coup qui m'a été enseigné en école, qui est légitime et réglementaire. Je voulais vraiment défendre mon collègue dans cette situation rarissime, avec quelqu'un d'assez costaud au sol. Bien sûr, la blessure est désolante. J'en ai conscience. C'est une blessure grave et si vous me le permettez, Mme la présidente, je souhaiterais adresser ma profonde compassion à l'égard de cette blessure de M. Luhaka."

L'accusé se retourne vers la victime : "Je suis vraiment très compatissant à votre égard".

LES ACCUSÉS INVITÉS À COMMENTER LA LECTURE DES FAITS

Tony H. est appelé à la barre. "Je tenais juste à comprendre la blessure  gravissime de M. Luhaka  et que le procès fera l'affaire tout ça."

Jérémie D. ne souhaite rien dire après la lecture des faits. 

SÉQUELLES À VIE

Les experts ont estimé que Théodore Luhaka garderait des séquelles physiques permanentes du fait du coup porté par la matraque télescopique. Le jeune homme, aujourd'hui âgé de 28 ans, a également des séquelles psychologiques. 

SÉQUELLES À VIE

Les experts ont estimé que Théodore Luhaka garderait des séquelles physiques permanentes du fait du coup porté par la matraque télescopique. Le jeune homme, aujourd'hui âgé de 28 ans, a également des séquelles psychologiques. Il avait eu à l'époque 15 jours d'ITT. 

"Le coup de bâton n'était ni légitime, ni proportionné", précise le juge d'instruction dans son ordonnance de mise en accusation. Le juge a retenu aussi "l'illégitimité" des coups portés à Théodore Luhaka alors que ce dernier était au sol.

LA QUALIFICATION DE VIOL N'A PAS ÉTÉ RETENUE

Le principal mis en cause, Marc-Antoine C., 34 ans, est poursuivi pour des violences volontaires ayant entraîné une "infirmité permanente" sur la victime, avec les circonstances aggravantes de sa qualité de personne dépositaire de l'autorité publique, avec arme et en réunion. Il encourt jusqu'à 10 ans de prison. Le policier avait d'abord été mis en examen pour viol, mais la qualification n'a pas été retenue faute d'éléments suffisamment caractérisés lors de l'instruction.

Les deux autres accusés, Jérémie., 42 ans, et Tony H., 31 ans, sont aussi jugés pour violences volontaires avec circonstances aggravantes.

DOULEUR DE 10 SUR UNE ÉCHELLE DE 1 à 10

Entendu par l'IGPN après sa violente interpellation, le 2 février 2017, Théodore Luhaka a déclaré qu'un policier, Marc Antoine C. lui l'avait grièvement blessé au niveau de l'anus engendrant des saignements importants. Il avait évalué la douleur à 10 sur une échelle allant de 1 à 10. Il avait dit aussi avoir été aspergé de gaz lacrymogène, puis à nouveau frappé dans la voiture qui le conduisait au commissariat. Théodore Luhaka a déclaré aussi que Marc Antoine C. avait aussi lancé à son sujet à ses collègues :"Il saigne du fion". 

La victime, de couleur noire, précisait aussi avoir été traitée de "Bamboula" et de "sale nègre" par les policiers. 

Théo : le procès des 3 policiers ouvert aujourd'huiSource : TF1 Info

PRÉSENTATION DES FAITS

La présidente présente maintenant les faits tels qu'ils sont reprochés aux accusés, en exposant les éléments retenus à charge et à décharge. "Le 2 février 2017, peu avant 17h, un équipage composé de quatre policiers de la BST d'Aulnay-sous-Boy décidaient de procéder au contrôle de plusieurs individus se trouvant rue Edgar Degas..." commence-t-elle. 

La suite est dans l'article dans le prochain post. 

APPEL DES TÉMOINS

L'huissier procède à présent à l'appel des témoins avec leur horaire de passage. Parmi les témoins, des commandants et commissaires de l'IGPN. Certains seront entendus en visio. 

Un témoin, présent dans la salle, vient de s'approcher de la barre. Il porte des lunettes fumées. "C'est pour des raisons thérapeutiques ?", demande la présidente. "Ce serait mieux si vous pouviez les retirer pendant votre audition" dit-elle. Le témoin dit qu'il serait "mieux" pour sa "sécurité" s'il pouvait les garder sans donner plus d'explications.

Plusieurs experts et médecins seront également entendus. 

LES DÉBATS SONT OUVERTS

Les débats sont ouverts. Théodora Luhaka, 28 ans, est partie civile. Sa famille souhaite se constituer également partie civile. Il s'agit de ses frères, de sa mère, de son beau-frère et de sa belle-soeur. 

LES TROIS ACCUSÉS ASSIS FACE À LA PRÉSIDENTE

Les trois policiers accusés sont assis face à la présidente sur leurs chaises. Ils écoutent attentivement les jurés qui prêtent serment. 

TIRAGE DES JURÉS

La présidente a tiré au sort six jurés pour le procès, sur une liste de 25 titulaires, ainsi que quatre supplémentaires qui assisteront aux débats. Les six sélectionnés sont quatre hommes et deux femmes. Les jurés supplémentaires sont deux hommes et deux femmes. Tous ont prêté serment. 

L'AUDIENCE CRIMINELLE EST OUVERTE

L'audience est ouverte. La présidente Mme Jadis Pomeau appelle le premier accusé, Tony H.. Il est né le 07/06/1992 à Lens. "Je suis policier" dit-il debout à la barre, les mains croisées dans le dos. Il est grand, mince, crâne rasé. Il est assisté par Me Pascal Rouiller. 

Elle appelle maintenant le second. Jérémie D., né en 1981 à Mont-de-Marsan, le 1er mars 1989. Il est policier aussi. Il a le crâne rasé et une barbe. Il est assisté de Me Merchat. 

Le troisième et principal accusé est Marc-Antoine C. Il est né à Lagny-sur-Marne. "Je suis fonctionnaire de police", dit cet homme en costume sombre, lunettes de vues sur le nez. Il est assisté par Me Thibault de Montbrial. 

PRÉSIDENTE ET AVOCAT GÉNÉRAL

La cour d'assises est présidée par Mme Jadis Pomeau. L'avocat général est M. Loïc Pageot. 

JURÉS

La liste des jurés est lue pour vérifier qu'ils sont bien présents. Tous sont bien là. 

Théo : le procès des 3 policiers ouvert aujourd'huiSource : TF1 Info

SYNDICATS DE POLICE

Parmi les représentants des syndicats de police dans la salle, Linda Kebbab, déléguée nationale unité SGP Police. 

THÉDORE LUHAKA EST DANS LA SALLE

Le jeune Théodore Luhaka est dans la salle d'audience également. Il est assis sur le banc des parties civiles, emmitouflé dans une grosse doudoune bleue.  Il discute avec son avocat, Me Antoine Vey. 

DÉBUT DE L'AUDIENCE DANS QUELQUES MINUTES

Le procès de l'affaire Théo doit débuter dans quelques minutes devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis. La salle est pleine. Beaucoup de policiers en tenue et en civil. 

C'est un des dossiers les plus médiatisés en matière de violences policières, notamment parce que la scène a été entièrement filmée et que les vidéos sont devenues virales peu après avoir été rendues publiques. À partir de ce mardi 9 janvier et jusqu'au 19 janvier, trois gardiens de la paix sont jugés devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis pour l'"affaire Théo", à savoir l'interpellation violente, en 2017 à Aulnay-sous-Bois, du jeune Théodore Luhaka. La victime, aujourd'hui âgée de 28 ans, avait été atteinte par un coup de matraque télescopique au niveau de l'anus. Elle garde des séquelles irréversibles, blessures qui valent aujourd'hui aux fonctionnaires, toujours en activité, des poursuites devant la cour d'assises et non devant un tribunal correctionnel.  

Le principal accusé, Marc-Antoine C., 34 ans, auteur du coup de matraque, est poursuivi pour "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente" sur la victime, avec les circonstances aggravantes de sa qualité de personne dépositaire de l'autorité publique, avec arme et en réunion. Une infraction punie de quinze ans d'emprisonnement et de 150.000 euros d'amende. Dans un premier temps, le policier avait été mis en examen pour viol, mais la qualification avait été écartée pendant l'instruction faute d'éléments suffisamment caractérisés. 

Les deux autres accusés, Jérémie D., 42 ans, et Tony H., 31 ans, sont jugés pour "violences volontaires avec circonstances aggravantes". Ils encourent jusqu'à sept ans d'emprisonnement. 

Le 2 février 2017, peu avant 17h, un équipage de quatre fonctionnaires de la BST (Brigade spécialisée de terrain) d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) décidait d'effectuer des vérifications d'identité sur un groupe de jeunes hommes dans la cité des 3000. Rapidement, le ton montait et le contrôle de police dégénèrait.

La scène, filmée par la vidéosurveillance de la ville, montre les fonctionnaires procéder à l'interpellation de Théo Luhaka, alors âgé de 22 ans, qui s'y oppose. Au cours de l'empoignade, son pantalon tombe.

Alors qu'il est dos au mur et pris en étau par Jérémie D. et Marc-Antoine C., ce dernier porte un violent coup avec la pointe de son bâton télescopique de défense (BTD) à travers le caleçon du jeune homme, qui s'effondre. Un trou d'environ 1 cm sera mesuré sur le sous-vêtement.


Aurélie SARROT

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