EN DIRECT - Affaire Théo : l'un des policiers accusés estime que le coup était "proportionné et légitime"

Publié le 16 janvier 2024 à 9h19, mis à jour le 16 janvier 2024 à 19h18

Source : TF1 Info

Trois policiers sont jugés depuis le 9 janvier devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis pour "violences volontaires".
Celles-ci ont été commises en février 2017, sur Théodore Luhaka qui en garde des séquelles irréversibles.
Deux des accusés sont interrogés ce mardi sur les faits, le troisième le sera mercredi.

Ce live est à présent terminé. 

FIN DE CE LIVE

Fin de ce direct, merci de l'avoir suivi.

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue, elle reprendra demain à 9h30 avec la suite de l'interrogatoire du policier Tony H. Suivra l'interrogatoire du principal accusé Marc-Antoine C.

"REGAGNER LE COCON FAMILIAL"

Interrogé par la présidente sur la médiatisation de l'affaire, Tony H., policier, dit avoir été bouleversé par la qualification retenue à l'encontre au début des policiers au début de cette affaire (celle de viol). Il rappelle qu'il n'avait que 23 ans, qu'il venait d'acheter un bien en Ile-de-France et qu'il a dû "regagner le cocon familial ne serait-ce que pour raisons de sécurité". Il dit qu'il y avait à l'époque des rumeurs soutenant que les adresses des policiers mis en cause allaient être diffusées sur les réseaux sociaux. 

BLESSURE

Tony H. assure n'avoir jamais entendu aucun policier dire au sujet de Théodore Luhaka 'Il saigne du fion' comme l'affirme Théodore Luhaka. Il dit que lui et ses collègues ont pris conscience de la blessure de Théodore Luhaka au commissariat, "juste avant l'arrivée des pompiers", qui avaient été appelés par la cheffe de poste. 

NI INSULTE RACISTE NI COUP DANS LA VOITURE SELON LE POLICIER

Tony H, policier : "Il n'y a eu aucun propos raciste. Aucun policier n'a donné de coup de poing ou de coup de pied dans la voiture. Même entre les fonctionnaires, il n'y a pas eu de mots échangés. Je pense que chacun voulait faire redescendre la pression. Chacun était dans sa bulle jusqu'à l'arrivée au commissariat."

BLESSURE

La présidente : "Quand vous amenez Théodore Luhaka avec vos collègues derrière le mur, si Théodore Luhaka ne veut pas s'asseoir, à votre avis c'est pour quelles raisons ? Vous ne vous dites pas que c'est peut-être à cause de sa blessure (au niveau du rectum) ?


Tony H., policier : "Avec du recul, je me dis que peut-être, oui."

"COUP LÉGITIME ET NÉCESSAIRE"

La présidente : "Le coup que vous donnez au niveau du ventre de M. Luhaka, il était selon vous légitime et nécessaire ?"


Tony H. : "Je pense que le coup est proportionné et légitime dans le sens où Théodore Luhaka est toujours sur Jérémie D. (son collègue aujourd'hui poursuivi aussi) et qu'il faut faciliter le menottage. Pour moi, c'était nécessaire."


Selon Tony H. au moment du menottage, Théodore Luhaka ne se plaint d'aucune douleur. 

"GRAVE BLESSURE"

Tony H. : "La grave blessure de M. Luhaka, on l'a vue en garde à vue (au commissariat). Les blessures au visage, elles peuvent provenir de sa chute au sol, ou des échauffourées juste avant que Jérémie D. le ceinture. Je ne vois pas à quel autre moment ça a pu intervenir."

"VOLONTÉ DÉLIBÉRÉE DE SE SOUSTRAIRE"

Tony H. parle de la "volonté délibérée de Théodore Luhaka de se soustraire (au contrôle de police)". Pour lui, l'interpellé n'a jamais coopéré avec les policiers.  

COUPS DE MATRAQUE

Tony H., policier, dit avoir vu un seul coup de matraque porté par Marc-Antoine C. sur Théodore Luhaka, alors que leur autre collègue, Jérémie D. est au sol. 

"À AUCUN MOMENT, THÉODORE LUHAKA N'A ÉTÉ PACIFIQUE"

Tony H., policier, assure avoir vu Théodore Luhaka donner un coup de poing au niveau du visage, de la pommette de son collègue Marc-Antoine C. "À aucun moment Théodore Luhaka était pacifique" dit le policier. 

Hier, Théodore Luhaka a dit avoir voulu intervenir pacifiquement après avoir vu l'un de ses amis se prendre une gifle. 

"JAMAIS DE DIFFICULTÉS DANS MON TRAVAIL"

Tony H.,policier, dit n'avoir "jamais eu de difficultés dans son travail", sauf en décembre 2016, à Sevran, lors d'une intervention entre un vendeur et un guetteur. "L'un d'eux a tenté de me mettre un coup de cutter et j'ai sorti mon arme. L'individu a pris la fuite. J'avais déposé plainte pour les faits. L'individu a été condamné à 6 ou 8 mois de prison ferme."

UN POLICIER DE 24 ANS

La présidente indique que Tony H. était l'un des plus jeunes de la brigade à l'époque. Il avait 24 ans. Il était sous les ordres de Marc-Antoine C., principal accusé et de Jérémie D., autre accusé. Il travaillait à la BST d'Aulnay-sous-Bois depuis quatre mois quand l'affaire Théo est arrivée. 

MENOTTÉ

Tony H., policier : "Jérémie D. voyant que nos actions sont sans effet lance une grenade lacrymogène au sol pour disperser les individus au niveau de l'escalier. Théodore Luhaka est menotté, on le conduit au niveau du muret, on lui dit de s'asseoir, il ne veut pas. Chacun d'entre nous saisit l'un de ses membres et le force à s'asseoir." Il raconte ensuite comment Théodore Luhaka a été conduit au commissariat par sa brigade. 

"JE LUI PORTE VOLONTAIREMENT UN COUP AU NIVEAU DU VENTRE"

Tony H., policier : "Quand je me relève, il y a des échauffourées". Il explique comment ses collègues tentent de maîtriser Théodore Luhaka. Il parle du gaz lacrymogène utilisé. "A un moment donné, j'ai l'impression de l'avoir saisi, je prends mes menottes mais M. Luhaka s'accroche au muret, chute en arrière sur Jérémie D. qui est au sol. Il gesticule. Je lui porte volontairement un coup au niveau du ventre afin de lui couper la respiration pour qu'il y ait un délai de 2 ou 3 secondes pour lui faire penser à autre chose et pour pouvoir le menotter."

"LE TON MONTE SUR CE CONTRÔLE"

Tony H., policier, explique qu'au début, tout se passe bien. "Très vite, j'entends que le ton monte sur ce contrôle. Un premier individu fait un geste de défiance à l'encontre de Marc-Antoine C. (autre policier accusé). Il conteste vivement le contrôle. Marc-Antoine C. le repousse pour retrouver une distance de sécurité. M. Luhaka empoigne Marc-Antoine C. au niveau du col, il saisit les poings d'un autre policier (qui a bénéficié d'un non-lieu)  qui lui assène un coup de pied au niveau des jambes. Théodore Luhaka donne un coup au niveau de la pommette de Marc-Antoine C. Je tente d'interpeller Théodore Luhaka. Il essaie de s'échapper. Je le saisis à l'arrière. Je crois que j'ai un bras de son blouson. Il arrive à enlever son blouson. Je tombe."

L'AUDIENCE EST REPRISE

La cour procède à l'interrogatoire sur les faits de Tony H. autre policier poursuivi pour "violences volontaires". Le gardien de la paix de 31 ans, lunettes sur le nez, cheveux ras, barbe brune, pull gris et pantalon kaki, s'approche de la barre. Il commence à relater la journée du 2 février 2017, jour des faits. Il parle très très vite. Lui aussi dit avoir entendu des guetteurs signaler à d'autres la présence de policiers sur la dalle d'Aulnay-sous-Bois. 

AUDIENCE SUSPENDUE 10 MINUTES

L'audience est suspendue 10 minutes. Elle reprendra avec la déposition de Tony H., autre policier poursuivi pour "violences volontaires". La présidente lui posera ensuite des questions mais elle annonce que les questions de l'avocat général, de la défense et des parties civiles seront posées à un autre moment (demain) au regard de l'heure tardive.  

"CETTE BLESSURE ? JE TROUVAIS CA DÉSOLANT POUR LUI"

Me Merchat, avocat du policier : "Vous contestez avoir volontairement aspergé M. Luhaka avec du gaz lacrymogène. À propos du coup de genou, vous êtes accroupi devant lui."


Jérémie D. : "Je le repousse. En aucun cas, je n'ai voulu avoir un geste qui aurait pu le blesser, c'était dû à une interpellation difficile."


Me Merchat :"Vous l'écartez avec le genou car il tombe vers vous, c'est ça ?"


Jérémie D. : "Quand je suis accroupi face à M. Luhaka, je suis juste à côté de lui, je le repousse. J'avais pas prévu qu'un grand gaillard comme ça se retrouve contre le muret."


Me Merchat : "Quand vous le repoussez contre le muret, quelle est votre intention ?


Le policier d'une voix à peine audible, les bras croisés : "Je cherche à comprendre pourquoi quelqu'un (Théodore Luhaka selon lui) a fait dégénérer un contrôle et à savoir s'il a des stupéfiants. (...) Je veux pas lui faire mal. Je suis face à un individu qui m'a fait la misère. Je lui parle, il ne me répond pas."


Me Merchat : "Quand vous avez compris la gravité de ses blessures ?"


Le policier : "Sur le fait qu'il ait été blessé à cet endroit-là (les fesses) ? J'ai essayé de comprendre. Je trouvais ça désolant pour lui."


Me Merchat : "Vous êtes resté suspendu 4 ans ?"


Jérémie D. : "Non 5 ans. Cette histoire-là a eu des conséquences sur ma façon de travailler et d'appréhender des situations difficiles. Mais je suis toujours flic, je me mets toujours au service des gens et j'essaie toujours d'aider les gens."

"AUTOGAZÉ"

Me Merchat, avocat de Jérémie D., demande à son client s'il s'est 'autogazé' avec sa "gazeuse" (la lacrymogène).


"A mort", répond Jérémie D. policier. Le fonctionnaire a expliqué que du gaz était parti involontairement et qu'il en avait pris plein les yeux, comme Théodore Luhaka.

"JE NE VOULAIS JAMAIS LE BLESSER"

L'avocat général :"Peut-on dire que votre geste est maladroit (c'est le terme utilisé par le policier), quand on projette la tête de quelqu'un contre un muret? C'est pas un geste maladroit ça, c'est un geste que vous regrettez. C'était un geste volontaire."


Jérémie D., policier : "Oui je l'ai dit. C'est un geste volontaire, maladroit, mais je ne voulais jamais le blesser."


L'avocat général :"Etes-vous aussi patient et pondéré que vous le dîtes, notamment, au moment de l'interpellation de Théodore Luhaka. Je vous ai vu crisper à la barre, quand votre bouteille d'eau est tombée, vous avez dit un juron..."

PHOTO DE THÉO EN SANG

L'avocat général revient sur la photo prise par un collègue de Jérémie D. dans l'enceinte du commissariat alors que Théodore Luhaka est allongé au sol, les bras dans l'alignement de ses épaules, les yeux fermés, du sang sur le visage et le t-shirt. Il demande au policier de décrire cette photo. Ce dernier peine à évoquer l'hémoglobine. L'avocat général le relance. 


Jérémie D. : "Il saigne du nez."


L'avocat général : "Ses yeux sont boursouflés."


Le policier :"Peut-être"


L'avocat général :"Pourquoi ça ne figure pas dans le PV d'interpellation ? On peut envisager que cela ait été fait au commissariat ?"


Le policier : "Peut-on envisager que vous ayez pris la moitié d'une bonbonne de gaz dans les yeux ? Quand je suis rentré, j'avais pris du gaz dans les yeux, je ne voyais quasiment rien."


Protestation sur les bancs des parties civiles.

"C'EST UN GESTE MALADROIT QUE JE REGRETTE"

L'avocat général : "J'en viens aux gestes qui vous sont reprochés, notamment d'avoir bousculé Théodore Luhaka d'un coup de genou et de l'avoir projeté violemment projeté contre un muret alors que ce dernier était menotté et maintenu au sol et qu'il pouvait se cogner la tête contre le mur."


Jérémie D. policier : "C'est un geste maladroit que je regrette et qui est à ce moment-là volontaire." 

CONTRÔLE

L'avocat général : "Je reviens sur le contrôle. Faire un contrôle d'identité sans savoir dans quel contexte on le fait... Selon le cadre dans lequel est fait le contrôle, vos droits ne sont pas les mêmes."


Jérémie D. policier : "On l'a fait dans le cadre d'une personne qui fait 'hu hu hu' (pour alerter les dealers de l'arrivée de la police selon les accusés."


L'avocat général : "Vous parlez d'un contrôle de routine pour recenser les présents. Vous ne faites allusion à aucune infraction."


Jérémie D. : "Si on entend les guetteurs qui font 'hu hu hu'. Il est susceptible d'y avoir des transactions."


L'avocat général :"Ça n'est pas ce que vous avez dit initialement."

SANG

Jérémie D., policier, assure également ne jamais avoir vu de sang sur le caleçon de Théodore Luhaka au moment de l'interpellation. 

MATRAQUE

Me Honegger, avocat de Théo et de ses proches : "En 2017, vous ne parlez jamais de matraque quand vous faites des déclarations sur le déroulement des faits. On peut s'imaginer que c'est une façon de cacher les choses..."


Jérémie D., policier, dit ne pas avoir vu la matraque le jour de l'interpellation.


L'avocat : "Du début à la fin d'interpellation, alors qu'elle est tout le temps utilisée, vous n'avez jamais vu cette matraque ?"


Le policier : "Jamais"


L'avocat rappelle au policier qu'il a signé un procès-verbal rédigé par son collègue Tony H. le jour des faits dans lequel il est bel et bien question de matraque.

SAIGNEMENTS

Me Honegger : "Vous souvenez-vous quand vous avez vu la première fois que Théodore Luhaka saignait du nez ? Vous n'en parlez jamais vraiment. Dans le PV d'interpellation rédigé par Tony H. et signé par vous, on ne parle jamais de sang, ni au niveau de la face, ni au niveau du caleçon, ni au niveau du t-shirt ! Quand voyez-vous que Théodore Luhaka saigne de la face ?"


Jérémie D., policier : "Ça doit être quand je le ramène derrière le mur". 


L'avocat dit que c'est une troisième version que donne le policier aujourd'hui. Avant, il avait dit notamment avoir vu le sang quand Théodore Luhaka avait été conduit dans la voiture. "Quand on a des variations aussi importantes, on se pose des questions sur la crédibilité de vos déclarations ! Personne ne parle de sang dans le PV. Vous savez ce que c'est un faux en écriture publique", tacle l'avocat. 


Le policier, agrippé à la barre : "Commencez pas à me parler de ça !"


Me Honneger :" Vous savez qu'un faux en écriture publique est passible de la cour d'assises? "


Le policier : "J'y suis déjà en cour d'assises."

COUPS AU VISAGE

La vidéo de l'interpellation de Théodore Luhaka est à nouveau projetée. On voit Théodore Luhala tomber au sol avec Jérémie D. 


Me Honegger, avocat de Théodore Luhaka et de ses proches : "Selon vous, quelle est la partie du corps de Théodore Luhaka qui touche le sol en premier ?"


Jérémie D. policier :"Je dirais sa tête."


L'avocat précise que Théodore Luhaka tombe sur l'épaule avec le visage sur le côté. "Est-il possible que les blessures que Théodore Luhaka a au visage soient liées à ce moment-là? " demande-t-il ensuite à l'accusé. 


Le policier ne répond pas. "Théodore Luhaka dit que ça n'est pas là, que ce sont des coups qui lui ont été portés après", commente l'avocat. Il précise que le médecin a dit que les blessures du visage ont été occasionnées par plusieurs coups, au moins trois, compte tenu des blessures. Le policier dit que cela a pu intervenir pendant l'échauffourée, juste avant. 


L'avocat n'y croit pas : "Trois coups de poing au visage pour procéder à une interpellation ? Et ni vous ni vos collègues ne se souviennent d'avoir porté ces coups..."

INVOLONTAIREMENT FAIT USAGE DE GAZ LACRYMOGÈNE?

Me Honegger rappelle qu'à trois reprises, Jérémie D. a fait usage de gaz lacrymigène le 2 février 2017. 


Jérémie D.: "C'est une fois en tombant, les deux autres c'est involontaire dont une fois ça ne l'impacte pas."


Me Honegger: "La première fois c'est quand vous tombez avec Théodore Luhaka, la deuxième fois c'est quand Théo est poussé près du muret, et la troisième fois, derrière le mur. Par trois fois, c'est involontairement que vous avez activé la bombe à gaz lacrymogène. Excusez-moi monsieur, mais vous avez la maladie de Parkinson?"


Jérémie D. à l'avocat qui multiplie les questions sur le gaz lacrymogène  :"Vous essayez de me piéger avec vos questions!"

"CONTRÔLE DE ROUTINE"

Me Honegger, avocat de Théodore Luhaka et de ses proches: "Vous avez pu dire que ce jour-là, c'était 'un contrôle de routine'. C'est quoi un contrôle de routine aux termes de la loi? Un contrôle de routine, ça n'existe pas! 


Le contrôle aurait été fait sur une dizaine de jeunes après que l'un d'eux aurait alerté les autres, soupçonnés d'être mêlés à du trafic de stupéfiants, de l'arrivée des policiers. 


Me Honegger: "Vous aviez quoi comme élément permettant de dire que M. Luhaka a commis une infraction. 


Le policier répond que Théodore Luhaka fait alors partie des gens qui se trouvent sur la dalle, et qui a entendu l'alerte donnée par un autre au sujet de l'arrivée des fonctionnaires de police. 

PROCES-VERBAL

Me Honegger, avocat de Théodore Luhaka et de ses proches : "Il se trouve que le PV rédigé par votre collègue Tony H. (accusé aujourd'hui) est rédigé à 16h40, à l'heure où se passent les faits... À quelle heure vraiment Tony H. a rédigé son PV?"


Jérémie D. policier, l'ignore. Il ne sait pas non plus quand il a signé le PV.


Me Honegger :'C'était le soir des faits (le 2 février 2017)?"


Le policier : "C'est forcément le 2. J'étais en garde à vue le soir."

"LE DRAME DANS CETTE AFFAIRE..."

Jérémie D. , policier:"Le drame de cette affaire est qu'un homme a été blessé. Il y a aussi le retentissement qu'il y a eu. Nous, on a tout fait pour faire notre travail."

VIOLENCES POLICIÈRES

Me Honegger, avocat de Théodore Luhaka et de ses proches: "Vous êtes au courant qu'il y a déjà eu des condamnations de policiers pour violences illégitimes ans le 93 ou ailleurs?""


Jérémie D. policier: "Il y a dû y en avoir oui."


Me Honegger:" C'est quoi l'intérêt de commettre des violences policières?"


Le policier :"Il n'y a aucun intérêt puisque maintenant avec les téléphones portables et les caméras de surveillance..."


L'avocat s'étonne de la réponse du policier et poursuit: "Vous dites qu'il n'y a pas d'intérêt à commettre des violences et pourtant vous reconnaissez votre responsabilité (dans les violences sur Théo). 

GESTE VOLONTAIRE OU INVOLONTAIRE

Me Honegger, avocat de la famille Luhaka : On vous reproche deux gestes, d'avoir poussé Théo contre le mur, et de l'avoir aspergé de gaz lacrymogène. Vous dites que vous êtes responsable du geste, de l'avoir poussé. Mais vous dites que le gaz lacrymogène dans son visage, alors qu'il est menotté, vous n'êtes pas coupable. "


Jérémie D. policier, dit que le gaz lacrymogène était involontaire. "Mon collègue était au même niveau. J'aurais pas voulu le gazer". 

"J'AI MORDU LA LIGNE BLANCHE"

Xavière Siméoni, assesseure : Vous êtes renvoyé pour "violences volontaires" pour avoir bousculé Théodore Luhaka et pour l'avoir poussé d'un coup de genou contre un mur. Vous dites que ce sont des gestes proportionnés ?"


Jérémie D., policier :"Ce sont des gestes que je regrette car il m'amène aujourd'hui ici devant vous et ils ne sont pas révélateurs du policier que je suis. J'estime que j'ai mordu la ligne blanche mais je ne l'ai jamais franchie. Croyez bien que les répercussions...Je savais en plus que j'étais filmé. Je sais c'est pas bien ce que j'ai fait. Ces gestes ne sont ni adéquats, ni justifiés, ni légitimes. J'en ai bien conscience. Mais ils ne sont jamais dans l'optique de blesser ou de faire du mal. Ca intervient aussi dans un contexte extraordinaire."

"J'AI MORDU LA LIGNE BLANCHE"

Xavière Siméoni, assesseure : Vous êtes renvoyé pour "violences volontaires" pour avoir bousculé Théodore Luhaka et pour l'avoir poussé d'un coup de genou contre un mur. Vous dites que ce sont des gestes proportionnés ?"


Jérémie D., policier :"Ce sont des gestes que je regrette car il m'amène aujourd'hui ici devant vous et ils ne sont pas révélateurs du policier que je suis. J'estime que j'ai mordu la ligne blanche mais je ne l'ai jamais franchie. Croyez bien que les répercussions...Je savais en plus que j'étais filmé. Je sais c'est pas bien ce que j'ai fait. Ces gestes ne sont ni adéquats, ni justifiés, ni légitimes. J'en ai bien conscience. Mais ils ne sont jamais dans l'optique de blesser ou de faire du mal. Ca intervient aussi dans un contexte extraordinaire."

PANTALON

Jérémie D. sur l'interpellation de Théodore Luhaka et son pantalon à ce moment-précis:  "Le pantalon de Théo, je ne le vois pas baisser, je ne vois aucun saignement."

DÉFENSEUR DES DROITS

La présidente lui demande s'il y a des choses qu'il regrette. 


Jérémie D., policier à la barre:" Je regrette (le geste qu'il a eu sur Théodore Luhaka) car,c'est ce qui m'amène devant vous aujourd'hui"


Puis il ajoute : "Le seul regret que j'ai dans toute cette procédure-là, c'est de ne pas avoir envoyé bouler le défenseur des droits. Ces gens, petits mocassins en nubuck et petit gilet, qui vous donnent des leçons d'interpellation dans le 93!!!".


À l'époque, le Défenseur des droits, saisi par l'avocat du jeune homme, avait annoncé qu'il lancerait des "investigations" sur cette "dramatique affaire qui illustre les conflits qui naissent parfois des contrôles d'identité".

"PAS DE VOLONTÉ DE FAIRE MAL"

La présidente : "Comment vous avez vécu la médiatisation de cette affaire ?"


Jérémie D., policier : "Je me suis complètement détaché des médias, d'Instagram, de Facebook. Même les journaux, je ne les lisais pas. Je me suis mis en retrait de fait, on a été placé en garde à vue, mis en examen, j'ai dû faire face à des problèmes financiers, déménager avec ma compagne et mon fils. J'ai entendu dire que mon nom avait paru, j'ai dû protéger ma femme et mon fils quand nous étions encore à Rosny.". 

Il ajoute : "Je n'avais pas conscience ce jour-là d'avoir fait des choses répréhensibles. Il n'y a jamais eu cette volonté de faire mal ou de blesser."

COUPS SUR LE VISAGE

La présidente : "Les traces de coups sur le visage de Théodore Luhaka, vous les expliquez comment ?"


Jérémie D., policier : "Ça peut s'expliquer par l'échauffourée, quand il y a des coups de part et d'autre. J'ai pas l'impression qu'avec mon coup, quand je le repousse, je lui fais mal."

GESTE

La présidente : "Vous avez dit avoir pris conscience de votre geste (sur Théo, quand il le pousse vers le mur) en voyant la vidéo".


Jérémie D., policier : "Je ne sais plus".

"CA VA PAS LA TÊTE ?!"

Le policier dit avoir pris conscience de la gravité des blessures de Théodore Luhaka quand le commissaire a demandé ce qu'il s'était passé. "Le commissaire nous dit que l'interpellé se plaint d'avoir été victime de viol, moi, je lui ai dit : 'Ça va pas la tête ?!".

LE POLICIER A PRIS THÉO EN PHOTO

Jérémie D., policier : "Pourquoi j'ai pris une photo de Théodore Luhaka dans la voiture ? Je vais vous dire. Il est de tradition ou coutume que ce soit le chef de nord qui rédige le procès-verbal d'interpellation. Ça m'aide pour la rédaction du PV"


La présidente demande à quoi ça sert à cette rédaction puisque de toute façon Théodore Luhaka allait être vu par un médecin à son arrivée au commissariat. 


Jérémie D. assure que la photo allait l'aider pour rédiger son procès-verbal, pour les descriptions de l'interpellé notamment.

PAS D'INSULTE RACISTE SELON LE POLICIER

La présidente demande s'il voit ses collègues portés des coups à l'encontre de Théodore Luhaka dans la voiture. Le policier Jérémie D. dit que non, que ses yeux lui font mal à cause de la lacrymogène (...) Moi, je suis dans ma bulle et je suis toujours incommodé par cette lacrymo", dit le policier. 


Il assure aussi que Théodore Luhaka ne se plaint pas de douleur dans la voiture. "Il ne dit jamais rien", assure le policier. Il dit aussi qu'"il n'y a pas d'insultes racistes dans la voiture". 

"UN VOYAGE LOURD ET PESANT"

Jérémie D. assure que si lui et ses collègues avaient vu que Théodore Luhaka allait mal, ils auraient appelé les pompiers. "Le voyage du retour (au commissariat) a été lourd est pesant. La tension commençait à redescendre, j'avais les yeux rouges à cause de la lacrymo. Il me tardait de rentrer", précise-t-il.

"CHOSES IMMONDES"

Jérémie D., policier : "On arrive à relever M. Luhaka et à le mettre derrière le mur. Là où tout le monde nous accuse d'avoir fait des choses immondes."


Théodore Luhaka indique avoir été "violé" à cet endroit, et avoir pris de nouveau coup de bâton de défense téléescopique dans l'anus.


La présidente : "Pourquoi l'avoir amené là et pas au véhicule ? Vous lui avez dit : 'On va te faire ta fête'?."


Jérémie D. :"Les propos racistes et humiliants, il n'en a jamais été question de la part de moi-même et de mes collègues."

"JE SUIS DANS LE ROUGE"

Jérémie D. policier : "Après je suis toujours dans le rouge. On est toujours dans un territoire que j'estime hostile. Je suis sur-crispé de la situation. Derrière le mur, il y a un autre jet de gaz mais il n'a pas impacté M. Luhaka."


Sur le banc des parties civiles, la famille Luhaka écoute attentivement le policier.

CRISPATION, ÉNERVEMENT ET MAUVAIS GESTE

Jérémie D., policier : "M. Théodore Luhaka, je ne l'ai jamais croisé. Pendant quatre ans, je n'ai jamais connu cet homme-là. Je vois quelqu'un qui est grand, très grand, balaise, qui a porté des coups à mes collègues, qui a essayé de se soustraire plusieurs fois au menottage. Cette personne s'est pris la moitié du réservoir lacrymogène, et il continue, il continue et il continue. J'estime qu'à ce moment-là, je suis sur un pic d'adrénaline. Il y a de la crispation, de l'énervement. Le mouvement que je fais, j'ai pas l'impression d'y mettre une force excessive. Je suis assis devant lui, je le pousse (vers le muret). Je suis étonné qu'il cogne le mur vu sa taille et son poids."


La présidente :"Ça ne vous alerte pas sur son état général ?"


"Non" répond le policier. Il ajoute : "Je suspecte que M. Luhaka est chargé en produits stupéfiants, qu'il veut se soustraire au contrôle. (...) C'est un mauvais geste, c'est pas un geste que j'aurais dû faire. Je l'ai fait à cause de tout ce qu'il se passe avant."

DÉCHARGE D'ADRÉNALINE

La présidente : "Vous ne participez pas au menottage?"


Jérémie D. à la barre :"Non ce sont Tony H. et Marc-Antoine C. qui le font (les deux autres accusés)."


La présidente : "On vous reproche deux gestes, le jet de lacrymogène et le geste que vous faites en poussant Théo vers le muret. Vous vous souvenez de ce que vous avez dit sur ce geste?"


Jérémie D. : "C'était un geste d'énervement, d'agacement. J'ai mis ça sur la décharge d'adrénaline que je venais de recevoir. "

SOUTIENS

"Pour moi, il est évident que Théodore Luhaka a voulu se soustraire à un contrôle d'identité et  à un menottage" affirme Jérémie D., policier, à la barre. 


Dans la salle d'audience, de nombreux policiers en civil sont venus le soutenir.

"PAS DE LÉSION, PAS DE BLESSURE"

La présidente : "Marc-Antoine C. dit, dans ses premières auditions, qu'il porte ce coup d'estoc pour vous venir en aide, car vous êtes piétiné par M. Luhaka."


Jérémie D., policier : "Je suis dans une situation très dangereuse. Il y a pour moi l'effet de piétinement. Marc-Antoine C. a peut-être vu que c'était Théodore Luhaka qui me piétinait. Moi je ne le vois pas. Il y a beaucoup de jambes sur un petit périmètre."


La présidente : "Vous n'avez aucune lésion, ITT... C'est grâce à votre pratique des arts martiaux ?"


Jérémie D. :"Non c'est juste cette position de protection que j'adopte, cette position fœtale. Et j'ai le gilet par balles, le blouson et le gilet tactique. C'est pour ça que quand je sors de là, je n'ai pas de blessure."

"GROS JETS DE GAZ LACRYMOGÈNE"

La présidente:"On peut douter du caractère accidentel du départ du gaz lacrymogène. Qu'est-ce que vous pensez-vous?"

Jérémie D., policier :"Il faut vous rendre compte qu'à ce moment-là, j'ai déjà raté ma première phase. Je dois me retrouver sur l'individu interpellé mais il est sur moi. Je me demande ce que je peux faire mais mon but n'est pas de m'envoyer du gaz lacrymogène en pleine tête. J'ai été autant impacté que M. Luhaka. Après, j'ai beaucoup de difficulté pour respirer, j'y vois plus grand-chose, c'est très irritant. Vu les gros jets de gaz qui sont envoyés, j'en prends beaucoup. Je sens que M. Luhaka continue à bouger et j'avoue que je ne comprends pas trop. Moi, ça a un effet inhibant pour moi. La seule chose que je peux faire, c'est m'enrouler autour de lui. Je m'en remets à mes collègues et j'espère que le contrôle va se terminer bientôt. J'ai un individu qui est violent et agressif."

CROC-EN-JAMBE

Jérémie D., policier à la barre, dit avoir réalisé que Théodore Luhaka allait s'enfuir, quand il a réalisé qu'il continuait à avancer quand ses collègues l'agrippaient. "Je me suis porté à sa hauteur, j'ai fait une amenée au sol. Je lui fais un croc-en-jambe. On tombe au sol tous les deux. J'aurais dû me retrouver au-dessus de lui."

LE POLICIER "NE SE SOUVIENT PAS" AVOIR VU LES COUPS DE MATRAQUE

La présidente : "Vous voyez les coups portés par Marc-Antoine C. avec la matraque à Théodore ?"

 

Jérémie D., policier : "Je n'en ai pas le souvenir, je vois des êtres qui se débattent et une situation d'urgence qui est en train d'apparaître à grande vitesse."

"ATTITUDE SUSPECTE"

Jérémie D., policier indique qu'il a trouvé ce jour-là "l'attitude de M. Théodore Luhaka très suspecte" : "L'action qu'il a manifesté à ce moment-là... J'ai trouvé quelqu'un de déterminé qui refusait de se soumettre au contrôle et au menottage. Je vois son poing fermé, le bras tendu, avec mon collègue qui a la tête en arrière, je me dis que Théodore Luhaka lui a porté un coup de poing."

GIFLE ET COUPS DE POING

La présidente : "M. Théodore Luhaka dit qu'il intervient, car quelqu'un porte une gifle à l'un de ses amis. Vous la voyez cette gifle ?"


"Non", assure Jérémie D., policier. 


La présidente : "Y a-t-il de l'agressivité ?"


Jérémie D. : "Oui. Quand je suis face à trois individus, j'entends que le ton monte. On est habitués, mais à un moment, il est monté de façon anormale. Je vois ensuite Marc-Antoine C. a la tête en arrière. Devant lui, un bras tendu et un point fermé."


La présidente : "En gros, c'est un coup de poing de M. Luhaka."


Jérémie D. : "Je n'ai pas vu le coup de poing."


La présidente: "Mais c'est possible"


"Oui", répond Jérémie D. Le policier précise que les coups sont partis après "de part et d'autre."

ALIGNÉS CONTRE LE MUR

La présidente : "Pourquoi (lors du contrôle) les faites-vous aligner contre ce mur ?"

 

Jérémie D., policier :"C'est une bonne question (...)"


Le policier assure que ça n'était pas pour échapper aux caméras de vidéosurveillance. "On nous voit de la route et de tous les immeubles", insiste le policier. Selon lui, cet alignement était fait pour éviter "tout risque de fuite" : "On ne s'est pas mis là pour cacher quelque chose. On les rabat, on contrôle. On allait repartir 5 minutes après", explique-t-il.

"CONTRÔLE DE ROUTINE"

La présidente: "S'agissant de M. Luhaka, vous ne l'aviez jamais vu là (sur la dalle d'Aulnay)?"

 

Jérémie D., policier, confirme qu'il ne l'avait jamais vu là,  sur le point de deal. 


Quand les policiers arrivent le 2 février 2017 sur le "point de deal", ils annoncent un "contrôle de routine" aux personnes qui s'y trouvent. Selon Théodore Luhaka, c'est Jérémie D. qui aurait fait cette annonce.  "Je voulais l'annoncer d'une façon neutre et paisible" dit le policier.

"SENS POLICIER"

Jérémie D., policier, rappelle que le jour des faits, son équipage BST avait débuté ses surveillances sur Sevran. "Les surveillances c'est un peu aléatoire, on se faufile dans la cité et on essaie de voir qui est le vendeur, qui est l'acheteur, ça peut prendre du temps. Vous avez ce sens policier qui fait que vous savez que telle ou telle personne n'attend pas pour rien."

"ACCENTUER LA PRESSION SUR TEL SECTEUR

La présidente: "S'agissant de vos actions, j'ai cru comprendre que la BST agissait d'initiative..."


Jérémie D., policier : "Détrompez-vous, ça pouvait être aléatoire. Parfois la hiérarchie nous disait d'accentuer la pression sur tel secteur."

"FAUT PAS NOUS FAIRE PASSER POUR LE CROC-MITAINE"

La présidente interroge le policier sur les représailles qu'auraient évoquées certaines personnes pour justifier de ne pas témoigner à ce procès ou pendant la procédure.

Jérémie D., policier : "Pour moi ce sont des balivernes. C'est quelque chose qui a été inventé. Faut pas nous faire passer pour le croque-mitaine dans l'histoire." 

Le gardien de la paix précise que la cité des 3000 n'est pas un endroit tranquille, que les policiers sont mal accueillis... 

"LA MAJORITÉ DES CONTRÔLES SE PASSENT BIEN

Jérémie D., policier, à la barre.  "La majorité des contrôles se passent bien, 90%, en dépit de ce climat d'hostilité.". Il ajoute  :"Je le dis d'ailleurs, ce 2 février 2017, je n'aurais pas dû être là, j'avais un arrêt maladie de 5 jours suite à une blessure."

"BATAILLE DE TRANCHÉES"

Jérémie D., policier, sur les lieux où sa brigade devait intervenir: "C'était toujours une défiance à notre égard, des insultes, un sentiment d'hostilité permanent. On avait bien conscience que dans ces cités, des gens méritaient d'avoir une tranquillité. Même si au début ça me plaisait de faire ça, j'ai commencé à avoir une lassitude. Les gens étaient interpellés puis relâchés, j'avais l'impression que c'était une bataille de tranchée."

CITÉ DES 3000

Jérémie D., policier rapporte un événement survenu en août 2016, à proximité du parking du Cap. "On avait voulu établir un contrôle d'identité. "Ca ne s'est pas très bien passé pour nous entre guillemets. Un de mes collègues a voulu faire rentrer cette personne dans la voiture. Ca n'a pas du tout plu aux autres personnes autour. L'individu était menotté dans la voiture. Une personne était plus virulente que les autres, elle a voulu sortir l'individu de la voiture. Je m'y suis opposé. Une rixe a débuté entre cette personne et moi, on s'est battu au sol. Mes collègues ont fait usage du flash-ball. Des coups de flash-ball ont été donnés. J'ai pris un coup de rétroviseur sur la nuque ou le haut du dos pour faire cesser mon action. C'est pour ça que je dis que les interpellations aux 3000 (la cité des 3000 à Aulnay) depuis ce jour-là... "

RUMEURS ?

La présidente lui parle des pratiques dénoncées par plusieurs personnes d'Aulnay au sujet des pratiques de cette brigade et lui demande son avis.

Jérémie D., policier : "Je démens absolument. Toutes les personnes avec qui on a eu maille à partir, ça a toujours été pour de bonnes raisons. Pour moi ce sont des accusations fantaisistes qui ont été relayées en surfant sur cette médiatisation-là. (celle de l'affaire).

LE POLICIER JÉRÉMIE D. REVIENT A LA BARRE

Jérémie D., l'un des policiers poursuivis pour violences volontaires, crâne rasé, barne, vêtement sombre, revient à la barre. La présidente l'interroge. "Vous étiez chef de bord, ça consiste en quoi ?"demande-t-elle. Il explique que c'est la personne la plus ancienne, qui rédige les saisines et qui est responsable de son équipe. 

Jérémie D. était depuis deux ans à la BST (Brigade spécialisée de terrain) d'Aulnay-Sous-Bois. Il y avait trois groupes de six fonctionnaires à la BST. Jérémie D. était dans le groupe alpha. Le deuxième plus ancien du groupe était Marc-Antoine C. principal accusé. 

L'AUDIENCE REPREND

L'audience est reprise. 

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue jusqu'à 14 heures. Elle reprendra avec les questions au policier Jérémie D. accusé. 

VARIATIONS DANS LES DÉCLARATIONS

Thibault de Montbrial, avocat de Marc-Antoine C. principal accusé: "Hier, nous avons interrogé M. Luhaka et nous avons listé ce qui constitue des variations, des évolutions dans ses déclarations. Il y en a une vingtaine. Il y a une scène tellement différente par rapport à la vidéo que nous avons vue ici qu'il a fini par dire :'Comment ça s'est passé, ça n'est pas le plus important'. Peut-il y avoir eu une reconstruction de sa part des événements, un ajout ? "

Dr Coutanceau, expert psychiatre: "Avec des hypothèses, je dis bien avec des hypothèses, la construction de phrase qu'il a choisi est presque la reconnaissance d'un ajout."

On en a fini avec l'expert. 

NIVEAU INTELLECTUEL

La présidente s'interroge sur le fait que le Dr Coutanceau ait dit que Théodore Luhaka était d'un niveau intellectuel dans la moyenne haute alors que les précédents experts, entendus hier, l'ont mis dans une moyenne basse. L'expert évoque en souriant la querelle d'experts sur Monique Olivier, alors que certains lui avaient attribué un QI de 131 et d'autres un QI bas. Concernant Théo, il dit que, pour lui, il est plutôt dans la moyenne haute. 

IDÉES SUICIDAIRES

Roland Coutanceau, expert psychiatre, a évoqué des idées suicidaires de la part de Théodore Luhaka à l'approche de ce procès. La présidente lui demande si c'est une crainte de la nouvelle médiatisation de l'affaire, de revoir les policiers - qu'il avait déjà revu lors d'une confrontation- ou autre chose...

L'expert répond que ces idées de suicide ne sont pas seulement récentes. "Il a eu de temps en temps des idées fugaces d'en finir" explique-t-il. 

Théodore Luhaka écoute l'expert, les mains sur sa bouche. 

INSULTES RACISTES

Roland Coutanceau, expert psychiatre, explique qu'il a voulu voir une deuxième fois Théodore Luhaka et poursuit son exposé. 

La présidente lui précise que Théodore Luhaka a pu ajouter des éléments sur cette affaire a posteriori, notamment devant la cour où il a dit qu'il avait fait l'objet d'insultes racistes à plusieurs reprises au moment de son interpellation par les policiers. L'un de ces faits racistes n'avait jamais été évoqué avant cette audience. 

L'expert explique que "ça peut être vrai mais qu'il y a aussi parfois dans la restitution qui a pris un impact traumatique des ajouts." Il ajoute : "Si c'est un ajout, c'est une manière de charger l'intentionnalité. Mais il y a deux scénarios possibles (cela peut aussi être vrai)."

"IL CRAIGNAIT LE PROCÈS"

Roland Coutanceau, expert psychiatre, sur Théodore Luhaka : "Il craint que le procès soit pour lui une grosse épreuve. Il a une crainte des remontées, avec une réémergence des éléments cliniques."

"ANIMOSITÉ, RANCŒUR, HAINE"

Roland Coutanceau, expert psychiatre, sur Théodore Luhaka : "Il y a aussi un moment d'animosité, de rancœur, de haine par rapport à ceux qu'il tient pour responsable de ce qu'il lui est arrivé."

SENTIMENT D'INJUSTICE

Roland Coutanceau, expert psychiatre, sur Théodore Luhaka : "Il a un sentiment d'être fatigué, d'avoir une asthénie, se sentir mort. Il a aussi un sentiment d'injustice que cette histoire lui soit arrivée. Ça a détruit ma vie, ma famille, dit le sujet".

RÉACTION ANXIEUSE A LA VUE DES POLICIERS ET IDÉE DE SUICIDE

Roland Coutanceau, expert psychiatre, indique que Théodore Luhaka a désormais "des réactions anxieuses quand il voit le moindre policier." (Il y a des dizaines de policiers en tenue ou en civil au tribunal). "Il a aussi des idées de suicide" précise l'expert. Théodore Luhaka a refusé les psychotropes pour ne pas devenir dépendant des médicaments. 

DES CAUCHEMARS AVEC LA MATRAQUE

Roland Coutanceau, expert psychiatre, en vient aux conséquences des violences commises par les policiers, sur le plan psychique, sur Théodore Luhaka. L'expert évoque des troubles du sommeil, des difficultés d'endormissement et des réveils au milieu de la nuit. Il cite aussi les cauchemars récurrents, avec la matraque. 

"PEU ANXIEUX AVANT LES FAITS ÉVIDEMMENT"

Roland Coutanceau, expert psychiatre, sur Théodore Luhaka : "La personnalité se situe dans le large spectre de la normale. C'est quelqu'un de sociable, plutôt assuré, peu anxieux avant les faits évidemment, un tempérament heureux, bon vivant."

L'expert confirme que le football est la passion de Théodore Luhaka, qu'il aime aussi la musique et la Play Station. Il dit qu'il a eu des petites amies. 

EXPERT PSYCHIATRE

Roland Coutanceau, expert psychiatre, sur Théodore Luhaka : "Il n'a aucun antécédent psychiatrique, pas de maladie mentale, rien qui n'évoque quelque chose dans le plan psychiatrique. Le niveau intellectuel est bon. Il aurait pu valider son baccalauréat mais à l'époque il y avait un très fort investissement pour le football. Il a une capacité de raisonnement et de jugement dans la bonne moyenne."

ROLAND COUTANCEAU

L'audience reprend. L'expert psychiatre Roland Coutanceau, 72 ans, apparait sur les écrans. Il va être entendu en visioconférence. Il a examiné Théodore Luhaka récemment (l'année dernière) à la demande de la présidente de la cour d'assises.

Les questions au policier Jérémie D. seront posées après que Roland Coutanceau s'est exprimé.

AUDIENCE SUSPENDUE QUELQUES MINUTES

L'audience est suspendue quelques minutes. 

"ON APPREND QU'IL Y A EU UN GROS PROBLÈME"

Jérémie D., policier poursuivi, explique qu'ensuite Théodore Luhaka est conduit au commissariat où se trouve le chef de poste. "Quelque temps après on apprend qu'il y a eu un gros problème", dit le gardien de la paix.

ZONE SECURISÉE

Jérémie D., policier poursuivi :"J'entends des bruits de verre ou quelques caillasses... On attend là, juste pour que la zone soit sécurisée". 

Théodore Luhaka a dit hier qu'il avait été frappé à nouveau à cet endroit par les policiers. Cet endroit est dépourvu de caméra, un "angle mort" comme l'a qualifié Théo mais une riveraine a filmé un bout de la scène avec son portable. Les images ont été diffusées à l'audience la semaine dernière.

"TOUT AUTOUR, CA S'AGITE"

Jérémie D., policier poursuivi : "À ce moment-là, je vois un monsieur qui veut vraiment perturber l'action de police. Il faut savoir que tout autour ça s'agite, ça commence à faire un peu de bruit. On voit que les collègues de la BAC ont essayé de faire reculer des personnes qui commencent à s'approcher. Je demande à ce monsieur de partir et je lui dis qu'on sait ce qu'on fait."

"ON N'EST PAS SEREINS"

Jérémie D., policier poursuivi : "Lorsque nous décidons de relever M. Luhaka, nous l'amenons au mur. Encore une fois, on lui dit qu'on veut le faire asseoir. Une nouvelle fois, il n'obtempère pas. On va faire alors quelque chose qui est très simple, on est quatre, il a quatre membres, chacun en prend un, on le soulève fermement, on n'est pas sereins. On le prend fermement et on le pose par terre."

"JE ME SENS PIÉTINÉ"

Jérémie D., policier poursuivi :"Je me sens piétiné, j'essaie de passer un message radio pour demander des renforts mais il semble que la demande n'est pas passée. Quand je me relève, M. Luhaka se trouve menotté. Il y a toujours face à nous des individus hostiles qui peuvent représenter une menace. Je décide d'envoyer une grenade MP7. J'ai pas envie qu'on se fasse charger comme ça a été le cas quelques mois auparavant. Les individus reculent franchement, on obtient l'effet escompté. Mais pour autant, la tension qui règne sur la dalle du Cap est encore palpable. Pour notre sécurité, on va décider de lever M. Luhaka et de le placer derrière le muret. Pourquoi on fait ça? Quand on a subi une interpellation houleuse sur un secteur sensible où il y a un pic d'adrénaline envoyé, des perceptions altérées, il faut qu'on revienne dans un endroit où l'on se sent en sécurité."

"NOUS NOUS RETROUVONS COLLÉS"

Jérémie D., policier poursuivi : "M. Luhaka et moi-même nous retrouvons collés de manière parallèle, normalement, j'aurais dû me retrouver sur lui et j'aurais dû pouvoir procéder à l'interpellation. Mais j'ai raté mon amenée au sol. Je tombe par terre. Je me retrouve en dessous de Théo. J'ai toujours la lacrymogène dans ma main droite. Je me retrouve crispé et il y a ces fameux départ de lacrymogène qui partent. Je suis autant impacté que M. Luhaka. J'ai l'impression que je me prends au moins la moitié du gaz ans la gorge, le nez, les yeux. Ça me perturbe énormément. M. Luhaka essaie toujours de s'en aller. Je me dis qu'il va s'arrêter car ça fait beaucoup."

"LA SAUCE EST EN TRAIN DE MAL TOURNER"

Jérémie D., policier poursuivi : "J'attends de voir ce qu'il se passe. L'équipage essaie de maîtriser cet individu (Théo) mais la sauce est en train de mal tourner. Il se débat, c'est un grand gaillard, il est balaise, athlétique. Je décide de prêter main forte à mes collègues en effectuant une amenée au sol. Je la rate. Je tombe au sol."

"D'UN COUP LE TON MONTE VRAIMENT"

Jérémie D., l'un des trois policiers accusés: "D'un coup, le ton monte de façon anormale. Je vois Marc-Antoine C. (autre policier accusé) la tête en arrière, M. Théodore Luhaka a le poing fermé et le bras tendu (il sous-entend qu'un coup de poing a été donné au policier). Suit une échauffourée. Pour éviter que les trois individus fassent à moi puissent tenter de faire quelque chose, je sors cette fameuse bombe lacrymogène, je la dégoupille, les gens se dispersent. S'ensuit une échauffourée avec des coups de part et d'autres. Je suis porteur d'un lanceur de balles de défense. Dans un équipage, le porteur du lanceur a plus un rôle de protection."

DÉBUT DE L'INTERROGATOIRE DU POLICIER JÉRÉMIE D.

Jérémie D., l'un des trois policiers accusés, est appelé à la barre. La cour va procéder à son interrogatoire. Il est tout de sombre vêtu et parle avec un accent du sud-ouest d'où il vient.Il explique que ce 2 février 2017, ils se rendent avec ses collègues sur un point connu pour le deal et débutent un contrôle. "Tous les individus sont regroupés sur un endroit où il n'y a pas de caméras. On commence le contrôle. Je demande l'identité de plusieurs personnes. Rapidement, le ton monte, je n'y prête pas attention. L'arrivée des effectifs de police, ça ne fait pas plaisir à ces personnes impliquées dans le trafic", dit-il.

MENACES

Interrogé sur son préjudice, Yohan  N., beau-frère de Théo, évoque un changement dans les relations avec ce dernier. Il précise que sa femme a fait une fausse couche un mois après, le même jour qu'une autre sœur de Théo. "Ma femme a dû faire une thérapie car elle a eu du mal à se remettre d'avoir envoyé son frère au purgatoire, en enfer, en lui demandant d'amener une paire de baskets à une amie. Je ne vous parlerai pas des lettres de menaces à mon égard qui ne sont rien à côté du combat à mener aujourd'hui."

"CA DOIT ÊTRE CONDAMNÉ FERMEMENT"

Yohan  N., beau-frère de Théo  :"Les syndicats de police ont dit aussi :'C'est inadmissible, le président de la République a rendu visite à Théo alors que peu avant, des policiers ont été brûlés dans leur voiture et que le président ne leur a pas rendu visite". Et alors? C'est la faute de Théo. Théo n'a pas appelé le Président pour lui dire de venir. Moi, je le dis, quand des policiers sont brûlés et caillassés dans leur voiture, c'est inadmissible. Mais quand des personnes profitent de leur uniforme pour commettre des actes de barbarie, ça doit être condamné aussi fermement car c'est impardonnable et inadmissible pour notre société.

POLICIERS DANS LES QUARTIERS

Yohan  N., beau-frère de Théo :"Sur les critiques que l'on a pu entendre... La première des choses qu'on nous a dites, c'est nous parler des conditions difficiles des policiers dans les quartiers. Je pose la question : quel est le rapport avec Théo? Théo il sort de chez lui (le jour des faits) pour apporter une paire de baskets (à une amie de sa sœur)."

FRANCOIS HOLLANDE ET MENACES

Yohan  N., beau-frère de Théo : "Malgré l'attitude exemplaire qu'a eu la famille de Théo, ça a été un déferlement de haine qui s'est abattu sur elle et sur Théo, le jour où le président de la République François Hollande est venu au chevet de Théo. Pourquoi est-il venu? Parce qu'il savait parfaitement quelle était notre communication et le message de Théo: un appel au calme. (...) Un journaliste m'a dit que nous avions juste un claquement de doigt à faire et que la France était à feu et à sang. Le même jour, François Hollande est venu. Théo a parlé depuis son lit d'hôpital alors qu'il avait un trou dans le ventre et il a sauvé des vies, des centaines de blessés ont été évités car il a appelé au calme. Voilà la réalité des faits. Ça a été pourtant un déferlement de haine : des lettres d'injures, de menaces que nous avons reçu. Moi à mon travail..."

RÉTABLIR LA VÉRITÉ

Yohan  N., beau-frère de Théo : "Depuis 7 ans, nous n'avons fait que des appels au calme. De l'autre côté, il n'y a eu que des messages pour salir la famille de Théo. J'ai été le premier à prendre la parole pour dire que Théo n'était pas un délinquant, pour rétablir la vérité. Des amis de Théo sont venus nous voir pour nous demander pourquoi nous ne demandions pas de tout casser, de brûler la France..."

La famille de Théo n'a jamais souhaité que la France s'embrase après cette affaire. "Les parents de Théo ont toujours inculqué des valeurs de travail et de dignité à toute la famille", poursuit l'homme à ma barre.

"SI C'ÉTAIT UN ANIMAL SUR CETTE VIDÉO..."

Yohan  N., beau-frère de Théo : "Si ces méthodes sont enseignées à l'école de police, nous avons tous du souci à nous faire. Si c'était un animal qui était sur cette vidéo, vous auriez toutes les associations avec vous, la SPA et les autres. Alors qu'en est-il si c'est un être humain?"

"COUP VOLONTAIRE POUR PORTER ATTEINTE À THÉO"

Yohan  N., beau-frère de Théo : "Sur les faits, mesdames, messieurs les jurés, vous n'étiez pas présents et je n'étais pas présent. Mais j'ai entendu ce qui a été dit là. Quand j'entends que ce bâton avec une boule a transpercé la chair de Théo (...) Cet outil est utilisé pour les plus grands malfrats, les émeutes. Alors soit Théo représentait ce jour-là le plus grand danger que la France a pu connaître, alors qu'il avait les mains sur le muret... Ce garçon footballeur face à quatre policiers dont l'un fait des sports de combat... Vous ne m'enlèverez pas la conviction que ce coup a été porté de façon volontaire pour porter atteinte à Théo. Théo s'effondre, tout le monde s'effondre."

Il dit avoir regardé depuis 7 ans toutes les vidéos et n'avoir toujours pas d'explication. 

LE CHOC A L'HÔPITAL

Yohan  N., beau-frère de Théo : "J'ai vu Théo sur son lit d'hôpital. Je ne sais pas ce que fait une matraque dans les fesses, mais je sais que ça ne fait pas de telles blessures au visage. Ma femme a baissé le drap, et là Théo avait un trou."

Il dit être ensuite allé sur les lieux des violences et avoir vu du sang par terre. "Je le signale, car quelques semaines après, quand je suis repassé, ça avait été gratté, comme si on avait pilonné tout ça pour plus qu'il n'y ait de trace."

"CETTE JOURNÉE JE M'EN SOUVIENS COMME SI C'ÉTAIT HIER"

Yohan  N., beau-frère de Théo: "Cette journée de février 2017, je me souviens comme si c'était hier."

Il dit que la famille a reçu de nombreuses vidéos amateurs des violences commises par les policiers. Le samedi matin, Yohan N. qui vit au Havre a allumé la télé. "Et là vous voyez votre beau-frère que vous considérez comme votre petit-frère, et les vidéos amateurs. En bas est écrit :'Intervention dans les milieux de la drogue'. Ça fait très mal, vous êtes touché. Comme si très très tôt il fallait salir la personne à qui il était arrivé des choses qui n'étaient pas dans les règles de l'art. J'ai appelé mon épouse, et je lui ai dit que je montais tout de suite sur Paris voir Théo".

NOUVELLE AUDITION

Yohan  N.,  époux d'Aurélie, une autre sœur de Théodore Luhaka vient à la barre. Il explique qu'il était formateur de football en 2017, ça a fait le lien qui était passionné de football. "Théo ne parlait et ne pensait que football et son objectif était de pouvoir vivre du football. Son objectif, c'était le sport de haut niveau. Comme sa sœur Éléonore qui était basketteuse de haut niveau, comme son frère Christopher, qui est footballeur professionnel", dit-il. 

NOUVELLE AUDITION

Yohan  N.;  époux d'Aurélie, une autre sœur de Théodore Luhaka vient à la barre. Il explique qu'il était formateur de football en 2017, ça a fait le lien qui était passionné de football. "Théo ne parlait et ne pensait que football et son objectif était de pouvoir vivre du football. Son objectif, c'était le sport de haut niveau. Comme sa sœur Eléonore qui était basketteuse de haut niveau, comme son frère Christopher, qui est footballeur professionnel", dit-il. 

FIN DE L'AUDITION DE LA SŒUR DE THÉO

Eléonore Luhaka a terminé. 

"J'AI PERDU MON FRÈRE CE JOUR-LÀ"

La présidente demande à Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo, quel est son préjudice: "Moi je, je m'excuse de le dire ..." Un long silence s'empare de la cour d'assises. Les larmes coulent derrière les lunettes de la sœur de Théo qui se cramponne à la barre.  "J'ai perdu mon frère ce jour-là" lâche-t-elle.

"UN PERSONNAGE SOLAIRE"

Hier Théodore Luhaka a dit qu'il était un handicapé aujourd'hui. La présidente interroge la sœur de Théo sur cette déclaration. 

Eléonore Luhaka : "Peut-être que dans mon regard, il a vu de la tristesse, de la peine. Aujourd'hui Théo estime ne servir à rien. Il dit qu'il fait rien, qu'il n'est rien. Sauf que sa présence parfois, souvent... (suffit). Dans sa tête, tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, c'est rien. Moi je ne me souviens pas de l'avoir placé comme un handicapé. Qu'il le ressente comme ça, je peux l'entendre. Mais Théo c'est un soleil, c'est un personnage solaire."

"J'AI PERDU MON FRÈRE CE JOUR-LA"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo : "L'un des policiers s'est excusé pour la blessure de Théo. Mais il n'y a pas que ça (...) Depuis cette affaire, mon frère dit qu'il est mort. C'est vrai, j'ai perdu mon frère ce jour-là. Quand Théo rentre dans sa grotte, quand il s'enferme dans sa chambre... Les transports en commun, il ne les prend plus. C'est plus la même personne. C'est dur de le voir comme ça. Il est fort pour batailler et j'espère qu'il va se relever, se reconstruire, voilà."

"LE 93 C'EST FORMATEUR, MAIS CA VEUT DIRE QUOI?"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo : "Le 93 c'est formateur. J'ai beaucoup eu ça de la part des agents. C'est formateur en quoi ? Ça veut dire quoi ? Qu'on est autorisé à taper ? (...)"

"SANS LES VIDÉOS, CE SERAIT QUOI LA PAROLE DE THÉO?"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo : "Il y a eu trop d'émotions qui nous ont submergés mais on a tenu le coup pendant 7 ans mais c'est important pour nous de remettre les choses en place. (...) Sans les vidéos, ce serait quoi la parole de Théo?  Moi quand je vois les vidéos, je vois une déferlante sur Théo. Je ne sais même pas comment il tient debout."

"LA DÉCISION QUI SERA RENDUE AURA UN GROS IMPACT"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo : "J'ai l'histoire de mon frère qui est en stand-by. Je suis en attente de réponse. La décision qui sera rendue aura un gros impact sur la famille comme sur Théo. Si Théo s'effondre, nous on s'effondre."

INCONTINENCE, INTIMITÉ, PUDEUR

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo : "Aujourd'hui, Théo se retrouve dans cette situation. On a 7 ans où on a dû se maintenir à fond les uns les autres (...) On parle d'incontinence, d'intimité. Théo a beaucoup de pudeur."

Théodore Luhaka sur le banc des parties civiles prend sa tête dans ses mains et fixe le sol.

"NOUS N'AVONS JAMAIS DOUTÉ DE LA PAROLE DE THÉO"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo :"Ça fait 7 ans qu'on est en apnée. Tout le chemin qu'on a fait, c'est pour en arriver là. À aucun moment  nous n'avons douté de la parole de Théo. Ils (les policiers) doivent expliquer ce qu'il s'est passé car ce n'est pas normal."

"JE SUIS UN MORT-VIVANT"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo explique que Théodore Luhaka s'est mis à écrire ses souffrances. "Je suis un mort-vivant" écrit-il notamment. Théo semble très troublé par le témoignage de sa sœur. Il prend sa tête dans ses mains, regarde dans le vide. 

IL A REPRIS SON AUTONOMIE

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo:"J'étais trop sur Théo, je voulais tout faire. Puis Théo a repris son autonomie. Il a pris son dossier médical, est parti voir les médecins."

Elle explique que la famille marche toujours sur des oeufs quand il s'adresse à Théo. Un simple "Ca va" peut-être mal interprété. 

RESPECT DE L'UNIFORME

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo: "Quand on met un uniforme, on doit le respecter. Il y a un cadre, des règles. C'est trop grave de déraper quand on a des pouvoirs, c'est comme Superman, il peut pas déraper."

RÉSEAUX SOCIAUX

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo se souvient d'avoir regardé les réseaux sociaux et vu les commentaires sur l'affaire, avec des soutiens mais aussi des insultes.

PUDEUR DE THÉO

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo, raconte comment elle était scandalisée par ce qu'il venait d'arriver à son frère. Elle explique que le fait qu'ils soient nombreux dans la famille a permis de se soutenir les uns les autres. "Il y a beaucoup de pudeur de la part de Théo, il ne nous dit rien (...) Se sentir impuissant quand l'un de nous souffre, c'est compliqué" ajoute-t-elle.

"ALLER EN JUSTICE ET DEMANDER LA JUSTICE"

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo : "Quand je vois des gens porteurs de l'uniforme qui en arrive à ce point-là, ça passe pas. Moi je suis révoltée et Théo, lui veut faire un appel au calme. Nous on veut aller en justice et demander la justice."

SPHERE SUREXPOSEE

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo, raconte que la famille "a fait bloc" autour de Théo. "On rentre dans une sphère surexposée", dit-elle. Sa famille, dont Théodore, assis sur les bancs des parties civiles, l'écoute tête baissée. "Tout d'un coup je suis devenu un point à recueil de victimes. J'ai compris que la force du bourreau réside dans le silence de la victime", poursuit-elle. 

VAGUE DE SOUTIENS... ET D'INSULTES

Eléonore Luhaka, grande sœur de Théo :"Quand Théo est rentré à la maison 15 jours plus tard, il avait une poche (pour son incontinence)". Les amis sont là pour entourer le jeune garçon. L'affaire sort dans la presse. "On ne pensait pas que l'exposition serait aussi énorme", commente la sœur de Théo à la barre. 

"On a eu une vague de soutiens, mais aussi des gens qui nous ont insultés. Mais on a eu plus de soutiens. Théo ne s'effondre pas. Je sais que ce qu'il est en train de faire, c'est nous protéger."

"ON LUI A MIS UNE MATRAQUE DANS LES FESSES"

Eléonore Luhaka, sœur de Théo, poursuit. Elle explique qu'elle a vu les vidéos de l'agression de son frère, que peu à peu, toute la famille a été informée de l'agression du jeune garçon. "Sur les vidéos, on voit qu'il est amoché mais quand on arrive à l'hôpital... Un de mes frères m'a pris la main devant la porte de la chambre de Théo avant que je rentre à l'intérieur, il m'a dit :"Il faut que tu saches que le chef d'inculpation c'est 'viol', on lui a mis une matraque dans les fesses. Je me suis mise à pleurer."

SOEUR DE THÉO

Eléonore Luhaka, la grande sœur de Théodore Luhaka est à la barre, la plus âgée de la fratrie. Elle s'est constituée partie civile et ne prête donc pas serment. Elle a 44 ans. Elle porte une veste grise et un pantalon noir et blanc rayé. Elle parle d'une voix franche et raconte comment elle a appris l'agression de Théo par un ami qui lui a ramené une seule basket de son frère. 

L'AUDIENCE EST REPRISE

L'audience vient de reprendre.

LES ACCUSÉS SONT ARRIVÉS

Les trois accusés qui comparaissent libres sont arrivés dans la salle d'audience. Ils sont assis sur leurs trois chaises, disposées derrière la barre des témoins. Ils attendent la reprise de l'audience.

La salle se remplit progressivement.

INTERROGATOIRES DE DEUX DES ACCUSÉS

Ce mardi, après l'audition de la sœur de Théodore Luhaka, la cour va procéder à l'interrogatoire de deux des policiers accusés, Jérémie D., 42 ans, et Tony H. 31 ans, sur les faits. Marc-Antoine C., principal accusé, doit être interrogé demain matin. 

AUDITION DE THÉO HIER

Hier, la cour a procédé à l'audition de Théodore Luhaka, partie civile. Le jeune homme d'1,94 m  a raconté à la barre sa vie avant et après les violences qu'il a subies, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois, et qui lui ont laissé des séquelles irréversibles.

LA SŒUR DE THÉO ENTENDUE

L'une des sœurs de Théodore Luhaka va être entendue ce matin. Plusieurs membres de la famille du jeune homme aujourd'hui âgé de 29 ans se sont constitués partie civile. 

L'AUDIENCE DOIT REPRENDRE DANS QUELQUES MINUTES

L'audience doit reprendre dans quelques minutes.

Ils seront probablement soutenus par leurs collègues en civil, venus en nombre depuis le début de leur procès il y a une semaine. À partir de ce mardi 16 janvier et jusqu'à mercredi, la cour d'assises de Seine-Saint-Denis va procéder à l'interrogatoire des trois policiers jugés pou "violences volontaires" commises le 2 février 2017 à l'encontre de Théodore Luhaka, alors âgé de 22 ans et qui valent aujourd'hui au jeune homme des séquelles irréversibles. 

Ces trois gardiens de la paix ont toujours expliqué avoir agi de la sorte face à une situation compliquée : en l'espèce, un jeune homme agité qui refusait le menottage. Le principal accusé, qui a porté le coup d'estoc au niveau du rectum, a assuré "ne pas être un violeur", ni "un criminel", et avoir eu ce geste "légitime et règlementaire" pour répondre au comportement de l'interpellé. Il a également adressé sa compassion pour la victime et reconnu une "blessure désolante".

Les deux premiers accusés, Tony H., 31 ans, et Jérémie D. 42 ans, doivent être interrogés ce mardi, après l'audition d'une sœur de Théo. Marc-Antoine C., à l'origine de la blessure la plus grave, doit être interrogé mercredi matin. Le réquisitoire est attendu jeudi et le verdict vendredi.


Aurélie SARROT

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