EN DIRECT - Procès de Rédoine Faïd : pour le roi de la belle, être affecté à la prison de Réau était un "gros cadeau"

Publié le 14 septembre 2023 à 9h22, mis à jour le 14 septembre 2023 à 21h14

Source : JT 20h Semaine

Plusieurs surveillants de la prison de Réau doivent témoigner ce jeudi au procès de Rédoine Faïd, qui s'était évadé de cet établissement en 2018.
Certains avaient alerté en amont des risques d'évasion du détenu.
Suivez le procès en direct avec nous.

Ce live est à présent terminé. 

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue. Elle reprendra demain à 10 heures. Fin de ce live. 

DERNIER TÉMOIN DE LA JOURNÉE

À la barre maintenant Dominique Luciani, rédacteur du rapport sur Rédoine Faïd. Il est  magistrat, inspecteur général adjoint des services judiciaires, chef du service de l'inspection des services pénitentiaires. Il fait sa déclaration spontanée. 

Dominique Luciani: "J'ai fait en 2013 la mission du rapport sur l'évasion de Lille Sequedin Je connaissais le dossier et le profil de ce détenu. (...) C'est un rapport administratif qui n'a rien à voir avec du judiciaire". 

Le témoin a aussi expliqué toutes les mesures mises en place pour surveiller Rédoine Faïd à Reau. 

UNE AUTRE SURVEILLANTE À LA BARRE

À la barre, Nina, 40 ans, actuellement première surveillante. Elle était aussi surveillante à Réau en 2018. Elle prête serment et fait sa déclaration spontanée. 

Nina, surveillante : "Ce jour-là, j'étais postée en tant qu'agent porte numéro 2, en agent renfort. On a vu un hélicoptère, on a entendu d'abord le bruit. Il s'est arrêté dans la cour d'honneur. Un homme cagoulé et armé est descendu. Puis un autre qui s'est dirigé vers le parloir famille."

Elle explique qu'ils ont alerté la police et les supérieurs puis que l'hélicoptère est reparti avec ses occupants à bord. Les souvenirs du témoin sont flous. 

UNE UVF AVEC SES DEUX FRÈRES EN MAI 2018

L'assesseure au témoin :"On sait que le 4 mai 2018, Rédoine Faïd a eu une UVF(unités de vie familiales, appartement dans lequel la personne détenue peut recevoir sa famille et ses proches) de 48 heures avec ses deux frères. 

Fin du témoignage de l'officier pénitentiaire. 

"LES MALFAITEURS ÉTAIENT BIEN RENSEIGNÉS"

La présidente: "Vous aviez des contacts réguliers avec Rédoine Faïd?"

Leslie, officier pénitentiaire: "Je l'ai vu quelques fois en audience lors de son passage."

La présidente: "Vous avez dit que les malfaiteurs étaient bien renseignés". 

Le témoin confirme. 

"IL POUVAIT PARLER AVEC SES VOISINS PAR LA FENÊTRE"

La présidente : Vous indiquez qu'il avait eu deux UVF (Unité de vie familiale) avec sa compagne fin 2017 et deux avec ses deux-frères début 2018. Quel contact pouvait-il avoir avec les autres détenus. 

Leslie, officier pénitentiaire : Aucun contact physique. Par contre qu'on sait qu'il pouvait communiquer avec ses voisins, incarcérés dans les cellules à côté de la sienne, par la fenêtre. 

La présidente rappelle que Youssouf Fofana était l'un de ses voisins. Il y avait aussi des détenus pour terrorisme et assassinat. 

"VOUS AVIEZ DIT QUE REDOINE FAÏD AIMAIT DISCUTER, FAIRE LE BEAU"

La présidente : "Vous aviez dit qu'il était très agréable, très poli, qu'il ne s'énervait jamais. Vous avez dit dans votre audition qu'il aimait discuter, faire le beau. "

Leslie, officier pénitentiaire :"Oui il aimait plaisanter..."

UN OFFICIER PENITENTIAIRE À LA BARRE

La présidente appelle maintenant un autre témoin à la barre. Elle s'appelle Leslie et est officier pénitentiaire. Elle fait sa déclaration spontanée. 

Leslie: "J'étais responsable du quartier disciplinaire, quartier d'isolement en 2018. Je n'étais pas là le jour des faits. Mais j'ai été amené à côtoyer Rédoine Faïd. Il n'a pas posé de difficulté, il n'y a pas eu d'incident. En dehors de la dangerosité qu'il pouvait représenter du fait de ces antécédents, il n'a pas posé de problème". 

"RÉDOINE FAÏD A TENU L'ARME, C'EST TOUT"

La présidente : "Rédoine Faïd était-il menaçant avec cette arme?"

Jimmy, surveillant pénitentiaire: "Non non pas du tout, il a tenu l'arme c'est tout". 

Il indique qu'il n'y a eu ni cri, ni menace, ni tir. "On entendait juste le bruit de l'hélicoptère."

Fin de son témoignage. 

UN BRASSARD POLICE ?

La présidente: "Vous avez dit que l'un des membres du commando avait un brassard police... "

Jimmy, surveillant pénitentiaire: "Ça fait cinq ans..." (Il ne se souvient plus)

Le témoin indique que celui qui avait la disqueuse avait une arme en bandoulière, qu'il n'était "pas menaçant". L'autre à la kalachnikov a jeté les fumigènes. 

UN DEUXIÈME SURVEILLANT PÉNITENTIAIRE APPELÉ À LA BARRE

À la barre à présent, Jimmy, ancien surveillant pénitentiaire à la prison de Réau. Il a 49 ans. Il prête serment. 

Le témoin fait sa déclaration spontanée: "Le 1er juilllet 2018, j'étais en poste au poste de circulation.  Je devais effectuer toute la procédure d'alarme. J'ai terminé au niveau de la porte d'entrée. Là, j'ai vu un hélicoptère arriver. Il  ne s'est pas posé. J'ai vu deux personnes armées descendre. Ils ont jeté des fumigènes, deux. Un membre du commando avait une scie circulaire de chantier et a scié la porte. Les deux membres sont entrés au niveau du parloir. Un faisait le guet. Ensuite j'ai vu trois membres sortir. M. Faïd avait une arme ainsi que la scie circulaire. Il a déposé la scie dans l'hélicoptère et est allé récupérer un membre du commando qui se sentait fatigué et l'a aidé à monter dans l'hélicoptère. J'ai oublié de dire que l'hélicoptère avait fait demi tout. Le pilote était pris en otage. Ensuite ils sont partis. "

"ON ÉTAIT TOUS UN PEU PANIQUÉ"

Me Karine Bourdié, avocate de Rachid Faïd, dit au témoin qu'un autre surveillant a déclaré n'avoir vu qu'un homme armé sur les deux descendus de l'hélicoptère. Le témoin dit avoir vu deux hommes armés/

Anthony, surveillant pénitentiaire : "On était tous un peu paniqués. On n'avait pas les mêmes angles. Il me semble avoir vu les deux hommes armés."

Fin du témoignage de ce surveillant. 

"POUR JOINDRE LA POLICE, VOUS DEVIEZ COMPOSER LE 17!"

Karine Bourdié, avocate de Rachid Faïd : "J'ai été étonnée que pour joindre la police vous deviez composer le 17. J'ai lu dans le rapport que certains surveillants s'étaient retrouvés avec une musique d'attente, Les Quatre Saisons... "

Le surveillant confirme. 

Me Bourdié: Si je dis que vous êtes en état de sidération, vous confirmez? 

"Oui" répond le témoin. 

Me Bourdié: "Quelle était la distance entre vous et la scène?"

Anthony, surveillant pénitentiaire : "Une quinzaine de mètres."

"ON N'EST PAS PRÉPARÉ"

Anthony, surveillant pénitentiaire, rappelle que seuls quelques agents dans la prison sont armés. "On était en attente, en observation, si jamais ils décidaient d'attaquer la porte d'entrée, pour répliquer."Il ajoute: "On n'est pas habilité à se défendre à ce type de situation. On n'est pas préparé". 

Les agents qui le voulaient ont pu bénéficier d'un soutien psychologique après les faits. 

"UN MOMENT DE STRESS INTENSE"

Anthony, ancien surveillant pénitentiaire à Réau, répondant à une question de l'avocat général sur ce qu'il a ressenti au moment des faits:"Ca prend dans le ventre. C'est un moment de stress intense, de panique, on ne sait pas ce qu'il va se passer. C'est comme dans un film, un film d'action, ça arrive d'un coup. C'est compliqué de mettre des mots là-dessus. Aujourd'hui, quand j'entends un hélicoptère, je regarde dans les airs. "

"ON SE SERAIT CRU DANS UN FILM"

La présidente: "Cette évasion, ça a été une surprise?" 

Anthony, ancien surveillant pénitentiaire à Reau : "Oui je pense que ça a été un effet de surprise. On se serait cru dans un film." 

"LES FUMIGÈNES ÇA A ÉTÉ JETÉ UN PEU AU HASARD"

La présidente: Vous vous souvenez de l'attitude de Rédoine Faïd et de ses complices? 

Anthony, surveillant pénitentiaire: "Je pense qu'ils étaient assez stressés. Par exemple pour les fumigènes ça a été jeté un peu au hasard mais avec les pales de l'hélicoptère, ça s'est dissipé très vite."


La présidente rappelle qu'à l'époque le témoin avait dit que Rédoine Faïd était sorti à visage découvert, que les autres étaient cagoulés, et que tous étaient très calmes.  

IMPOSSIBLE DE TIRER

Anthony, surveillant pénitentiaire, explique à la barre que les surveillants sont restés en stand-by. Il explique qu'ils ne peuvent tirer sur un hélicoptère, "de surcroît quand il y a un otage". 

"DEUX FUMIGÈNES"

La présidente : "Les fumigènes ont été par un seul individu ou par deux?"

Anthony, surveillant pénitentiaire :"Je ne m'en souviens pas. Je sais qu'il y a eu deux fumigènes."

La présidente: "Et la disqueuse, vous n'en avez pas parlé..."

Anthony: "Il me semble qu'elle était dans un sac noir."

CAGOULES, ARMES ET OTAGE

Anthony, surveillant pénitentiaire, confirme que les complices de Rédoine Faïd étaient trois à leur arrivée dans la prison. "Et il y avait le pilote" ajoute-t-il. 

Le témoin indique que celui qui tenait en joue le pilote avait une arme de poing et qu'il était cagoulé. Selon, lui les deux individus qui sont descendus de l'hélicoptère étaient armés et portaient des vêtements sombres. 

La présidente : "Vous avez pu regarder toute la scène?"

Anthony: "Oui".  

Le témoin parle de "tenue type commando" pour l'équipe et aussi d'un sac "type commando".

La présidente: "Selon vous, les deux individus avaient le même type d'armes?" 

Anthony : "Je ne m'y connais pas assez."

ARRIVÉE DE BRAHIM FAÏD AU PARLOIR

La présidente : "Dans votre audition, vous expliquez que vous aviez vu Brahim Faïd ce matin-là. Vous le voyiez souvent?"

Anthony, surveillant pénitentiaire à la barre : "Je le voyais exclusivement à travers une vitre."

La présidente: "Vous souvenez-vous du passage de Brahim Faïd ce jour-là? A-t-il passé les contrôles?"

Anthony : "Je ne m'en souviens plus du tout. "

La présidente indique qu'à l'époque le surveillant avait indiqué que Brahim Faïd avait bien passé tous les contrôles. 

UN SURVEILLANT PÉNITENTIAIRE TÉMOIGNE

La présidente appelle un nouveau témoin à la barre. Il s'appelle Anthony, a 33 ans. Il déclare n'avoir aucun lien de parenté ou d'alliance avec les accusés et deux parties civiles dans ce procès. Le témoin prête serment. 

Anthony, surveillant pénitentiaire à la prison de Réau à l'époque de l'évasion, fait sa déclaration spontanée: "Je me trouvais à la porte d'entrée le jour de l'évasion. J'ai vu un hélicoptère arriver dans la cour d'honneur, deux individus armés en sont descendus, un troisième tenu en joue le pilote. Il y a eu des jets de fumigènes. Muni d'une disqueuse, l'un d'eux est parvenu à rentrer, un autre l'a rejoint. Un temp s'est écoulé. Ensuite les deux individus sont sortis. M. Faïd également. Je me souviens que c'était le dernier à rentrer dans l'hélicoptère. À ce moment-là j'étais au téléphone avec la police pour dire ce que je voyais en direct". Il était à l'époque depuis 4 ans en poste.

L'AUDIENCE REPREND

L'audience est reprise. 

SUSPENSION D'AUDIENCE

Fin du témoignage. L'audience est suspendue 20 minutes. 

UNE ÉVASION "SANS MENACE, SANS INSULTE"

Me Violleau rappelle que les quartiers haute sécurité ont été supprimés (les QHS) par Robert Badinter. Elle dit pourtant que les quartiers d'isolement sont pires. "Vous prévenez la hiérarchie en 2018, mails, alertes.... On ne vous répond pas tout de suite. Vous êtes obligée de les secouer pour avoir un peu de répondant. Je ne parle parle pas de la direction interrégionale qui est votre plus un mais de la DAP (direction de l'administration pénitentiaire), du ministère, l'administration centrale).

Me Violleau : "Qui décide du placement à l'isolement? 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "La DAP."

Me Violleau souligne que l'évasion de son client s'est faite "sans menace, sans insulte.."

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Sans menace je ne dirai pas cela. Le commando était quand même avec des kalachnikovs. Mais je vois où vous voulez en venir, le scénario colle avec la psyché de Rédoine Faïd."

"ON NE S'ENNUYAIT PAS AVEC M. FAÏD"

Me Violleau: "Vous avez dit que Rédoine Faïd aimait échanger, coréfléchir. "

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Oui il aimait coréfléchir. On ne s'ennuyait pas en audience avec M. Faïd. "

Me Violleau: "S'il souffrait en 2017, pensez-vous qu'il souffre aujourd'hui?" 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Je ne peux que le penser."

DATE DU TRANSFÈREMENT

Me Violleau, avocate de Redoine Faïd : "M. Faïd ne pouvait pas savoir quand et où il allait être transféré. "

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Je n'en ai pas la certitude."

Me Violleau: "Comment aurait-il pu le savoir?" 

"UN DPS À L'ISOLEMENT NE CONNAIT JAMAIS LA DATE DE SON TRANSFÈREMENT"

Me Violleau, avocate de Redoine Faïd, fait une observation : "Sous le contrôle de tous mes confrères, quand on a un client DPS qui est à l'isolement, on ne connaît jamais la date de transfèrement". 

"DEMAIN JE SUIS LIBÉRABLE"

La présidente s'interroge sur une déclaration à l'instant du témoin. Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau vient de déclarer que Redoine Faïd avait échangé avec son voisin de cellule avec qui il pouvait discuter par la fenêtre. Il lui aurait dit : "Demain je suis libérable". L'autre détenu lui aurait répondu : "Mais tu viens de prendre 25 ans". Redoine Faïd aurait répondu: "En me mettant à Réau, Mme Belloubet (alors ministre de la Justice NDLR) m'a fait un gros cadeau."

La présidente s'étonne qu'elle n'est jamais fait état de tout cela, que ça ne soit pas dans le dossier. Le témoin se défend et indique l'avoir dit à l'époque aux policiers. 

 

"LE CALME N'EST JAMAIS RASSURANT CHEZ UN DPS"

Deuxième avocat général: "Vous avez dit que M. Faïd avait pu repérer certaines failles dans la sécurité de l'établissement." 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "M. Faïd regardait tout, on savait."

L'avocat général : Vous avez dit qu'il avait repéré l'absence de caméra à certains endroits, les angles morts sur d'autres. Et vous avez dit que c'était pourtant un détenu modèle. 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau : Le calme n'est jamais rassurant chez un DPS (détenu particulièrement signalé). 

L'avocat général : Peut-on parler de duplicité ?

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau : Il était quand même fidèle à ce qu'il est. On n'était pas spécialement leurré par son attitude. Après l'évasion est tellement spectaculaire...

CHANGEMENT DE PARLOIR

L'avocat général : "Le changement de parloir... Vous êtes en état d'alerte presque maximale, vous écrivez à l'administration centrale, votre supérieur aussi en des termes très percutants. Vous faites des relances en mai et juin. La veille du parloir du 1er juillet, Redoine Faïd sollicite un changement de planning de l'après-midi au matin (prétextant vouloir voir un match de foot l'après-midi). Comment ça se fait que cet événement apparaisse un peu comme si de rien n'était ?" 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Je n'ai plus en mémoire le grade de la personne qui a accepté ce parloir. Mais je pense que c'est par équité de traitement et pour ne pas alerter M. Faïd qu'on était en alerte sur lui que cela a été accepté." 

"AUCUNE DÉCOUVERTE D'OBJETS APRÈS LES SURVOLS DE DRONE"

L'avocat général:  Les passages de drones n'ont été suivi d'aucune découverte d'objets dans la prison

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau : Non. Et on n'a jamais vu de dépôt de quelque objet que ce soit par des drônes. 

"VOUS ALERTEZ SUR CES VOLS DE DRONES"

Avocat général :" Vous alertez sur ces vols de drones (én février 2018 notamment), dont certains près du quartier d'isolement." 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau : "Oui et sur la cour d'honneur non équipée de filin." 

"DÉTENU MODÈLE"

Un avocat général se lève : "Il ressort de votre déposition et du reste que M. Faïd est un détenu modèle, respectueux avec le personnel, les codétenus..."

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau, acquiesce. 

Avocat général: "Il est arrivé le 17 novembre 2017 de Fresnes après avoir menacé deux agents pénitentiaires."

Julie: "Je me rappelle qu'il y avait eu une prise de bec à Fresnes." 

Avocat général: "Vous avez dit qu'il y avait un suivi sérieux de M. Faïd." 

Julie: "Il y avait une note de cadrage du fait de son statut de détenu particulièrement signalé." 

CONTRÔLES STRICTS AVANT LES PARLOIRS

La présidente: "La personne qui vient visiter est-elle soumise aux contrôles?" 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau : "On se présente trois quarts d'heure avant le début du parloir, on est soumis au portique, les effets personnels sont vérifiés au bagagiste, on ne peut avoir de téléphone. On peut se faire aider de détecteur métallique. Si une maman veut qu'un enfant remette un dessin au détenu, il faut un courrier en amont. Du linge propre peut être déposé mais il est remis dans un endroit idoine et fouillé.  Même un paquet de bonbon passé dans une poche serait déjà une infraction au règlement. La personne DPS est aussi fouillée." 

"ON ESSAIE DE DÉJOUER LES REPÉRAGES"

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau sur l'attribution des cabines parloirs : "On essaie de déjouer les repérages, les cabines sont affectées au dernier moment. Je crois que le jour de l'évasion, Redoine Faïd était dans la plus près du surveillant et la plus loin de la porte".

Elle explique que chaque cabine a une fenêtre pour que les surveillants puissent voir si le parloir se déroule correctement. 

VISITES EN PRISON

La présidente: Qui le visitait ?

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Je me rappelle que le jour de l'évasion c'était son frère Brahim qui était recroquevillé en cabine parloir. De mémoire, Rédoine Faïd avait demandé à changer l'horaire de son parloir ce qu'il avait accepté." 

Rédoine Faïd avait droit à trois parloirs de 2h30 par semaine et avait le droit de passer des appels.

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau précise que pour les parloirs,"il y a un nombre de visiteurs limités par rendez-vous." 

"PAS SOUMIS À L'HYGIAPHONE"

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "De mémoire, il me semble que ses simples rendez-vous au parloir n'étaient pas soumis à l'hygiaphone". 

La présidente confirme qu'en 2017-2018, Redoine Faïd n'étais pas soumis à l'hygiaphone. 

"UN GROS CADEAU EN ARRIVANT À RÉAU"

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Il est à penser que M. Faïd a pu réfléchir à son plan bien en amont de son arrivée. Il avait dit à un codétenu que la ministre lui avait fait un gros cadeau en l'affectant à Réau". 

"RISQUES GRAVES ET SÉRIEUX"

La présidente lit des rapports faits au sujet de Redoine Faïd à l'époque. Y sont notés notamment : "un comportement de séduction avec le personnel", "un homme observateur sur les caméras..."

Le transfèrement de Redoine Faïd devait intervenir en septembre 2018, après un rapport en juin. 

Certains s'étaient indignés de voir le transfèrement attendre deux mois alors que les risques étaient manifestes, "graves et sérieux". Ils avaient qualifié la décision de "dangereuse". L'évasion a eu lieu le 1er juillet 2018. 

"IL AVAIT ÉTÉ ACTÉ DE LE TRANSFÉRER"

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau:  "Il y a beaucoup de détenu particulièrement signalé (DPS), les maisons centrales sont toutes occupées à les garder. Nous avions évoqué le fait que Redoine Faïd ne revienne pas à Réau après son passage à Fleury (à l'occasion du procès de Villiers-sur-Marne). (...) Il y a peu de maison d'arrêt qui peuvent accueillir de nombreux DPS. Il avait été question d'un transfert. Nous essayons de trouver le meilleur endroit pour le garder. Après son séjour à Fleury, il avait été acté de le transférer dans un autre établissement mais c'est toujours très compliqué d'organiser la rotation des DPS (....) Compte tenu des liens familiaux on ne pouvait pas non plus trop l'éloigner de la région parisienne". 

La présidente cite un rapport du 3 mai 2018 d'un chef de la détention : "Redoine Faïd est trop calme, trop gentil, trop respectueux. Mais il a repéré toutes les failles de la structure. Nous savons que c'est juste une question de temps pour tenter une évasion" (...) "Un transfert en septembre parait trop tardif. Nous prenons des risques graves de troubles à l'ordre public."

"SURVOL DE DRONES"

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau, indique qu'il y a eu un survol de drones en février 2018 la nuit. "Il est quasi certain que cette porte a été repérée par des drones. Redoine Faid ne pouvait pas connaitre l'existence de cette porte parce qu'il ne passait pas par-là". Redoine Faïd est arrivé en novembre 2017 à Réau. 

La présidente cite plusieurs occasions à laquelle des drones ont été repérés à proximité de la prison de Réau, et plus précisément du quartier disciplinaire. 

La présidente constate qu'il y a eu une accélération de la présence de drones en février 2018. Les investigations n'ont rien donné pour savoir qui pilotait ces drones. 

"La concentration de survol avait attiré mon attention", commente le temoin. 

"IL N'ÉTAIT PAS UN PERDREAU DE LA VEILLE"

La présidente: vous avez dit :'il était dans la séduction' 

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau: "Oui c'est quelqu'un qui aime l'échange, qui s'apprécie lui-même, un certain égocentrisme". 

Le témoin ajoute que Redoine Faïd avait un "respect du cadre" et qui'il n'était pas "un perdreau de la veille". 

"UN HOMME TRÈS INTELLIGENT"

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau entendue en visioconférence, indique avoir rencontré Redoine Faïd à l'occasion de sept ou huit audiences. "Il se comportait très correctement, un homme très intelligent qui souffrait beaucoup et qui souffrait de ne pas échanger avec les autres. Il avait des amis dans le journaliste, le cinéma, la littérature (...) Il émettait des souhaits d'échanges pour rompre les 23h30 par jour quasiment effectués en cellule". 

DÉTENU PARTICULIÈREMENT SIGNALÉ

Julie, ancienne adjointe au chef d'établissement de la prison de Réau entendue en visioconférence.  

"M. Faïd était depuis son évasion de Lille Sequedin un détenu particulièrement signalé. Il était à l'isolement, avec un accompagnement de tous les mouvements. Il ne pouvait pas s'entretenir avec d'autres détenus, à part par la fenêtre avec son codétenu de gauche et de droite. Il allait à la bibliothèque seul..."

La présidente indique qu'il y avait une ronde toutes les deux heures, de jour comme de nuit, un gradé et deux surveillants pour l'encadrer, le passage de l'équipe cynotechnique avant et après chaque parloir. Tous les courriers sont lus et tous les appels écoutés. Les fouilles minutieuses de la cellule ont lieu deux fois par mois. 

ADJOINTE AU CHEF D'ÉTABLISSEMENT DE LA PRISON DE RÉAU

Julie témoigne en visioconférence depuis Saint-Denis de la Réunion. Elle est directrice pénitentiaire d'insertion et de probation. Elle confirme n'avoir aucun lien de parenté ni d'alliance avec les accusés et les parties civiles. "J'étais adjointe au chef d'établissement en charge de certains quartiers, le quartier d'isolement, le quartier disciplinaire notamment. Me. Faïd était à l'isolement." 

"Je n'étais pas d'astreinte en terme de permanence (le jour de l'évasion). J'ai été appelée et avisée. J'étais un quart d'heure de l'établissement, je me suis rapatriée très rapidement et j'ai mis en place la cellule de crise."

L'AUDIENCE EST REPRISE

L'audience reprend. Nous allons entendre maintenant les surveillants de la prison de Réau. 

AUDIENCE SUSPENDUE JUSQU'À 15h30

L'audience est suspendue, elle reprendra à 15h30. 

"ILS ÉTAIENT CALMES"

Me Violleau, avocate de Redoine Faïd : "Vous confirmez qu'il n'y a eu aucune menace?" 

Le détenu en visioconférence confirme. 

Interrogé par une autre avocate de la défense, il répète que les malfaiteurs "étaient calmes"

"UNE MALLETTE TYPE PLOMPIER"

Me Bourdié, avocate de Rachid Faïd : Vous dites que Redoine Faïd sort avec une mallette type plombier du parloir, sur aucune image on ne voit de mallette type plombier.

Le détenu : Moi je n'ai ce que j'ai vu. 

L'AVOCATE DE RACHID FAÏD INTERROGE LE TÉMOIN

Une des avocates de Redoine Faïd, Me Karine Bourdié, rappelle que le témoin, ce jour-là devait être avec deux autres détenus dans sa tâche de tri sélectif mais que comme c'était un dimanche, ils n'étaient que deux plus le surveillant. 

L'avocate note qu'il est le seul à parler de ce moment où l'un des malfaiteurs les aurait tenus en respect. Le surveillant ne donne pas la même version pointe l'avocate.

Me Bourdié: "Le surveillant ne dit pas du tout que les malfaiteurs vous aurez tenu en joue, il dit qu'un seul était armé. "

Le détenu : "Non, ils avaient tous les deux une arme." 

L'avocate : "Ça m'embête parce que quel serait l'intérêt de cet agent de dire qu'un seul était armé? De ne pas dire que vous aviez été menacés..."

Le détenu: "Je n'ai pas dit qu'on avait été menacé, j'ai dit qu'ils tenaient l'arme vers nous (...) Ce qui est sûr c'est qu'ils ne nous ont pas menacés, mais l'arme était dans notre direction."

Me Bourdié : "Ils vous ont vu ou pas finalement?" 

Le détenu en visio: "Certainement...."

Me Bourdié: "Vous êtes sûr que vous n'avez pas un peu amplifié?" 

Le détenu : Non je n'ai pas intérêt, je dis ce que j'ai vu. 

L'avocate : "Vous savez qu'on a vu les vidéos, sur l'homme qui rentre en premier avec la disqueuse, il n'a pas d'arme, c'est important." 

Le détenu : "Nous ce qu'il se passe à l'intérieur, on l'a pas vu." 

L'avocate: "On n'est pas sur un chantier où il va ranger ses outils. Il rentre, il n'est pas armé....Alors?" 

"NON C'EST UNE PRISE D'OTAGES"

Un avocat général pose une question au témoin : "Vous étiez avec le codétenu avec lequel vous effectuez vos tâches quotidiennes, il vous a dit qu'il pensait que c'était des pompiers. Vous avez répondu : 'Non c'est une prise d'otages'. A quel moment vous-êtes vous dit ça?"

Le détenu en visio : "Quand on a vu que la porte était sciée. D'abord on a cru à la gendarmerie, après, quand on a vu le premier monsieur, et le deuxième monsieur sortir, on a pensé à une prise d'otages, avec le geste de scier la porte."  

EN SORTANT DU PARLOIR, "IL ÉTAIT PROPRE"

L'assesseure : "Comment était vêtu Rédoine Faïd quand il est sorti du parloir ?"

Le détenu : "Propre, on est toujours bien habillé quand on voit de la famille au parloir. Il avait une chemise blanche, je crois." 

"IL ÉTAIT TOUJOURS ESCORTÉ"

La présidente : "Ça faisait combien de temps que vous étiez à Réau." 

Le détenu : "À l'époque ça faisait trois ans et demi, il me restait un an."

La présidente : "Vous avez dit tout à l'heure que vous aviez déjà vu Rédoine Faïd, vous échangiez avec lui ?" 

Le détenu : "Non (...) On se croisait, mais sans se parler, il était toujours escorté par de surveillants."

"GÉNÉRALEMENT C'EST QUE DANS LES FILMS"

La présidente : "Vous aviez dit que Rédoine avait pris la tête du cortège pour rejoindre l'hélico et qu'il tenait une mallette. C'est là qu'il aurait fait un salut, vous l'avez pris pour vous ? 

Le détenu : "Je ne sais pas." 

La présidente : "À l'époque, vous aviez que vous aviez vu ça comme un salut général à la prison. 

(...) Vous aviez dit que ces hommes étaient très calmes (...) Que vous n'avez jamais entendu de coup de feu ou crier. 

Le détenu : La façon dont ils ont fait les choses, généralement... c'est que dans les films. Là c'était réel. Sans panique, sans stress, sans précipitation. Ils étaient calmes. 

"LA PORTE A ÉTÉ SCIÉE EN QUELQUES SECONDES"

La présidente : "Dans votre déposition, vous dites que c'est l'homme en vert qui a scié la première porte, vous confirmez ?" 

Le détenu : "Oui." Le détenu dit que l'autre malfaiteur protégeait celui qui sciait la porte. 

La présidente : "Où était l'arme de celui qui tenait la porte ?" 

Le détenu : "Il l'avait toujours avec lui." 

Selon le détenu, la porte a été sciée en quelques secondes. Il a vu ensuite trois personnes ressortir du parloir, dont Rédoine Faïd. "C'est là que je l'ai reconnu", dit le détenu entendu en visio.

"LE SURVEILLANT, IL S'ÉTAIT BARRÉ"

La présidente : "Vous disiez à l'époque que l'arme a été pointée vers vous trois, et que celui qui avait une kalachnikov va revenir et vous tenir en respect vers son arme." 

Le détenu acquiesce. 

La présidente : "Quel souvenir avez-vous ? Il y avait un surveillant avec vous ?" 

Le détenu : "Non, il s'était barré." 

Le détenu est alors seul avec un autre détenu. Selon son audition de l'époque, l'évasion a duré six minutes. 

IL A "POINTÉ SON ARME"

La présidente : "Vous aviez dit que 'le premier homme a déposé la disqueuse à terre, en s'emparant de son arme, en la pointant vers nous trois'". 

Le détenu : "L'arme était pointée dans notre direction, mais je ne peux pas vous dire si c'était une menace." 

La présidente : "Vous aviez dit que l'homme en noir s'est approché du mirador et a lancé vers le mirador. Tout à l'heure, vous aviez dit que c'était l'homme en vert." 

Le détenu pense aujourd'hui que c'était l'homme en vert. 

"LES ARMES, OUI JE LES AI VUES"

La présidente : "S'agissant des armes, vous les avez vues ?" 

Le détenu : "De mes yeux ?" 

La présidente : "Oui."

Le détenu : "Oui je les ai vues."

La présidente : "Vous avez dit que c'était des armes types Kalachnikov." 

Le détenu acquiesce. 

La présidente : "Les armes, ils s'en sont servis à votre encontre ?"

Le détenu : "Non"

Les photos des armes sont présentées au détenu. 

"ILS ÉTAIENT CAGOULÉS"

Le détenu : "À l'époque, j'avais beaucoup plus de précisions, c'était (son audition, NDLR) le lendemain des faits." 

La présidente : "Vous rappelez-vous d'autres signes distinctifs, la couleur des cheveux ?' 

Le détenu : "Ils étaient cagoulés."

La présidente : "Le deuxième individu était-il armé ?"

Le détenu : "Oui (...) Avec le temps, j'ai compris qu'il tenait son arme comme pour protéger l'autre qui était en vert"

La présidente : "À l'époque, vous aviez dit qu'il était en position de tir."

Le détenu : "Oui."

"J'AI VU QUATRE HOMMES" DANS L'HÉLICOPTÈRE

La présidente : "Vous avez indiqué avoir vu l'hélicoptère approcher, avoir réalisé que ça n'était pas la gendarmerie, combien d'hommes avez-vous vus dans l'hélicoptère ?"

Le détenu en visio : "J'en ai vu quatre."

La présidente : "Vous aviez dit à l'époque avoir vu deux hommes sortir de l'hélicoptère, un en combinaison noir, l'autre en vert militaire. Vous avez dit tout à l'heure que c'est lui qui va lancer les fumigènes. Il était porteur de quelque chose ?" 

Le détenu : "Il avait une arme. Il portait une kalachnikov, il la tenait droite." 

La présidente : "Vous aviez dit qu'il avait une disqueuse dans la main droite." 

"JE NE VOIS QUE VOUS"

La présidente fait projeter un dessin représentant le schéma de la prison. Elle demande au détenu en visio s'il voit le dessin projeté sur le grand écran de la salle d'audience. 

Le détenu en visio : "Non, je ne vois que vous." 

"J'AI VU RÉDOINE IL M'A FAIT UN SIGNE GENRE 'SALUT'"

Le détenu de Fleury : "Le monsieur a scié la porte, ils sont rentrés (dans la prison, NDLR). L'hélico était toujours là. Ils sont ressortis à trois. J'ai reconnu la personne qui était avec eux. J'ai vu Rédoine. Je le voyais chaque matin, on se croisait. Quand je l'ai vu, je me suis dit  : 'Ah, c'est lui' (qui s'est évadé, NDLR). Il m'a fait un signe genre 'Salut'".

DÉCLARATION SPONTANÉE DU DÉTENU DE FLEURY-MÉROGIS

Le détenu avait été entendu une première fois le 2 juillet 2018, au lendemain de l'évasion de Rédoine Faïd. Il raconte son souvenir de l'évasion. 

Le détenu en visio : C'était un dimanche matin, je travaillais, j'étais responsable du tri sélectif. J'étais en train de sortir les poubelles (...) Vers 11h, on a vu un hélico qui s'approchait de la prison, on croyait que c'était un exercice de la gendarmerie. Mais plus les secondes passaient, plus l'hélico s'avançait vers nous. On a demandé si ça se passait toujours comme ça avec l'hélico des gendarmes, on nous a dit non. Là, l'hélico est rentré dans la cour (l'évasion a lieu vers 11h20, NDLR). Un monsieur est sorti en tenue militaire. Puis un autre. Ils étaient armés. Là, je me suis rendu compte que c'était pas la gendarmerie, qu'il devait se passer quelque chose. Le monsieur en tenue militaire a allumé le fumigène. Le troisième était à côté de l'hélico, à quelques centimètres du sol. Le deuxième avait une disqueuse et s'approchait de la porte." 

LE DÉTENU DE FLEURY-MÉROGIS RÉPOND

On essaie de joindre à nouveau la salle de visioconférence de Fleury-Mérogis. Le détenu qui doit être entendu répond. 

En visio, le détenu décline son identité que nous ne donnerons pas. Cariste de profession, il est cité comme témoin. Il dit n'avoir aucun lien de parenté avec les accusés. "On se connaît pas", dit le détenu depuis la maison d'arrêt. Il ne connaît pas non plus les parties civiles. Il prête serment. 

L'AUDIENCE REPREND

L'audience est reprise.

L'AUDIENCE EST À NOUVEAU SUSPENDUE

Faute de pouvoir joindre le détenu à Fleury-Mérogis, l'audience est à nouveau suspendue. Elle devrait reprendre dans quelques minutes.

LA COUR EN LIEN AVEC LA MAISON D'ARRÊT DE FLEURY-MÉROGIS

L'appel est passé à Fleury pour tenter de joindre le détenu qui doit être entendu. Mais ça sonne une nouvelle fois dans le vide, après une soixantaine de sonneries. 

L'AUDIENCE REPREND

L'audience reprend. La cour entend en visio un détenu depuis Fleury-Mérogis. 

L'AUDIENCE EST SUSPENDUE 10-15 MN

L'audience est suspendue 10-15 minutes en attendant que le détenu soit présent pour la visio.

UN DÉTENU DE FLEURY-MÉROGIS

La cour doit maintenant entendre en visio un détenu de Fleury-Mérogis, présent dans la prison lors de l'évasion. L'appel ne répond pas...Après une cinquantaine de sonneries. Finalement, l'appel répond. L'agent pénitentiaire explique qu'il est "parti en bâtiment" mais qu'il va revenir. 

LES ENQUÊTEURS PEUVENT DISPOSER

Les enquêteurs ont fini leurs témoignages et quittent la salle. 

LE COMMISSAIRE : "JE N'AURAIS PAS DÛ M'ADRESSER A JACQUES MARIANI"

Le commissaire Douchy : "Je n'aurais pas dû m'adresser à Jacques Mariani. Je n'aurais pas dû prononcer ces paroles-là hier. Je n'ai aucun élément sur lequel me fonder."

L'un des avocats de Jacques Mariani indique que cet échange d'hier était à l'initiative du commissaire Douchy, et pas de Jacques Mariani. 

COMMISSAIRE DOUCHY ET JACQUES MARIANI, "UN MEC SYMPA"

Le commissaire Douchy, outre Rédoine Faïd, dit bien connaître aussi Jacques Mariani dans le box. Ce dernier lui a dit hier qu'il pensait que ce dernier qu'il n'avait "rien à voir dans cette affaire". Jacques Mariani lui avait dit alors : "Dis-le, toi, ils te croiront". 

Le commissaire dit que Jacques Mariani lui a fait un sourire quand il est arrivé dans la salle d'audience et y avoir répondu. 

Le commissaire Douchy : "C'est un mec sympa Jacques Mariani"

La présidente : "Selon vous, Jacques Mariani n'a pas à être renvoyé devant la cour d'assises ? Sur quoi vous fondez-vous ?"

Commissaire Douchy : "Sur un sentiment personnel."

La présidente : "Vous vous rendez compte de l'impact que cette déclaration peut avoir. Sur quels éléments vous fondez-vous ? Avez-vous travaillé sur l'association de malfaiteurs de 2017." 

Commissaire Douchy : Non.

Et d'ajouter : "On va pas faire un cas de ce truc-là." 

La présidente dit que le box sera désormais vidé à chaque fois avant le départ de la cour pour pouvoir assister à ce genre d'échanges. 

Jacques Mariani se lève et s'énerve : "Ça fait 38 ans que je suis en prison, je peux quand même me défendre !"

"L'ÉVASION DE RÉAU, ELLE EST SUPER BIEN PRÉPARÉE"

Le commissaire Douchy répondant à une question de l'avocat général : "L'ingénierie de l'évasion de Réau, elle est réelle, elle est super bien préparée. Rédoine Faïd a eu cette faculté d'analyse, d'observation, de scan (pou préparer cette évasion, NDLR), comme pour Sequedin."

L'AUDIENCE EST REPRISE

L'audience reprend. Les deux enquêteurs de police reviennent à la barre. La présidente demande s'il y a des questions complémentaires aux policiers. Un avocat général se lève et s'apprête à poser des questions aux policiers. 

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue 5 minutes. Rédoine Faïd et Jacques Mariani veulent interroger les enquêteurs à la barre. La présidente rappelle qu'ils doivent le faire par le truchement de leurs avocats. Elle suspend l'audience cinq minutes pour que les accusés se concertent avec leurs avocats. Et Mariani s'agace dans le box. 

ANTONIO FERRARA AU PARLOIR EN MÊME TEMPS QUE RÉDOINE FAÏD

Me Leberquier, avocat de Rédoine Faïd, revient sur l'évasion d'Antonio Ferrara (lui aussi surnommé le "roi de la belle" pour son évasion de Fresnes) et pose des questions au commissaire à la barre sur ce dossier. 

Le commissaire Douchy : "Il y a, si on veut, un lien avec cette affaire. C'est vrai, Antonio Ferrara est présent au parloir (un autre que celui de Rédoine Faïd, bien sûr) au moment de l'évasion de Rédoine Faïd..."

La présidente rappelle qu'Antonio Ferrara a été ramené ce jour-là à sa demande dans sa cellule pour ne pas être impliqué dans ce dossier. Il n'a rien à voir avec l'évasion de Rédoine Faïd.

"JE PENSE QUE RÉDOINE FAÏD PENSE CONSTAMMENT À DES MOYENS D'ÉVASION"

Me Leberquier, avocat de Rédoine Faïd, demande au policier pourquoi il a dit que Rédoine Faïd allait sans doute commettre de nouveaux méfaits. 

Le commissaire Douchy : "Je pense que Rédoine Faïd pense constamment à des moyens d'évasion, il a une intelligence pratique."

Me Leberquier : "Avez-vous le moindre élément sur un projet, une idée d'évasion de Rédoine Faïd actuellement ?" 

M. Douchy, policier à la barre : "Non."

FERRARA, MENCONI, PAYET

Me Violleau interroge le commissaire Douchy sur les évasions de plusieurs détenus : Menconi, Ferrara, Payet, les frères Houmani condamnés à 5 et 7 ans et lui rappelle les peines qu'il dit ignorer : 5 ans, 12 ans, 7 ans...  

Elle veut montrer que, eux aussi, ont fait des évasions spectaculaires, mais ont écopé de peines moindres que celles de Rédoine Faïd. 

POURQUOI LE COMMISSAIRE FAIT-IL "UN CLIN D'OEIL À RÉDOINE FAÏD"?

Me Yves Leberquier, avocat de Redoine Faïd : "Pourquoi faites-vous un clin d'œil à Rédoine Faïd à l'audience ?" 

Le commissaire Douchy à la barre : "Demandez lui s'il l'a pris lui-même comme narquois... "

Me Yves Leberquier : "Sous serment, vous admettez que vous lui avez fait un clin d'œil ! Il y a trois jours, vous disiez que vous ne lui avez jamais fait de clin d'œil ! il y a un malaise avec Rédoine Faïd. Me Yves Leberquier, Pourquoi venez-vous témoigner aux assises ?"

Le commissaire Douchy : "Je suis convoqué aux assises... Je viens."

Me Leberquier : "Vous ne voulez pas aller à l'interpellation de Faïd car vous avez un malaise. Trouvez-vous normal de venir témoigner en toute impartialité ?" 

Le commissaire Douchy : "Je témoigne ici loyalement. J'aurais très bien pu me taire. La personnalité de Faïd rajoute à la pression. Ce sont des choses que je dois prendre en compte. J'ai à gérer les à côtés de l'enquête. Une enquête, c'est autre chose que de simples PV. Il y a les relations avec la presse, les magistrats, les enquêteurs. Dans cette affaire, il y a de multiples cas de complications : Rédoine Faïd, braqueur multirécidiviste, roi de l'évasion, impliqué dans l'affaire Fouquet..." 

Me Leberquier ne peut s'empêcher de commenter ce que vient de dire le policer en face de lui : "Vous êtes en mission, en mission : 'T'as une sale personnalité' !" 

"M. FAÏD N'A JAMAIS TIRÉ SUR QUICONQUE"

Me Violleau, avocat de Redoine Faïd : "M. Faïd n'a jamais tiré sur quiconque durant toute sa carrière de bandit. Factuellement, il n'a tiré sur personne. Si l'évasion avait été mal préparée, quels auraient été les risques ?"

Le commissaire Douchy : "Je ne sais pas."

Me Violleau : "Le risque, c'est la perte de sang-froid, les dommages collatéraux."

AUCUN AGENT PÉNITENTIAIRE NE S'EST CONSTITUÉ PARTIE CIVILE

Concernant l'évasion de la prison de Réau: 

"Il y a 60 cartouches dans cet engin de guerre qu'est la Kalachnikov", rappelle le commandant Peneau. Il insiste sur le fait que cela ajoute de la pression sur les surveillants présents au moment des faits. 

Me Violleau : "Vous savez combien de surveillants se sont constitués parties civiles dans cette affaire ?"

Le commissaire Douchy : "Non."

Me Violleau : "Aucun."

La présidente précise qu'un surveillant a écrit, mais ne s'est finalement pas présenté à l'audience. 

MEURTRE D'AURÉLIE FOUQUET

Me Violleau, avocate de Redoine Faïd : "Vous savez, Rédoine Faïd, il a tiré ou pas dans cette affaire sur quelqu'un ?"

Le commissaire Douchy à la barre : "Je ne vois pas de tir." 

Me Violleau : "Vous avez parlé d'Aurélie Fouquet, de Villiers-sur-Marne, vous savez si dans cette affaire des gens ont été condamnés pour le meurtre d'Aurélie Fouquet ?"

M. Douchy : "Juridiquement non."

Me Violleau : "Si."

M. Douchy : "Si, mais pas Rédoine Faïd"

Me Violleau rappelle qu'il n'a jamais été question de Rédoine Faïd qui aurait tiré sur Aurélie Fouquet. "D'autres ont été condamnés pour ça", dit-elle. L'avocate note que pourtant, dans tous les médias, Rédoine Faïd est rattaché au "meurtre d'Aurélie Fouquet", alors qu'il n'a pas tiré.

RÉDOINE FAÏD "A UN PROCESSEUR A L'IMAGE D'UN TERMINATOR"

Le commissaire Douchy à la barre : "J'ai dit que Rédoine Faïd avait une capacité à tout observer, à scanner les choses. Il a un processeur à l'image d'un Terminator, j'aime bien l'image"

Me Violleau, avocate de Redoine Faïd : "Vous trouvez qu'il est joueur ?"

Le commissaire : "C'est un personnage..."

Me Violleau : "Vous avez dit qu'il avait une personnalité gênante..."

Le commissaire : "Il joue avec les gens, il manipule les gens. Il peut peut-être être très sympa. Moi, ça me gêne, je ne suis pas cinéaste, je ne fais pas du théâtre, je suis policier. Il a une personnalité gênante, car il va falloir gérer la pression médiatique. Moi, on me demande de parler de Rédoine Faïd. Je vais pas jouer la carte du muet et me faire passer pour un autiste."

Me Violleau : Vous aviez dit que vous ne vouliez pas participer à l'interpellation de Rédoine Faïd parce qu'il a une personnalité gênante... 

"ACCUMULATION TROUBLANTE DE COÏNCIDENCES"

Me Rouffiac, avocat de Rachid Faïd : "Moi, je trouve que l'accumulation des hasards, coïncidences dans ce dossier est troublante". L'avocat cite la relation épistolaire de la belle-fille du pilote avec Rédoine Faïd, l'expertise exceptionnelle de Stéphane Buy, pilote, qui n'est pas celle de tous les pilotes, les divers objets, armes et accessoires retrouvés après l'évasion... 

Le commissaire à la barre : "On est dans le noyau proche opérationnel qui va vraiment exécuter l'opération, on a du solide, avec Rachid Faïd et Herizi notamment. Après la qualité de l'équipe, je vais appeler ça le banc de touche, comme on dit au football, mais il y a moins de qualité… C'est vrai que la belle-fille du pilote qui entretient une relation épistolaire avec Rédoine Faïd par hasard, avant l'évasion, nous aussi, on s'est interrogé". 

QUESTIONS DE LA DÉFENSE

La parole est à la défense. Me Thibaut Rouffiac, avocat de Rachid Faïd, interroge les policiers. Il demande notamment comment ils ont interrogé le pilote Stéphane Buy (à sa quatrième audition de garde à vue notamment). Le pilote avait été placé un temps en garde à vue. Stéphane Buy dit avoir reconnu formellement Rédoine Faïd à bord de son hélicoptère. Pour les autres, il avait dit notamment que les hommes à bord étaient plus grands que lui. Il mesure 1,83m. Me Rouffiac note que Rachid Faïd mesure moins d'1,83m.

L'HÉLICOPTÈRE FAIT DEMI TOUR

"De mémoire, les malfaiteurs demanderont à Stéphane Buy (pilote de l'hélicoptère, NDLR) de redécoller une fois les malfaiteurs déposés pour faire demi-tour, ça, je ne sais pas pourquoi", commente le commandant de police à la barre. 

PHOTOS DE L'HÉLICOPTÈRE

Des photos de l'hélicoptère dans la prison sont présentées à l'écran. Le pilote est à l'avant, côté gauche, derrière une masse noire. "Il y a deux personnes dans l'hélicoptère à ce moment-là. Le vol est stationnaire à un mètre du sol. Il reprendra pour prendre en charge le détenu et ses complices", précise la présidente.

"Le vol stationnaire a pour but d'éviter un tir de riposte de l'administration pénitentiaire. L'homme derrière le pilote est cagoulé", ajoute le commissaire Douchy. 

"CAGOULÉ, GANTÉ, TOUT DE NOIR VÊTU"

La photo d'un homme armé dans la prison est présentée à l'écran.

Le commandant Peneau à la barre : "On peut voir, au niveau du chargeur de l'arme, qu'il y a deux chargeurs tête-bêche. C'est pour aller plus vite. 

La présidente commente l'image : "L'homme est cagoulé, ganté, tout de noir vêtu."

RÉDOINE FAÏD REGARDE LES IMAGES À L'ÉCRAN AVEC ATTENTION

Depuis le box, Rédoine Faïd regarde les photos projetées à l'écran, montrant ses complices le jour de l'évasion dans la prison, le 1er juillet 2018. Ses voisins de box, pour certains, font de même. 

L'AUDIENCE EST REPRISE

L'audience reprend. Le commissaire et le commandant de police sont toujours à la barre. Les photos sont de nouveau projetées à l'écran. On voit de nouveau le complice de Redoine Faïd avec sa disqueuse thermique à la main et son sac noir à l'épaule.

 "Cet individu est dans sa fonction de découpage des différents obstacles", commente le commissaire Douchy. 

La présidente sur la photo à l'écran: "On ne distingue pas de brassard police sur cet individu à l'intérieur".

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue quelques minutes. La présidente voudrait récupérer les photos projetées à l'écran en version papier. 

PLUSIEURS RÔLES

Le commissaire Douchy, à la barre, explique que les complices de Rédoine Faïd ont eu plusieurs rôles dans la prison. "Lui a une fonction de meuler les portes, il ne peut pas faire deux choses à la fois", commente le policier au sujet d'un des hommes dans la prison. Un autre a jeté des fumigènes pour obstruer l'écran des caméras. Il dit qu'il ignore si l'homme à la disqueuse avait ou non des armes dans son sac, sac qu'il a déposé dans le couloir, avant de le reprendre.

DES PHOTOS DU JOUR DE L'ÉVASION PROJETÉES À L'ÉCRAN

Sur le grand écran de la salle d'audience, plusieurs photos montrant un homme, l'un des accusés, avec une disqueuse thermique dans la prison. Les photos sont prises le jour de l'évasion, le 1er juillet 2018,  à 11h27. 

Le commissaire Douchy explique sur les photos, on voit un homme avec sa disqueuse se dirigeant vers le parloir où se trouvait Redoine Faïd avec son frère Brahim. L'individu porte aussi un gros sacs, contenant des armes. 

UN COMMISSAIRE ET UN COMMANDANT À LA BARRE

Franck Douchy et François Peneau, respectivement commissaire et commandant, sont à la barre. 

L'AUDIENCE EST OUVERTE

L'audience vient de débuter. 

La présidente demande à l'huissier d'aller chercher les policiers qui doivent être entendus. 

L'ACCUSÉ QUI S'EST SENTI MAL HIER EST DANS LE BOX

Karoune Herizi, neveu de Rédoine Faïd, qui s'est senti mal hier à l'audience est bien present dans le box. Il porte un masque. 

LES ACCUSÉS VIENNENT D'ARRIVER DANS LE BOX

Les accusés sont arrivés dans le box. L'audience ne devrait pas tarder à reprendre. 

Au huitième jour du procès de Rédoine Faïd pour son évasion le 1ᵉʳ juillet 2018 de la prison de Réau en Seine-et-Marne, la cour
doit entendre des policiers. Ensuite, sept surveillants pénitentiaires doivent être appelés à la barre pour évoquer ce moment spectaculaire qui les a tous choqués. Et leurs témoignages devant la cour d'assises de Paris devraient être particulièrement intéressants. Ce planning est toutefois dépendant de l'état de santé de l'un des accusés, Karoune Herini, neveu de Rédoine Faïd, qui s'est senti mercredi très mal à l'audience.

À l'époque des faits, Rédoine Faïd était placé à l'isolement et avait profité d'un parloir avec son frère Brahim pour se faire la belle, aidé par un autre frère, Rachid, et par trois de ses neveux, Ishaac, Karoune Herizi et Liazid Faïd. Plusieurs de ses complices, armés, équipés d'une meuleuse thermique et de fumigènes et aidé d'un pilote qu'ils avaient pris en otage, l'avaient sorti de la prison sous les yeux des détenus et agents impuissants.

Pourtant, d'après plusieurs surveillants, les agents avaient alerté des risques d'évasion de ce détenu "affable" et "très rusé" qui avait, selon certains, changé de comportement peu avant les faits. 

Le procès de Rédoine Faïd et de onze autres accusés qui comparaissent à ses côtés doit se poursuivre jusqu'au 20 octobre. 


Aurélie SARROT

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