EN DIRECT - Procès de l'affaire Théo : "J'ai toujours essayé de faire preuve d'empathie", assure le principal accusé à la barre

Publié le 17 janvier 2024 à 9h21, mis à jour le 17 janvier 2024 à 21h39

Source : JT 20h Semaine

Trois policiers de 31, 34 et 42 ans sont jugés jusqu'au 19 janvier devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.
Le principal accusé, poursuivi pour "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente", encourt jusqu'à 15 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.
Suivez le procès en direct.

Ce live est à présent terminé. 

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue, elle reprendra demain à 9h30.

PREMIÈRE DÉCLARATION DE THÉODORE LUHAKA

Ce mercredi midi, Théodore Luhaka s'est exprimé pour la première fois depuis le début de son procès devant les journalistes. "Grâce à ce procès, on va mettre la vérité dans l’ordre et l’avocat général a bien insisté sur le fait que ma parole vaut autant que celle d’un policier. Maintenant ça m’a rassuré. J’attends la suite du procès, et j’espère qu’après ça, on aura un résultat positif" a-t-il dit. 

Théo : "On a réussi à mettre la vérité en ordre"Source : TF1 Info

"ON A TOUJOURS ÉTÉ DROITS DANS NOS BOTTES"

La présidente demande aux deux autres accusés s'ils veulent s'exprimer. 

Jérémie D. policier, 42 ans prend la parole. "On peut regarder tout le monde droit dans les yeux, on a été droit dans nos bottes. Voilà, c'est tout ce que j'ai à dire" lance-t-il. 

Tony H. 31 ans, troisième accusé : "Nous avons été sincères dans nos déclarations, droit dans nos bottes dès les premiers actes de la procédure. La blessure est une blessure très grave, nous ne l'avons pas voulu. Je suis désolé pour cette blessure gravissime. "

"JE COMPATIS À VOTRE DOULEUR MÊME SI VOUS ME DETESTEZ"

Me de Montbrial, autre avocat de Marc-Antoine C. :  "Ce procès touche à sa fin, le verdict est attendu vendredi. Y a-t-il une dernière chose avant les plaidoiries, et avant que vous ne preniez une dernière fois la parole vendredi, que vous voulez dire ?"


Marc-Antoine C., principal accusé: "Je l'ai déjà dit. Je sais que la famille, M. Luhaka sont en colère contre moi. J'en ai bien conscience mais vraiment, je n'ai jamais voulu cette blessure. J'ai toujours fait preuve d'empathie. Tous les jours, j'ai réfléchi à comment on pourrait la soigner. Je compatis à votre douleur même si vous me détestez."

VIOLENCE

Marc-Antoine C. sur son expérience à la BST d'Aulnay : "On nous fait passer pour des policiers tout le temps agressifs, racistes, haineux." 


Puis, répondant à une question de son avocat, il confirme que la violence pouvait "survenir à tout moment". 

"DÉCLARATIONS MENSONGÈRES"

Me de Montbrial, autre avocat de Marc-Antoine C. : "Vous avez dit : 's'il n'y avait pas eu les vidéos dans ce dossier, aujourd'hui, je serai en prison. Pourquoi avez-vous dit ça ?"


Marc-Antoine C. : "Comme vous l'avez vu, la blessure de M. Luhaka fait se poser des questions et les déclarations mensongères de M. Luhaka qui a dit d'abord que trois policiers avaient baissé son pantalon pour lui mettre un tonfa dans les fesses...". L'accusé dit que sans les vidéos, tout le monde aurait cru la victime après ses premières déclarations. 

BÂTON DE DÉFENSE TÉLESCOPIQUE

Me Cailliez, avocat de Marc-Antoine C. : "Votre audition le jour des faits est à 19h09, c'est la première fois que vous parlez des coups de bâton de défense télescopique ? Vous dites quoi sur votre intention ?"


Marc-Antoine C. : "Je dis que c'est pour stopper M. Luhaka dans son action et le faire chuter."

L'AUDIENCE REPREND

L'audience vient de reprendre. Marc-Antoine C. accusé, revient à la barre. La défense va lui poser des questions. 

Me Cailliez, l'un de ses avocats, commence : "Les faits ont eu lieu le 2 en fin d'après-midi, vous êtes entendu dans la nuit, vous savez que vous avez porté plusieurs coups ?"


L'accusé : "Oui, tout à fait. J'ai dit que j'ai porté plusieurs coups avec ma matraque télescopique."


Me Cailliez : "Vous vous souvenez de la manière dont vous portez chaque coup ?"


Le policier : "Je sais qu'à chaque fois, j'impacte la masse musculaire, pour maîtriser M. Luhaka, faire cesser son action et le faire chuter au sol."

AUDIENCE SUSPENDUE QUELQUES MINUTES

L'audience est suspendue 10 mn.

"BESOIN VITAL"

Marc-Antoine C. déclare que, pour lui, "il y a un besoin vital" à dégager son collègue Jérémie D. quand ce dernier est coincé sous Théodore Luhaka.


"Vital peut-être pas...", commente l'avocat général. "Il y a un collègue au sol et qui reste au sol", insiste le policier poursuivi pour violences volontaires pour justifier de l'utilisation de sa matraque sur Théodore Luhaka.

"JE SUIS DÉSABUSÉ"

L'avocat général :"Vous avez déclaré à l'époque, au cours de votre première audition : 'À aucun moment, je n'aurais pu introduire ma matraque dans son anus, c'est juste impossible, car il s'agissait des coups fouettés."


Marc-Antoine C. :"Pour moi, je n'ai visé que des masses musculaires. Moi je n'ai porté que des coups fouettés et je ne comprends pas la blessure. Je suis désabusé, c'est incompréhensible, effarant pour moi. J'ai pas dormi de la nuit, j'accepte de répondre sans avocat. Je dis que j'ai porté des coups sur des masses musculaires pour faire chuter Théodore Luhaka au sol alors que mon collègue Jérémie D. se fait piétiner."

"GLISSER" SUR LA MATRAQUE"

L'avocat général :"Qu'est-ce que c'est que cette histoire de bâton télescopique sur lequel Théodore Luhaka aurait pu 'glisser'?"


Marc-Antoine C. avait dit ça dans sa première déclaration : "Quand j'ai appris la blessure grave de M. Théodore Luhaka, je me suis refait le fil de l'histoire. Je me suis posé la question de savoir si on n'avait pas pu le faire asseoir sur un objet sachant que moi je l'ai toujours frappé au niveau des jambes."


L'avocat général :"À vous écouter, on pourrait presque croire que c'est M. Luhaka qui se l'est introduit (le bâton de défense dans les fesses) ! J'ai toujours pas compris comment on peut glisser sur un bâton télescopique de défense."

COUP D'ESTOC

L'avocat général revient sur le "coup d'estoc". "Vous portez ce coup alors que vous êtes sur le côté de Théodore Luhaka et que vous venez de vous prendre du gaz lacrymogène selon vous. Vous êtes sûr que vous êtes en mesure de porter ce coup", interroge Loïc Pageot.


Marc-Antoine C.: "Je suis obnubilé par la défense de mon collègue, il y a un effet tunnel"

"VOUS SIGNEZ VRAIMENT N'IMPORTE QUOI !"

Loïc Pageot, avocat général, prend la parole. Il revient sur les taches de sang sur la banquette dans la voiture de police et s'étonne qu'aucun des policiers ne l'ait vue. Il rappelle à l'accusé qu'il avait dit à l'époque, dans sa plainte contre Théodore Luhaka pour violences à son encontre, que ce dernier s'était plaint, à son arrivée au commissariat, de douleur au visage et aux fesses, et qu'il avait tiré son pantalon pour voir.


Marc-Antoine C. dit aujourd'hui que la plainte a mal été rédigée, mal tournée. Que c'est en réalité un collègue à lui qui a fait ce constat, et pas lui. 


"Vous l'avez signé cette plainte ! Vous signez vraiment n'importe quoi !", lance l'avocat général. Le représentant du ministère public relève aussi que le policier a déclaré à l'époque "nous avons appelé les pompiers", et ce, alors que c'est le chef de poste qui l'a fait. "Vous n'avez pas l'impression que cette déclaration, c'est un faux tout simplement ?" 

COMMISSARIAT ET RUMEUR

Me Vey : "Vous ne voyez rien, pas de trace de sang, rien. Alors quand vous arrivez au commissariat, vous mettez monsieur Luhaka sur un banc avec une menotte alors que le chef de poste, quand il arrive, il le voit comme ça, il le met par terre et appelle les pompiers..."


Marc-Antoine C. répète qu'il n'avait rien vu avant. Il assure lui aussi qu'il n'y a pas eu de discussion ou de concertation entre les policiers au sujet de la blessure de Théodore Luhaka. "Moi, quand je constate que M. Luhaka est blessé au niveau du fessier, je me refais le fil de l'interpellation, je me demande si j'ai pu le blesser", poursuit le policier. 


Me Vey : "Pourquoi la rumeur a couru dans le commissariat de police où vous êtes peu que M. Luhaka aurait glissé sur la matraque ?"


Marc-Antoine C. n'a pas vraiment de réponse.

PHOTOS DE LA VOITURE

Me Vey fait projeter sur l'écran des photos de la voiture de police dans laquelle Marc-Antoine C. ont conduit Théodore Luhaka au poste. On y voit de très nombreuses traces de sang, au niveau du siège où se trouvait l'interpellé. 


"Ça n'est pas une trace que l'on voit habituellement dans votre voiture ?", demande l'avocat. 


"Non", répond le policier. Il explique avoir sorti Théodore Luhaka de la voiture sans regarder le siège. "Ça n'est pas une micro tâche", tacle la robe noire. "Vous ne vous dites pas : 'Ah celui-là, il a salopé ma voiture ?", insiste-t-il. 


L'accusé maintient que non.

"COUP À LA RONALDINHO"

Me Vey fait projeter à nouveau la vidéo tournée par une riveraine, avec son portable. On voit deux taches blanches à plusieurs centimètres du sol, ce sont les pieds de Théodore Luhaka que les policiers sont en train de tenir par ses quatre membres. L'avocat demande au policier s'il n'a pas vu "le coup de pied à la Ronaldinho" qu'aurait donné son collègue (plus tôt Tony H. a dit avoir fait un shoot comme au foot pour dégager un objet qui se trouvait alors sous Théo) à ce moment. Pour l'avocat, il s'agit d'un coup de pied dans le corps de son client. Le policier assure qu'il n'a rien vu de tel. 

"ET VOUS LUI METTEZ UNE BAFFE !"

Me Vey : "Vous reconnaissez avoir porté combien de coups intentionnels, non intentionnels à monsieur Luhaka ?"


Marc-Antoine C., policier, convient qu'il y a eu neuf coups portés sur Théodore Luhaka.


Me Vey : "Selon vous, lequel vous n'auriez pas dû porter ?"


Le policier : "C'est un coup quand je suis à son contact, je m'adresse à lui, il ne me répond pas. J'ai un revers de la main, un stimuli, une gifle. Mon intention n'est pas de faire mal. Je ne comprends pas pourquoi il s'interpose dans un contrôle qui ne le regarde pas..."


Me Vey : "Et vous lui mettez une baffe ! Heureusement qu'on l'a sur vidéo sinon elle n'existerait pas. Une baffe, c'est hyper grave, et vous vous dites que c'est un stimuli !"


Marc-Antoine C. : "Comme je vous l'ai dit, je le regrette, c'est un coup qui n'avait pas lieu d'être."


Me Vey : "Selon vous, à part cette gifle, tous les coups étaient légitimes ? C'est ça ?"


Le policier : "Tout à fait."

"PROPOS DEPLACÉS?"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka :"Vous avez dit ce matin à la présidente :'Si j'avais eu des propos déplacés, on m'aurait sauté dessus'". Et bah justement, Théodore Luhaka vous saute dessus. Vous pouvez concéder qu'il y a une raison pour laquelle Théodore Luhaka intervient et vous saute dessus?"


Marc-Antoine C. maintient qu'il n'y a pas eu de propos ou de gestes déplacés avant que Théodore Luhaka n'intervienne.

"CHASSE AUX VOYOUS"

Me Vey à l'accusé : "Quand vous arrivez sur les lieux, vous êtes dans l'état d'esprit ou une altercation violente peut se produire, vous arrivez avec votre matraque à la main parce que, dites-vous, des personnes ont crié 'pupu' (l'avocat imite le bruit des guetteurs qui alertent les dealers). Mais parmi ces jeunes, il y avait au moins une ou plusieurs personnes qui n'avaient rien avoir avec du trafic de stupéfiants (il se tourne vers Théodore Luhaka) et sans doute d'autres qui allaient simplement au centre culturel Le Cap... Moi, j'ai le sentiment que vous étiez en chasse aux voyous plus qu'en maintien de l'ordre !"


Marc-Antoine C. : "C'est votre sentiment."

"UN COUP INTENTIONNEL, PROPORTIONNEL AU DANGER"

"Je n'ai pas utilisé une force démesurée. Pour moi, c'était la même force que celles des autres coups portés (avant avec sa matraque). Je me souviens que je lui ai porté des coups, je lui ai porté des coups", décrit l'accusé. 


Me Vey s'étonne que le policier ne concède pas que le coup qui a été à l'origine des lésions de Théodore Luhaka a été plus fort. "Je pense que sur le moment, j'ai un quart de seconde pour intervenir et je pense que je porte un coup intentionnel, proportionnel au danger, qui n'est pas démesuré", maintient Marc-Antoine C. 

"ACTE VOLONTAIRE" MAIS "OUBLIÉ"

Me Vey: "Vous concédez que l'acte qui aurait causé la principale blessure de Théo est un acte volontaire? 


Marc-Antoine C. "Oui je porte un coup pour le faire tomber."


Me Vey:"Après, vous expliquez que vous vouliez porter un coup pour lui faire mal mais pas pour lui causer ce type de blessure?"


Le policier :"Oui, tout à fait. J'ai porté un coup volontairement, un coup rapide." 


Me Vey:"Pourquoi avoir oublié alors ce coup dans vos premières déclarations après les faits !"

"LES VIDÉOS M'ONT SAUVÉ"

Me Vey s'étonne que l'accusé ne reconnaisse que ce que l'on voit sur les vidéos et pas le reste. 


Marc-Antoine C. : Moi, je pense que les vidéos m'ont sauvé. Sans ça, je serais en prison. Quand on voit les déclarations initiales de M. Théodore Luhaka..."

COMPORTEMENTS RACISTES

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka revient sur les déclarations ce matin du policier. "Vous avez dit ce matin : 'Des propos racistes, jamais de la vie'". Vous avez dit aussi être policier pour garantir la sécurité des citoyens. Vous êtes membre de la police française, vous devez savoir que certains policiers ont des comportements racistes..."


Marc-Antoine C., principal accusé : "La police est à l'image de la société, il y a de tout. Des policiers ont été condamnés."


Me Vey s'étonne qu'à la barre, le policier assure n'avoir jamais été témoin direct ou non de l'attitude de collègues racistes. "Au commissariat d'Aulnay, on travaillait avec des collègues de toutes origines...", se défend le policier. 


Me Vey rappelle que le porte-parole du syndicat de police qui le soutient avait dit que le terme "bamboula" était acceptable... "Je me désolidarise totalement de ce policier", indique l'accusé.

COUP DE MATRAQUE

La deuxième assesseure : "Quelle zone vous visiez avec votre matraque, les fesses ou le haut de la cuisse ?"


Marc-Antoine C.: "Je voulais impacter le haut de la cuisse, sous le pli de la fesse. Le but est de créer un point de pression pour que M. Luhaka fléchisse et tombe au sol. J'ai visé un point et effectivement M. Luhaka a été touché à une distance proche de ce poing. On est avec une personne qui a une jambe sur mon collègue... Moi mon intention là-dessus, c'est de viser le haut de la cuisse pour le faire tomber."

L'AUDIENCE REPREND

L'audience vient de reprendre. Marc-Antoine C., principal accusé, revient à la barre. Énormément de monde dans le public aujourd'hui, en soutien à la partie civile et aux policiers notamment.

L'assesseure lui demande dans quel état était Théodore Luhaka en sortant de la voiture de police. L'accusé répond qu'il "saigne du nez", qu'il marchait normalement. Il affirme ne pas avoir vu les traces de sang sur son caleçon. 

L'assesseure : "Théodore Luhaka a dit que vous l'aviez ramené au commissariat comme un trophée..."

Marc-Antoine C. : "C'est pas vrai du tout."

L'accusé assure aussi ne pas avoir vu son collègue Tony H. mettre un coup de pied à Théo. Il répète que Théodore Luhaka était très virulent, qu'il ne se laissait pas faire au moment de l'interpellation.

AUDIENCE SUSPENDUE

L'audience est suspendue jusqu'à 14h30.

"JE N'AI JAMAIS EU L'INTENTION DE PROVOQUER CA, VRAIMENT"

Marc-Antoine C. dit qu'il prend encore parfois des anxiolytiques, notamment en ce moment. "Je suis très stressé, je suis devant une cour d'assises et j'encours une peine importante (...). 


Alors que la présidente veut suspendre, l'accusé  reprend la parole spontanément. "Je sais pourquoi je suis renvoyé devant la cour d'assises, j'ai commis une blessure désastreuse, désolante, mais je n'ai jamais eu l'intention de provoquer ça, vraiment pas."


Théo et sa famille quittent la salle.


Le policier poursuit : "Quand M. Luhaka est menotté, je suis à ses côtés. Il s'est mêlé à un contrôle qui ne le regarde pas. Je comprends pas pourquoi il a eu cette opposition. Je lui parle, il ne me répond pas. Il a été véhément. J'ai eu ce geste de la main au niveau du visage (Marc-Antoine C. est poursuivi pour un coup de poing et un coup d'estoc sur la victime). C'est un geste qui n'est pas déontologique, je le regrette. Ma volonté n'était pas de lui faire mal. Je tiens à vous le dire. Je le regrette et ça je m'en excuse."

PHOTO ET SNAP

Marc-Antoine C. explique qu'il n'a pas vu ses collègues prendre des photos de Théodore Luhaka alors qu'il était blessé. Quand on lui demande à son avis quel était le but de son collègue en faisant ce cliché, il explique que son collègue a pu faire cette photo dans le but de l'aider à rédiger un procès-verbal.


La présidente : "Il n'y avait pas de but de faire un Snap ?"


Marc-Antoine C. : "Imaginez, on fait un snap !!! Il n'y a pas d'intérêt de faire un Snap. Et puis on est policier, on n'est pas sur les réseaux sociaux." (rires dans la salle)


La présidente : "Vous avez des comptes (sur les réseaux sociaux) ? 


L'accusé dit que "oui", mais qu'il "n'aime pas ça" et qu'il n'a "jamais aimé ça". 

"'FION', 'BAMBOULA', C'EST DES TERMES QUE JE N'UTILISE PAS"

Concernant les événements décrits par Théodore Luhaka dans la voiture de police qui le conduit au commissariat, Marc-Antoine C. assure qu'il n'y a eu ni coup, ni insulte raciste. Il affirme que dans la voiture, trois des policiers sont touchés par la gazeuse et que leur vision est modifiée. Le policier Jérémie D. a fait usage à trois reprises d'une bombe lacrymogène pendant l'interpellation.


La présidente : "Dans la voiture, vous avez vu du sang sur son caleçon. Vous avez entendu quelqu'un dire : 'Il saigne du fion'?"


Marc-Antoine C. : "Non, moi je n'ai pas entendu ça. Les termes qui ont été décrits, 'fion', 'Bamboula', c'est des termes que je n'utilise pas."

"JE PENSE QUE M. LUHAKA S'EST UN PEU PERDU DANS SON MENSONGE"

La présidente : "M. Luhaka dit que vous avez été le plus violent, violent de bout en bout..."


Marc-Antoine C. : "Je pense que M. Luhaka s'est un peu perdu dans son mensonge et rejette la faute sur moi. Je ne suis pas forcément virulent. Après, je lui ai causé une blessure grave, j'en suis conscient. Est-ce qu'il me cible par rapport à ça ? Je pense qu'il y a une intention de porter préjudice en disant : 'Oui, vous l'avez vu, il est méchant...", répond Marc-Antoine C., accusé, à quelques mètres des parties civiles. 

DERRIÈRE LE MUR

Marc-Antoine C. confirme que Tony H. a passé les menottes. Ensuite, Théodore Luhaka est conduit derrière le mur, à l'abri des caméras. Un témoin a dit que Théodore Luhaka était alors très mal et que qu'un policier lui avait dit : 'Casse-toi'.


L'accusé explique que les policiers ont demandé à M. Luhaka de s'asseoir derrière le mur, mais il ne veut pas. "Maintenant, avec du recul, je comprends pourquoi (du fait de sa blessure au niveau du rectum, NDLR)", commente le policier. Ce dernier conteste le 'casse-toi'. 


Marc-Antoine C. ajoute qu'il ne se souvient pas de l'éventuel coup avec le pied qu'aurait porté son collègue Tony H. 

"J'AI PRIÉ POUR QU'IL SE REMETTE"

Marc-Antoine C. : "Moi tous les jours, je pense à la blessure de M. Luhaka. Je pense l'avoir blessé et c'est quelque chose qui me pèse. Tous les jours sur les réseaux sociaux, j'ai regardé le groupe "Justice pour Théo", je me fais insulter..."


Il ajoute, la voix tremblante : "Moi, vraiment, j'ai prié pour qu'il se remette. J'ai créé une blessure désolante, sans intention de le faire."


Il affirme n'avoir jamais senti qu'il "pénétrait" M. Luhaka avec son bâton de défense télescopique. "Sur le moment, non. J'ai aucun sentiment de contrainte.  C'est un coup vif. En aucun cas, j'ai le sentiment d'être coincé (sa matraque)" dit-il, assurant que Théodore Luhaka n'avait "jamais exprimé de douleur". 

"J'AI LE STRESS QUI EST MONTÉ"

Marc-Antoine C. : "M. Luhaka, à aucun moment, il n'a dit : 'allez interpellez-moi'. Il se débat toujours. Moi, à ce moment-là, j'ai pris du gaz, j'ai le stress qui est monté très haut. Mon collègue Jérémie D. est au sol. Quand je viens porter ce coup (celui qui a atteint le fessier)..."


"Vous en portez d'autres avant", relève la présidente


"Oui, au niveau des jambes. Mais M. Luhaka n'a jamais cessé", assure l'accusé qui répète que les coups d'estoc sont enseignés en école de police. 


Marc-Antoine C., interrogé sur le coup d'estoc, explique qu'il porte ce coup "pour faire fléchir" Théodore Luhaka. Questionné sur le geste d'étranglement qu'il aurait pu avoir avec son bâton de défense, Marc-Antoine C. dit qu'il ne se sent pas capable de le faire à ce moment, car Théodore Luhaka est "beaucoup plus grand que lui", et massif  (1,75 m contre 1,94 m).

"SON BUT C'ÉTAIT DE SE SAUVER"

Marc-Antoine C. affirme que Théodore Luhaka donnait des coups de pieds pendant l'interpellation, qu'il ne se laisse pas faire. "Son but, c'était de se sauver", lâche le policier. "Il se débat, l'objectif pour lui, c'était de partir. M. Luhaka est grand, tout en muscle, c'est compliqué de faire face à ces personnes très musclées", déclare le policier. 


Théodore Luhaka assure avoir dit aux policiers pendant l'intervention : "Mais pourquoi vous faites ça ?" 

"J'AI L'ADRÉNALINE QUI EST AU PLUS HAUT"

La présidente : "Pendant toute votre audition, vous dites avoir porté ces coups car votre collègue, Jérémie D., était piétiné au sol. Pensiez-vous qu'il était en danger ? Il n'a pas eu d'ITT..."


Marc-Antoine C. : "Moi, sur cette interpellation, la chose qui est fondamentale, c'est que je vois mon collègue qui tombe au sol. Il est assez costaud et il ne se relève pas. Je vois M. Luhaka qui se lève et qui marche sur mon collègue qui ne se relève pas. Je me dis qu'il faut faire bouger M. Luhaka pour faire sortir mon collègue. La situation est stressante, j'ai l'adrénaline qui est au plus haut. Il faut au plus vite faire cesser cette situation". 


Le policier précise que plusieurs fois, lors d'interpellations, des personnes ont sorti des cutters ou d'autres armes pour s'en prendre aux policiers. Puis il ajoute : "Moi, M. Luhaka, je ne le connais pas. Est-ce qu'il ne va pas blesser mon collègue, le frapper, le blesser à l'œil...". 

COUPS AVEC LA MATRAQUE

La présidente rappelle que l'accusé, au départ, n'a pas évoqué de coups d'estoc, mais uniquement des coups fouettés portés à Théodore Luhaka. Marc-Antoine C. convient qu'il n'en a pas parlé au départ. Puis, il ajoute : "J'ai porté des coups fouettés. L'objectif était d'arrêter l'action de M. Luhaka et de le faire chuter au sol. C'est pour ça que j'ai porté un coup d'estoc (celui qui a grièvement blessé la victime au niveau de l'anus)."


Il assure que Théodore Luhaka a tapé la tête au sol pendant cette altercation avec la police. 

ÉCHAUFFOURÉE

Marc-Antoine C. explique que Théodore Luhaka intervient à ce moment, et l'attrape au niveau du col. "Je n'arrive pas à me défaire de son étreinte. Un collègue pousse M. Luhaka pour qu'il me lâche et là, tout va très vite. Mon collègue se fait attraper les mains. Moi, je suis au contact de M. Luhaka. Il y a une échauffourée. Ça va très vite. Tony H. voit que ça a dégénéré. Il est possible qu'à ce moment-là, j'ai reçu un coup au niveau du visage. Dans mon esprit, j'en reçois un autre un peu plus tard", détaille le policier. 


Théodore Luhaka a dit qu'il avait pu, dans l'action, porter un coup accidentellement. 

LE POLICIER CONTESTE UNE GIFLE A L'UNE DES PERSONNES CONTRÔLÉES

La présidente précise que Théodore Luhaka a vu Marc-Antoine C. donner une gifle à l'une des personnes contrôlées. "N'importe quoi. J'ai palpé une première personne. Ce monsieur ne voulait pas se faire contrôler, il était narquois, mécontent. Il est dans l'agressivité. On voit que d'emblée il n'est pas dans un cadre apaisé pour avoir une discussion", réagit l'accusé. 


Le policier confirme avoir poussé l'une des personnes contrôlées qui "vient avec sa tête au plus près de la sienne sans lui mettre un coup de boule". "Je ne lui mets pas de claque et je ne pousse pas sa tête contre le mur. Je mets la paume de ma main sur son visage et je le pousse."

"VOLONTÉ D'ÉCHAPPER AUX CAMERAS ?"

Marc-Antoine C., accusé, confirme qu'il a sorti directement son bâton télescopique de défense, car au moment de l'intervention des policiers, ils sont alors en infériorité numérique. Il précise d'ailleurs qu'au départ, il est tout seul face à une dizaine de personnes. Une fois derrière le mur, les jeunes gens sont alignés. "Pourquoi ce contrôle derrière le mur ?", demande la présidente. "Il n'y a aucune intention de nous cacher des caméras, on peut nous voir des immeubles, du parking... On les place là et c'est très rapide. Il n'y a pas de volonté de...", se défend d'office le policier. "D'échapper aux caméras", complète la présidente.

PROPOS RACISTES ?

La présidente demande à l'accusé s'il connaissait M. Théodore Luhaka avant les faits. "Non, pas du tout", répond le policier. La victime a dit que les policiers avaient tenu des propos racistes, notamment Marc-Antoine C., qui l'aurait insulté directement à sa vue. L'accusé conteste fermement. "Vous imaginez des propos racistes ? Il n'y a eu aucun propos raciste pendant toute cette interpellation", assure-t-il. 

"ON N'EST PAS LA POUR EN DÉCOUDRE"

On en vient au 2 février 2017, jour de l'interpellation, au Cap à Aulnay-sous-Bois. "Théodore Luhaka a déclaré avoir entendu l'un des policiers dire, après son interpellation, 'On était venu au Cap pour casser des gueules, c'est chose faite'. Vous alliez là-bas pour en découdre ? Pour vous battre ?", interroge la présidente. "On n'est pas là pour en découdre, on est là pour procéder à des contrôles d'identité", assure Marc-Antoine C. à la barre en rappelant que ce quartier était appelé "killer de flics".

TUTOIEMENT

La présidente demande au policier quelle était sa tenue le jour des faits. Il cite un Sig Sauer, des grenades lacrymogènes, son bâton de défense télescopique, des menottes... 


Caroline Jadis-Pomeau demande comment fonctionnait son équipage de la BST (Brigade spécialisée de terrain). Marc-Antoine C. explique qu'ils étaient "complémentaires". "On en a fait des contrôles...", ajoute-t-il.


La présidente lui demande s'il lui est arrivé de tutoyer des personnes lors des contrôles. "On utilise systématiquement le vouvoiement, mais parfois, il y a un lien qui se crée. Le vouvoiement peut parfois marquer une barrière très forte. Le tutoiement n'est pas forcément un manque de respect. Parfois des mineurs usent le tutoiement avec nous, on ne va pas prendre ça comme un outrage... Mais quand il y a un tutoiement avec une forme de méprise, on est quand même l'institution policière, on se doit d'avoir une forme de respect...", détaille l'accusé qui dit avoir reçu une éducation stricte de son père, policier. "Mon père, quand je lui racontais la Seine-Saint-Denis, il me disait : 'C'est compliqué'". 

GoPro

La présidente en vient au jour des faits. Elle rappelle qu'il y a eu très peu de témoins dans cette affaire et très peu de vidéos. "Il est dit que vous portiez une GoPro"

Marc-Antoine C., accusé : "Oui, mais je ne l'avais pas ce jour-là. Je l'avais achetée, car on trouvait que sur les interpellations il y avait une recrudescence de la violence. Une caméra pouvait attester de notre bonne foi et de la réalité sur le terrain. (...) Le problème est que j'ai acheté ma GoPro sur Le Bon Coin et qu'elle ne marchait pas..."

"ON N'EST PAS DES MEURTRIERS"

La présidente : "Théodore Luhaka a dit que la BST était connue pour faire des contrôles en dehors des clous, frapper les gens... Il y aurait eu des personnes abandonnées par les policiers dans des champs".

Marc-Antoine C., accusé à la barre : "C'est une fausse rumeur qui a couru après l'interpellation de M. Luhaka. On est policiers, on n'est pas là pour tabasser des gens. Vous pensez bien que si on avait fait ça, les gens se seraient plaints. Vous imaginez des policiers abandonner quelqu'un dans un champ ? On n'est pas des meurtriers, on n'a jamais abandonné personne dans des champs."

POINT DE DEAL

La présidente demande à l'accusé si le lieu où a été interpellé Théodore Luhaka est connu comme un point de deal. Il répond par l'affirmative. "J'ai déjà mis en place des surveillances où j'ai vu des transactions à cet endroit. Le Cap c'est bien, et c'est connu par tous les policiers, un lieu de trafic de stupéfiants", explique Marc-Antoine C.

PRINCIPAL ACCUSÉ

Le principal accusé, Marc-Antoine C., 34 ans, est appelé à la barre. Il ne fait pas de déclaration spontanée et s'en tient aux déclarations qu'il a déjà faites la semaine dernière. "Mme la présidente, je préfère que vous me posiez des questions", dit l'accusé de 34 ans à la barre, costume sombre, crâne dégarni, pull gris, lunettes de vue sur le nez. 

"MA PAROLE VAUT AUTANT QUE CELLE D'UN POLICIER"

Pour la première fois depuis le début de son procès, Théodore Luhaka s'est exprimé face à la presse pendant la suspension d'audience. "Grâce à ce procès, on va mettre la vérité dans l’ordre et l’avocat général a bien insisté sur le fait que ma parole vaut autant que celle d’un policier. Maintenant ça m’a rassuré. J’attends la suite du procès, et j’espère qu’après ça, on aura un résultat positif", a-t-il déclaré devant quelques journalistes à l'occasion de cette déclaration inattendue.

AUDIENCE SUSPENDUE

Fin de l'interrogatoire du policier Tony H. L'audience est suspendue 10 minutes. Elle reprendra avec l'interrogatoire de Marc-Antoine C. principal accusé et auteur du coup de matraque qui a causé des blessures irréversibles à Théodore Luhaka. 

VOLONTÉ DE DISSIMULER QUELQUE CHOSE ?

Me Sandra Chirac Kollarik, avocate de la défense : "Vous avez voulu dissimuler quelque chose en rédigeant ce PV ?"


Tony H., accusé, à la barre : "Non, j'ai même mentionné le geste qui me renvoie aujourd'hui devant cette cour d'assises."

OMISSION DANS LE PROCÈS-VERBAL

L'avocat général : "Pourquoi vous ne parlez pas des blessures et des traces de sang dans votre PV d'interpellation?"


Tony H., policier à la barre : "Comme je vous l'ai dit, c'était l'une de mes premières saisines. Théodore Luhaka avait été pris ne charge par les pompiers, ça allait être écrit par eux dans leur rapport. Mais aujourd'hui, je le reconnais, c'est une erreur de ma part. J'aurais dû le mettre."


L'avocat général : "Théodore Luhaka est couvert de sang, vous ne le mentionnez pas. Mais vous mentionnez que Marc-Antoine C. a reçu un coup sur la pommette gauche (de la part de Théodore Luhaka selon l'accusé). C'est beaucoup plus marquant que les blessures de Théodore Luhaka?" (Une photo de Marc-Antoine C. le visage très légèrement rougi au niveau du nez et de la pommette est présentée à l'écran).


Tony H. (qui n'est plus sous contrôle judiciaire depuis 2020) : "Non, j'ai mentionné ce coup dans la pommette parce que c'est le motif d'interpellation de M. Luhaka."


L'avocat général : "Vous avez conscience que toutes ces imprécisions, ces omissions dans votre procès-verbal d'interpellation, peuvent être interprétées comme défavorables aux policiers et tout ce qui peut être défavorable à Monsieur Luhaka est mentionné !"

"COMME UN FOOTBALLEUR QUI SHOOTE"

La vidéo tournée par une riveraine est à nouveau projetée. On voit Tony H. donner un coup de pied en direction de Théodore Luhaka, alors entouré et maintenu par tous les fonctionnaires de police. Le policier affirme qu'il voulait dégager un petit objet qui se trouvait sous Théodore Luhaka et qui pouvait être une gazeuse. Le policier a dit que ce geste était "furtif". "C'est comme un footballeur qui shoote", a-t-il également commenté. 

Pour Me Vey, avocat de la victime, ce geste est un coup de pied adressé au jeune homme par le policier.

INTERROGATIONS SUR LA VÉRACITÉ DU PROCÈS-VERBAL

L'avocat général demande au policier si Théodore Luhaka a crié pendant son interpellation. "Non", assure l'accusé à la barre. Selon lui, le jeune homme n'a pas parlé durant l'interpellation. 


Le représentant du ministère public lit le procès-verbal dans lequel est écrit que Théodore Luhaka a appelé des jeunes de la cité pour lui venir en aide. "Je suis amené à m'interroger sur la véracité de ce que vous rapportez dans ce procès-verbal d'interpellation", insiste Loïc Pageot, avocat général.

MENOTTAGE

L'avocat général au policier : "Vous avez justifié à l'époque votre coup de poing dans l'abdomen de Théodore Luhaka pour affaiblir l'individu et vous avez dit, après, 'Nous parvenons à le menotter 'difficilement'... Aujourd'hui, vous nous dîtes que vous l'avez menotté en 10-15 secondes...". Il s'étonne de ces contradictions. 


Le policier dit avoir essayé d'être le plus précis possible dans ce procès-verbal d'interpellation qui était l'un des premiers qu'il rédigeait (il avait 23 ans à l'époque). "Ce que je suis en train de vous reprocher, c'est de ne pas avoir été précis, justement", lance, énervé, le représentant du ministère public. 

MATRAQUE

Loïc Pageot, avocat général, interroge l'accusé sur le procès-verbal d'interpellation qu'il a rédigé après les faits. "Pourquoi vous ne dites pas que Marc-Antoine C. arrive avec son bâton de défense déployé au moment de l'intervention ?", demande-t-il. 


L'accusé soutient qu'il n'a pas vu la matraque et assure qu'il a découvert sa présence sur les vidéos. "Le seul moment où je vois Marc-Antoine C. avec sa matraque, c'est quand il porte un coup fouetté plus tard à Théodore Luhaka. Pendant le contrôle, je ne le vois pas avec sa matraque dans les mains."

"POUR VOUS AUJOURD'HUI, VOUS N'AVEZ PORTÉ QU'UN COUP?"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka à Tony H., policier : "Ça veut dire que pour vous, aujourd'hui, vous n'avez porté qu'un coup et que tout le reste est légitime et réglementé. Pour vous, tout ça s'est passé de façon tout à fait normale ?"

Tony H : "Nous avons procédé à l'interpellation de façon la plus rapide, pour notre intégrité et celle de M. Luhaka."

CONCERTATION ENTRE LES POLICIERS ?

Me Vey rappelle que son client a quitté le commissariat en fauteuil roulant. "Vous vous dites quoi ?", demande l'avocat. 


"Nous n'avions aucune connaissance de la future blessure qui allait être constatée (celle des fesses), pour nous, il était pris en charge par les sapeurs-pompiers pour son nez", répond Tony H. policier à la barre. Il dit qu'ensuite lui et ses collègues "se sont posés beaucoup de questions". 

Me Vey : "Sur le moment, personne ne reconnaît qu'il y a eu une interpellation violente avec des gestes violentes. Je me demande si vous ne vous êtes pas dit : 'Il ne faut pas reconnaître, rien' ?


L'accusé maintient que non et assure qu'il n'y a pas eu de concertation entre les policiers. 

"IL AURAIT PU MOURIR"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka, demande au policier ce qu'il a pensé en voyant Théodore Luhaka dans cet état. "Un expert médecin a dit que sans intervention, il aurait pu mourir", rappelle l'avocat. 


Tony H. assure que si la cheffe de poste n'avait pas appelé les pompiers, lui et ses collègues l'auraient fait. Me Vey n'est pas dupe du tout. Il rappelle que les blessures et l'hémoglobine sur son client étaient déjà visibles depuis un moment.

VIOLENCES

Me Vey : "Monsieur, quand vous êtes interpellé, c'est à quelle heure ?"


Tony H., policier : "Tard dans la nuit". 


Me Vey : "Vous avez parlé avec vos collègues avant ?"


Tony H. : "Non on est sous surveillance au commissariat."


Me Vey : "Votre version devant la cour d'assises aujourd'hui, vous n'avez pas prêté serment, c'est : 'C'était pas si violent que ça', c'est ça ?


Tony H. à la barre : "Je dis que je n'ai pas réalisé de violences qui étaient illégitimes ou disproportionnées."

SAIGNEMENTS

Concernant le sang sur le nez de Théo, Tony H., accusé, pense que la blessure est survenue quand il est tombé, au moment de l'intervention. Théodore Luhaka affirme avoir saigné après avoir reçu des coups au niveau de la face. 

Me Vey, avocat de la victime, évoque la forte présence de sang sur le t-shirt de Théodore Luhaka à son arrivée au commissariat. "Je ne sais pas si vous avez déjà saigné du nez mais les vaisseaux peuvent libérer énormément de sang", tente l'accusé. 

Me Vey en vient à la tâche de sang sur le caleçon de Théo. "Moi du début jusqu'à la fin, je ne vois jamais le caleçon ensanglanté" assure Tony H. 

BATON TELESCOPIQUE DE DEFENSE

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka : "Ça ne vous interpelle pas que votre collègue débute le contrôle un bâton télescopique à la main ? Si vous intervenez devant le palais de justice, vous n'intervenez pas avec votre matraque à la main, si vous intervenez au café de Flore, vous n'intervenez pas avec une matraque ?"


Tony H. policier : "On savait qu'on intervenait sur un point de revente de produits stupéfiants. Marc-Antoine C. a pris les précautions nécessaires, en venant le bâton à la main."

COUP D'ESTOC

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka poursuit ses questions. "Les coups de matraque, vous les avez vus ou pas ?" 


Tony H., policier à la barre, dit avoir vu "un coup fouetté" et explique ne pas avoir vu le coup d'estoc, car il "effectuait le menottage" à ce moment-là. 


Me Vey dénonce son "système de défense à ne jamais reconnaître les coups violents". Tony H. campe sur ses positions. Le policier parle très vite et développe ses arguments, cramponné à la barre. 


Me Vey : "Pour vous, l'interpellation est règlementaire et non-violente ?"


Tony H.: "Je n'ai jamais dit que l'interpellation était non-violente."

L'INTERROGATOIRE DE TONY H., POLICIER, REPREND

L'interrogatoire de Tony H., l'un des trois policiers accusés, reprend. Me Vey, avocat de Théodore Luhaka demande à cette occasion que l'une des vidéos de l'interpellation de son client, filmée par une riveraine, soit à nouveau projetée.

Les trois policiers la regardent attentivement. 

Me Vey : "Tony H. c'est vous qui portez un bonnet. On vous voit porter un coup, qui est un coup de pied."


Tony H. à la barre : "Je n'avais pas du tout le souvenir de ce coup de pied (visible effectivement sur la vidéo)". 


Tony H. est poursuivi pour avoir donné un coup de poing au niveau de l'abdomen de Théodore Luhaka. "Ce geste du pied furtif était pour ôter un objet qui se situe sous Théodore Luhaka", justifie le policier. 

DÉFERLEMENT

Me de Montbrial, avocat de Marc-Antoine C.: "Il a été mis en examen pour viol pendant un certain temps. Quand vous dites qu'il est impacté par le déferlement médiatique, ce n'est que parce que l'avocat de la partie civile a beaucoup nourri les premiers moments de débat publics."


Daniel Zagury, expert psychiatre : "Pour lui ce déferlement a été particulièrement dur. Mais n'importe lequel d'entre nous peut faire l'objet de rumeurs sur les réseaux sociaux : ou on refuse de les regarder, ou on les regarde avec un certain masochisme."

"DÉLABREMENTS MÉDICAUX"

L'avocat général Loïc Pageot revient sur les explications de Marc-Antoine C. sur l'utilisation de sa matraque et interroge l'expert psychiatre à ce sujet.

"Il a formulé la version selon laquelle il avait été du début à la fin proportionnée dans ses gestes face à l'action qui lui était opposée. Dans les médias, on parlait de pénétration anale. Quand je l'ai interrogé là-dessus, il m'a dit 'je ne sais pas', ne pouvant pas donner d'explication à cela. Comment ses coups d'estoc avaient pu provoquer de tels délabrements médicaux", explique Marc-Antoine C. 

"GLISSER SUR LA MATRAQUE"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka, en vient à la question du "déni". Il rappelle que Marc-Antoine C. a dit au départ que son client avait pu "glisser sur la matraque", pour justifier de ses blessures. "Vous n'avez pas l'impression que Marc-Antoine C. se met en retrait ? On a l'impression qu'il a un vocabulaire très à distance par rapport aux faits."


L'expert psychiatre n'a pas de réponse.

"REGRETS"

Me Vey, avocat de Théodore Luhaka : "Quand on rentre dans un corps comme la police, il y a l'idée de l'ordre, l'uniforme. Dans le dossier, j'ai le sentiment qu'il y a pu avoir un conditionnement de Marc-Antoine C. d'aller dans des zones, je reprends leurs termes, pour 'chasser le voyou'... Avez-vous abordé avec Marc-Antoine C. cette idée de frontière, de la légitimation de certains comportements, avec le droit de tutoyer, frapper..."


"Non", répond Daniel Zagury, expert psychiatre. Il poursuit : "Il m'a dit : j'ai le sentiment d'avoir agi de manière proportionnée, mais je suis désolé des conséquences que ça a pu avoir."


Me Vey : "Il parle de blessure désolante ici à l'audience, mais ne dit pas être désolé."


Daniel Zagury : "C'est difficile d'exprimer un sentiment de culpabilité, car pour lui le geste est non intentionnel, il exprime plutôt des regrets."

CAUCHEMARS

La présidente Caroline Jadis-Pomeau : " Vous avez dit qu'il avait fait des cauchemars pendant des mois, qu'il avait pris des médicaments, qu'il a vu le psychologue de la préfecture de police de Paris. Que vous a-t-il dit sur ça ?"


Daniel Zagury, expert psychiatre : "Il m'a dit qu'il avait eu une période traumatique, avec des cauchemars..."

"IL ABSORBAIT TOUT COMME UNE ÉPONGE"

La présidente demande quels ont été les effets sur Marc-Antoine C. de la médiatisation de l'affaire. Le psychiatre a dit que l'accusé "absorbait tout comme une éponge".

Daniel Zagury, expert psychiatre : "Il y avait pour lui une suspicion de viol, les chaînes d'actualité en parlaient en continu. On lui conseillait de ne pas regarder, mais il regardait quand même".

MÉCANISMES DE DÉFENSE OBSESSIONNELS

La présidente : "Quand vous évoquez une prédominance des mécanismes de défense obsessionnels de M. Marc-Antoine C., c'est apparu ou c'est inhérent à sa personnalité ?


Daniel Zagury, expert psychiatre : "Je pense que c'est sa personnalité."


La présidente : "Cela peut entraîner une perte de contrôle ?"


Daniel Zagury : "Non."


L'expert-psychiatre précise que Marc-Antoine C., principal accusé, n'est pas quelqu'un d'impulsif.

MATRAQUE

Daniel Zagury, expert psychiatre, sur Marc-Antoine C., principal accusé : "La juge m'avait demandé de parler du viol spécifiquement mais comme ça n'a pas été retenu à son encontre, ça n'est pas la peine de j'en parle. Marc-Antoine C. n'a apporté aucune explication sur la pénétration de la matraque télescopique dans la partie annale de la victime. A-t-il porté un coup violant dans une visée d'humiliation ? S'agit-il d'un acté dénué de toute intentionnalité ? Je ne peux pas répondre mais quoi qu'il en soit, Marc-Antoine C. est dépourvu de toute pathologie psychiatrique, son discernement n'a ni été altéré, ni aboli."

BAC S

Daniel Zagury, expert psychiatre, sur Marc-Antoine C., principal accusé : "Sur son parcours, il a eu un BAC S. Il est actif, sportif, et veut être utile aux autres. Il n'a pas d'antécédent psychiatrique."

L'accusé écoute attentivement l'expert. 

"PEUR D'UNE VENGEANCE SUR SA FAMILLE"

Daniel Zagury, expert psychiatre, sur Marc-Antoine C., principal accusé : "Il a fait état de la pression médiatique. Il témoignait de son incompréhension, de son abattement, avec des réactions paranoïaques. Il disait avoir eu peu d'une vengeance contre sa famille et avait un malêtre permanent."

"JE NE SUIS PAS UN MONSTRE"

Daniel Zagury, expert psychiatre, explique que Marc-Antoine C., principal accusé a dit que Théodore Luhaka avait été agressif le jour des faits," violent, explosif, agité". Marc-Antoine C. dit avoir porté des coups de matraque au niveau des jambes et des cuisses de Théodore Luhaka pour le faire chuter. "Je ne suis pas un monstre", a-t-il répété après avoir pris connaissance de la blessure de la victime" détaille l'expert.

EXPERT PSYCHIATRE

Daniel Zagury, expert psychiatre, sur Marc-Antoine C., principal accusé : "Il a fait état d'une véritable bascule dans son existence après cette affaire, mais ses soutiens lui ont permis de tenir bon. Il a dit avoir craqué en venant me voir, car il est passé près de son ancien lieu de travail."

L'AUDIENCE EST REPRISE

L'audience reprend finalement avec Daniel Zagury, expert psychiatre, qui a examiné le principal accusé Marc-Antoine C. en juillet 2017. "Sur le plan émotionnel, il est resté réservé. C'est un homme très attaché à son métier, il a voulu gravir les échelons."

"JE NE SUIS PAS CELUI QUE L'ON A DÉCRIT DANS LES MÉDIAS"

"Je vis dans cette angoisse d'une condamnation avec de ce fait un quotidien qui est assez compliqué. (...) Mais j'ai besoin de démontrer que je ne suis pas celui que l'on a décrit dans les médias. Je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un criminel", avait aussi déclaré le principal accusé Marc-Antoine C. la semaine dernière.

"BLESSURE DÉSOLANTE"

"Je suis intervenu pour dégager mon collègue. Situation très délicate dans le cadre d'une interpellation très difficile face à un individu qui se rebellait. Nous ne sommes jamais parvenus à le maîtriser. J'ai fait un coup à l'origine de ses blessures, coup qui m'a été enseigné en école, qui est légitime et réglementaire. Je voulais vraiment défendre son collègue dans cette situation rarissime, avec quelqu'un d'assez costaud au sol. Bien sûr, la blessure est désolante. J'en ai conscience et j'y pense tous les jours" avait déclaré la semaine dernière le principal accusé Marc-Antoine C.

LIGNE BLANCHE

Les interrogatoires des accusés ont débuté mardi, avec d'abord, celui de Jérémie D. 42 ans. "J'estime que j'ai mordu la ligne blanche, mais je ne l'ai jamais franchie", a assuré ce policier à la barre.

L'AUDIENCE NE VA PAS TARDER À REPRENDRE

L'audience devrait reprendre dans quelques minutes avec les questions à Tony H. l'un des trois policiers accusés. Suivra l'interrogatoire de Marc-Antoine C., principal accusé. C'est lui qui a porté les coups de matraque à Théodore Luhaka le 3 février 2017 à Aulnay-sous-Bois,  occasionnant des blessures irréversibles au niveau du rectum de la victime.

Ses réponses sont particulièrement attendues. Après ceux de ses anciens collègues Jérémie D. et de Tony H., l'interrogatoire de Marc-Antoine C., principal accusé au procès de l'affaire Théo, doit avoir lieu ce mercredi matin devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis. Le fonctionnaire aujourd'hui âgé de 34 ans est poursuivi pour avoir exercé des violences volontaires, manu militari ou à l'aide d'un bâton télescopique de défense, sur Théodore Luhaka le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois. Ces violences ayant engendré des séquelles irréversibles au niveau du rectum de la victime. 

La semaine dernière, à l'occasion de son interrogatoire de personnalité, Marc-Antoine C. avait déclaré :"Je vis dans cette angoisse d'une condamnation avec de ce fait un quotidien qui est assez compliqué. (...) Mais j'ai besoin de démontrer que je ne suis pas celui que l'on a décrit dans les médias. Je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un criminel". Il avait aussi reconnu la "blessure désolante" occasionnée à Théodore Luhaka par sa matraque. 

Mardi 16 janvier à l'audience, ses deux anciens collègues ont assuré que l'interpellation de Théodore Luhaka, il y a sept ans, avait été très compliquée et qu'ils n'avaient pas eu le choix d'avoir des gestes "maladroits" à son encontre pour pouvoir le menotter et le conduire au poste. 


Aurélie SARROT

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