Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Procès du 13-Novembre : Salah Abdeslam présente ses "excuses à toutes les victimes", les parties civiles divisées

Aurélie SARROT
Publié le 15 avril 2022 à 16h12
JT Perso

Source : JT 20h WE

L'interrogatoire du seul survivant du commando djihadiste du 13-Novembre se poursuit ce vendredi.
Quelques jours plus tôt, il avait commencé à donner des détails sur "la mission" qui lui était assignée au sein de la cellule.
Suivez en direct le dernier jour de l'interrogatoire de Salah Abdeslam.

 "JE N'AI PAS RESSENTI D'ÉMOTION"


Me Gérard Chemla, qui représente plus d'une centaine de parties civiles durant ce procès, est revenu sur les déclarations faites par Abdeslam au cours de ces derniers jours d'interrogatoire au cours desquels le terroriste a concédé de s'expliquer sur son rôle durant les attentats : "Ce sont des mots qui ne viennent pas de nulle part, a réagi l'avocat, ce vendredi. Tenir ce discours devant les victimes, c'est manquer de l'empathie, du ressenti de ce qui leur est arrivé. (...) Je ne dis pas qu'il est inhumain, mais moi je n'ai pas ressenti d'émotion à l'écouter. Je pense que [ce qu'il a dit] c'est utilitaire (sic). Le but, c'est quoi ? Il essaie de négocier une peine de sûreté moins importante que celle qu'il encourt, c'est ça le débat. (...) Cet exercice de style n'est pas fait pour libérer sa conscience, mais simplement parce que cela l'intéresse de le faire maintenant.". 

"JE VOUS DEMANDE DE ME DÉTESTER AVEC MODÉRATION"


Voici ce que Salah Abdeslam déclare, à la fin de son ultime interrogatoire : "Je voudrais dire aussi que cette histoire du 13 novembre, elles se sont écrites avec le sang des victimes, c'est leur histoire et moi j'en fais partie. Je suis lié à eux et ils sont liés à moi. On dit aime ton ami avec modération car demain il pourrait devenir ton ennemi. Déteste ton ennemi avec modération, peut-être sera-t-il un jour ton ami. Je vous demande de me détester avec modération, je veux vous dire aussi je présente mes condoléances et je présente mes excuses, je parle pour toutes les victimes. Je parle aussi aux victimes qui m’écoutent à la webradio. Je sais qu'on a des divergences, je sais qu'on sera pas d'accord mais je vous demande de me pardonner. Je voudrais aussi présenter mes excuses à Oulkadi et à sa famille de me pardonner, je n'ai pas voulu l'entrainer dans ça. Je demande aussi pardon, pardon à Hamza, j'aurais du être un grand frère et je t'ai emmené dans ça. Et Amri aussi et à sa femme parce que je leur ai volé 6 ans de leur vie. Je demande pardon, je sais que ça va pas, je sais que ça va pas vous guérir mais je sais que la bonne parole ça peut faire du bien et si j'ai pu faire du bien à une seule des victimes, pour moi c'est une victoire."

"UN KAMIKAZE EN 24 HEURES"


 Me Vettes, avocat de Salah #Abdeslam : "Vous avez dit que vous aviez prêté allégeance à l'État islamique 48 heures avant les attentats et que l'on pouvait faire un kamikaze en 24 heures, vous confirmez ?

Salah Abdeslam : "Oui"

"VOUS AVEZ DÉPOSÉ DES BOMBES HUMAINES AU STADE DE FRANCE"


Me Bahu, avocate de parties civiles : "vous avez répété ici que vous n'avez tué personne. Je me trompe si je dis que vous ne vous sentez pas responsable?"

 Salah Abdeslam : "oui, vous vous trompez." 

Me Bahu : "Vous vous sentez responsable ?"

Salah Abdeslam :  "Oui, bien sûr"

Me Bahu : " Vous déposez des bombes humaines au Stade de France"

 Salah Abdeslam "oui"

Avocate : "Vous comprenez que ça puisse choquer des victimes quand vous dites que vous n'avez tué personne"

 Salah Abdeslam : "Oui mais il n'y a pas eu autant de morts (au Stade de France qu'au Bataclan) Moi je pense qu'on peut faire une différence entre un mort et 100 morts (...) Moi j'ai pas tué directement. Mais si ça peut choquer que je dis ça alors je retire."

SUIVRE LE PROPHÈTE


Me De Villele : Que diriez-vous à quelqu'un qui voudrait faire comme vous

Salah Abdeslam Je lui dirais de suivre le Coran. Le Prophète est l'exemple idéal et je lui dirais de suivre la tradition du Prophète, c'était le meilleur exemple et l'exemple à suivre.

"LÂCHE" ET "HÉROS"


Une avocate de partie civile : "est-ce que vous êtes fier de l’action de votre frère ?

- je ne parlerai pas de ça, mais si certains disent que je suis lâche de pas avoir déclenché ma ceinture alors ça veut dire que ceux qui l’ont fait sont des héros » 

DERNIER JOUR DE L'ULTIME INTERROGATOIRE D'ABDESLAM


Aujourd'hui, la cour doit interroger les accusés  Osama Krayem, Sofien Ayari et Mohamed Bakkali. Avant, les avocats des parties  civiles et ceux de la défense poseront des questions, s'ils le souhaitent, à Salah Abdeslam. 

L'interrogatoire du seul survivant du commando djihadiste du 13 novembre 2015, qui devait ne se dérouler que mercredi, se sera finalement étalé sur trois jours.

Parlera, parlera pas ? Livrera-t-il de nouveaux éléments, ou non ? La suite, et la fin, du dernier interrogatoire de Salah Abdeslam est prévue pour ce vendredi devant la cour d'assises spéciale de Paris. Dans une première version, le seul survivant du commando djihadiste du 13 novembre 2015 avait dit qu'il devait se faire exploser au Stade de France avec les autres kamikazes. Puis il avait expliqué avoir renoncé, prenant le métro pour finalement se débarrasser de sa ceinture explosive à Montrouge.

À l'audience, il assure désormais avoir "travaillé" avec son frère Brahim en ramenant des personnes dans le cadre "d'aide humanitaire". Son recrutement, au sein de la cellule, se serait fait à la dernière minute en prévision des attaques. S'il a finalement renoncé à commettre un attentat dans un café du 18e arrondissement, c'est, selon lui, "par humanité" après avoir vu des "jeunes rigoler et danser".

Des mots inaudibles pour les parties civiles

L'accusation ne croit pas elle à cette nouvelle "vérité" de l'accusé. Pour elle, c'est dans le métro qu'il devait se faire exploser, comme le mentionnait "l'arborescence" des groupes des attentats retrouvée dans un ordinateur et où il était question de "Groupe métro".  Pour le reste, sa ceinture a-t-elle dysfonctionné comme il l'avait assuré à "ses frères" ? A-t-il renoncé comme il l'a affirmé à l'audience ? La réponse à cette question ne sera sans doute jamais connue et jamais certaine. 

Cherchant à obtenir des informations à ce sujet, le parquet national antiterroriste a interrogé l'accusé jeudi. Ont suivi plusieurs avocats de la partie civile.   Après plus de trois heures d'interrogatoire, Salah Abdeslam a demandé le pardon des familles et imploré les jurés qu'on lui "donne "la possibilité de retrouver (sa) famille rapidement". "Jamais, jamais", a crié une partie civile dans la salle. 

Après une nouvelle série de questions et des tensions palpables, le président de la cour, Jean-Louis Périès, a suspendu l'interrogatoire de Salah Abdeslam, qui reprend ce vendredi.


Aurélie SARROT

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