La Guadeloupe et la Martinique en proie à de vives tensions

En Guadeloupe, des violences urbaines "planifiées et organisées"

Léa Tintillier avec AFP | Reportage L. Boudoul, S. Mourava
Publié le 22 janvier 2022 à 18h22
JT Perso

Source : JT 13h WE

POINTE-A-PITRE - Les violences urbaines ayant lieu en Guadeloupe depuis près de trois mois ont été "planifiées et organisées", a affirmé le procureur de la République. Un policier est soupçonné d'être impliqué activement.

Les violences qui secouent la Guadeloupe depuis près de trois mois, étaient-elles toutes liées à la contestation de l’obligation vaccinale ? On peut en douter sérieusement. Elles ont été "parfaitement planifiées et organisées", a accusé vendredi Patrick Desjardins, procureur de la République de Pointe-à-Pitre. 

Après une nuit d’émeutes, fin novembre, émaillée de tirs contre les forces de l’ordre et où le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) a été incendié, les enquêteurs ont surveillé discrètement des groupes d’émeutiers et des bandes qui tenaient des barrages. Ils ont écouté leurs téléphones portables jusqu’à obtenir des renseignements saisissants. 

Certains émeutiers avaient plutôt le profil de racketteurs. Ils agissaient en bande organisée avec toujours le même mode opératoire. "Un des objectifs de cette bande organisée était de promettre des extorsions de fonds au préjudice de grands groupes, je ne souhaite pas être plus précis pour le moment, de façon à obtenir des sommes d’argent en échange de la promesse de ne pas attaquer les commerces dont ils avaient la responsabilité", explique Patrick Desjardins, dans le reportage du 13h de TF1 en tête de cet article. Le versement de sommes expliquerait l'absence d'attaque des grands centres commerciaux de l'île.

Un fonctionnaire de police complice

La couverture était une bataille idéologique, mais le but réel aurait été l’enrichissement. Ces émeutiers avaient des complices, dont un policier notamment, qui serait à l’origine de nombreuses opérations. Il a été placé en détention provisoire. Son rôle consistait à donner des informations confidentielles aux gangs. "On est sur de la trahison", a précisé le procureur. "Nous savons qu’il était à l’origine de nombreuses opérations, celle contre le SPIP mais également celle qui était prévue le 30 décembre dernier."

Ce jour-là, la manifestation du collectif d'organisations mobilisé contre l'obligation vaccinale devait arriver jusqu'à l'aéroport, "avec un mode opératoire déterminé entre les manifestants et les membres de gangs, qui eux devaient occuper les pistes avec des véhicules volés" et enflammés. Des échauffourées ont eu lieu entre les manifestants et les forces de l'ordre. Le leader syndical Elie Domota avait été arrêté, puis libéré dans la soirée. Par ailleurs, la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre était une des prochaines cibles, selon l'enquête. 

Huit personnes mises en examen

À ce stade de l’enquête, huit personnes, interpellées lundi, ont déjà été mises en examen, après 96 heures de garde à vue. Quatre ont été placées en détention provisoire. 

Réagissant à ces mises en examen, le député Olivier Sevra a indiqué avoir rencontré certains jeunes "dans le cadre des négociations de sortie de crise" et désormais placés en garde à vue ou en détention préventive. Il appelle à une "justice impartiale ne négligeant pas leur rôle dans ce processus d'apaisement et leur volonté de se réinsérer". Toute la journée, devant le tribunal, une centaine de personnes, dont des leaders du syndicalisme local, était présente "en soutien" aux personnes déférées. 

D’autre part, le procureur évoque aussi des associations créées par les émeutiers, en vue de futures négociations avec l’État, dont l’objectif était d’abord de récupérer des subventions. Certains élus locaux seraient liés à ce montage à but lucratif. Les investigations continuent.


Léa Tintillier avec AFP | Reportage L. Boudoul, S. Mourava

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