En l'espace de quelques mois, des centaines de batteries électriques se sont volatilisées près de la LGV Paris-Marseille.
Le préjudice pour la SNCF s'élève au total à 108.000 euros, selon les enquêteurs.
Les équipes du 20H de TF1 ont mené l'enquête pour expliquer ce phénomène.

Très isolés, en pleine campagne, plusieurs locaux techniques de la SNCF ont été fracturés ces derniers mois. À chaque fois, le constat est le même : après avoir fracturé la porte avec un pied-de-biche, les voleurs emportent des batteries électriques d'une quarantaine de kg dont le coût, unitaire, avoisine les 5.000 euros. "Des faits qui s'opèrent en une dizaine de minutes", selon le capitaine Stéphane de la gendarmerie de Crest (Drôme). 

En l'espace de quelques mois, 48 locaux ont été ciblés par les voleurs. En tout, 301 batteries ont été dérobées, avec un point commun : les armoires électriques étaient, dans tous les cas recensés, situées aux abords de la ligne à grande vitesse reliant Paris à Marseille. "C'était leur axe porteur. C'est grâce à une surveillance sur cet axe que nous avons pu suivre, nous aussi, le cheminement logique des auteurs de l'infraction", détaille le gendarme dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. À chaque fois, aucune caméra de vidéosurveillance n'avait pu capturer les méfaits.

À force d'abnégation, les forces de l'ordre ont interpellé deux personnes, issues de la communauté des gens du voyage. Ils étaient déjà connus de la justice pour des faits similaires. Au total, le préjudice s'élève à 108.000 euros pour la SNCF. Mais, au-delà de l'impact financier, ces batteries ont surtout un rôle primordial dans la bonne circulation des trains. "Elles permettent d'alimenter, les installations de signalisation et tout ce qui a trait aux télécommunications. Sans ça, on est incapable de faire rouler des trains", explique Jean-Paul Fournier, ingénieur cheminot et syndicaliste au sein de l'Unsa.

Des gains financiers faibles pour les voleurs

Pour les auteurs, ces vols sont essentiellement une opportunité de se faire un peu d'argent. Et ce, en revendant leur butin à des ferrailleurs. "Les batteries contiennent du plomb. Elles ont un prix spécifique dans notre profession qui se situe entre 600 et 700 euros la tonne. Ce sont souvent des vols de survie, cela rapporte peu [aux voleurs] mais cela coûte très cher à la SNCF", raconte Grégory Arod, directeur général de Négométal. À 70 centimes le kg, les gains sont faibles. 

Mais, ces batteries ne portent aucune marque distinctive pouvant permettre de les associer à la SNCF, leur vol est facilement dissimulable. Pour éviter d'être complice d'un recel, certaines entreprises - comme celle de Grégory Arod - mettent en place des mesures de sécurité : caméras de surveillance, informations personnelles... Il ne laisse rien au hasard. "C'est un véritable outil pour les forces de l'ordre, dès qu'il y a une réquisition judiciaire. Ils savent exactement qui a apporté quoi", détaille Grégory Arod.

Ils ne rendent pas compte que cela peut porter un préjudice
Me Grégoire Mercier, avocat d'une famille condamné pour un vol de batterie

Crest (Drôme), Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), Le Teil (Ardèche) ou encore Daumazan-sur-Arize (Ariège)... Les cas de vol se sont multipliés en quelques mois. Outre l'aspect parfois lucratif, ces infractions sont parfois commises à des fins personnelles. "[Certaines batteries] ont été retrouvées sur leurs terrains pour alimenter leur camion ou leur caravane. Ils ne rendent pas compte que cela peut porter préjudice", avoue Grégoire Mercier, avocat qui a défendu une famille qui s'est rendue coupable de ces vols. 

Lors de l'été 2022, des retards de trains ont été causés à la gare de Béziers à la suite de ces vols. Ils ont été condamnés à six mois de prison avec sursis. Une peine qui peut être bien plus lourde et atteindre les cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.


B.L. | Reportage : Maurine Bajac et Romain Reverdy

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