ENQUÊTE - Une longue et rarissime perquisition s'est déroulée jeudi au ministère de la Justice. Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti est soupçonné de conflits d’intérêt sur des dossiers qu’il aurait eu à traiter en tant qu’avocat.

Les enquêteurs auront passé quinze heures place Vendôme pour cette procédure rarissime. Le ministère de la Justice a perquisitionné jeudi, de 9h à minuit,  dans le cadre d’une enquête ouverte pour "prise illégale d'intérêt" et visant Eric Dupond-Moretti. Le ministre, qui est resté jusqu'à la fin, a assisté à la perquisition de son bureau. 

L'avocat d'Eric Dupont-Moretti, Me Christophe Ingrain, a pris la parole devant la presse vers 19H30 pour expliquer une des raisons pour lesquelles les opérations étaient si longues : les enquêteurs avaient souhaité ouvrir de vieux coffres sous la bibliothèque du bureau du garde des Sceaux, dont personne n'avait la clef. "Il a fallu des interventions avec des perceuses et meuleuses pour découvrir qu'il n'y avait rien à l'intérieur" a ajouté le conseil du ministre, qui a regretté "un déploiement de forces totalement disproportionné".

Une enquête administrative qui interroge

Selon une source proche de l’enquête à LCI, confirmant une information du Parisien, cette perquisition mobilisant une vingtaine de gendarmes était menée par trois magistrats de la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR). Elle fait suite à la plainte déposée par des syndicats de magistrats, l’association Anticor et le député LFI Ugo Bernacilis, qui soupçonnent le garde des Sceaux d’avoir eu une influence sur des dossiers qu’il aurait eu à traiter lorsqu’il était avocat -et notamment l’affaire des "fadettes".

Alors avocat, Eric Dupond-Moretti s’était indigné contre les "méthodes de barbouze" employées par le parquet national financier (PNF) à l’encontre de Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy. En effet, l’avocat pénaliste  s’était retrouvé dans les relevés téléphoniques épluchés en 2014 par le PNF. L'objectif du parquet était ici de déterminer l'identité de la "taupe" susceptible d'avoir informé Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, qu'ils avaient été placés sur écoute dans une autre affaire. 

L'avocat avait alors déposé une plainte contre X en juin 2020, après les révélations du Point, pour "violation de l'intimité de la vie privée et du secret des correspondances" et "abus d'autorité" puis l'avait retiré le 7 juillet, au lendemain de sa nomination au ministère de la Justice, craignant le risque évident de conflits d'intérêt. L'enquête judiciaire s'était poursuivie avant d'être classée sans suite en octobre en raison de "l'absence d'infraction" constatée par le parquet de Nanterre. Mais le ministre, et c'est là que les soupçons interviennent, a décidé parallèlement en septembre d'ouvrir une enquête administrative contre trois magistrats du parquet national financier (PNF) qui avaient participé à la fameuse enquête des "fadettes". 

Joint par l'AFP, l'entourage du ministre n'a souhaité faire "aucun commentaire". L’enquête a été confiée aux gendarmes de la section de recherches (SR) de Paris. Ce sont eux qui ont eu l’occasion d’entendre le Premier ministre Jean Castex le 7 juin dernier, comme l’a révélé le Canard Enchaîné. D'après le journal, le ministre de la Justice devrait être prochainement entendu par les magistrats de la CJR.


La rédaction de TF1info

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