Plaignante insultée par un policier : l'enquête pour "injures" classée sans suite

par Anastasia NICOLAS
Publié le 18 mars 2022 à 7h58

Source : JT 20h Semaine

Mediapart avait révélé en février un enregistrement audio où un policier insulte de "pute" par mégarde, sur son répondeur, une femme ayant porté plainte pour agression sexuelle.
Pour la justice, le contexte ne permet pas de caractériser l'infraction.
Gérald Darmanin avait estimé que ce policier n'avait "plus sa place" au sein de la police nationale.

Il l'avait traitée de "pute" à trois reprises sur sa messagerie, par mégarde. Le parquet de Paris a classé sans suite l'enquête ouverte pour "injures non publiques" visant le policier accusé d'avoir insulté une plaignante pour agression sexuelle, a indiqué ce jeudi 18 mars à l'AFP le parquet de Paris. Et ce, malgré l'enregistrement audio révélé par Mediapart.

"La procédure ouverte du chef d'injures non publiques à caractère sexiste a été classée sans suite le 25 février", a précisé le parquet, confirmant une information du média d'investigation. "Il faut se frotter les yeux, et relire la phrase plusieurs fois pour y croire", écrit Lénaïg Bredoux, journaliste à l'origine de cette affaire. 

Des preuves insuffisantes pour poursuivre le fonctionnaire selon la justice

Le site d'informations en ligne avait révélé début février l'histoire de cette jeune femme de 34 ans, insultée par l'un des officiers des Ve et VIe arrondissements de Paris dans un message vocal. Des faits survenus après un dépôt de plainte dans la nuit du 4 au 5 février pour "agression sexuelle en état d'ivresse"

Un policier de ce commissariat l'avait rappelée à la mi-journée pour lui demander de venir compléter sa plainte, et lui avait laissé un message vocal sur son répondeur. Croyant avoir raccroché, le fonctionnaire plaisante avec l'une de ses collègues : "Je la rappellerai de toute façon parce que là, elle doit être en train de cuver !".

Lisant ensuite à haute voix un extrait de la plainte de la jeune femme, il ajoute : "Elle n'a pas de sens la plainte en fait". "Ah évidemment, elle refuse la confrontation". "C'est vraiment une pute. (...) Putain, elle refuse la confront' en plus la pute. Comme par hasard. En fait c'était juste pour lui casser les couilles, je suis sûr", lâche-t-il, avant de ponctuer sa phrase d'un "putain, grosse pute".

Un combiné mal raccroché et des propos orduriers qui ne seraient jamais sortis de l'antre du commissariat sans la maladresse du policier, pour la justice. "La procédure a été classée sans suite faute de caractérisation de l'infraction, les propos ayant été tenus sans volonté de les porter à la connaissance de la plaignante", a justifié le ministère public.

Le fonctionnaire n'a "plus sa place" dans la police

Cette affaire avait suscité de nombreuses critiques, notamment au sein des milieux féministes qui dénoncent régulièrement la mauvaise prise en compte par les forces de l'ordre des victimes de violences sexuelles.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait déclaré mi-février que le policier ne serait pas "réintégré dans la police". Avant même les conclusions de l'enquête, il avait rajouté que l'officier n'avait "plus sa place" au sein de la police nationale. Le préfet de police Didier Lallement avait quant à lui condamné "des propos inadmissibles", et annoncé avoir saisi la "police des polices" (IGPN) d'une enquête administrative et avait demandé la suspension du policier à titre conservatoire. 

La plaignante avait également déposé plainte devant l'IGPN concernant ces injures, entraînant l'ouverture de cette seconde enquête le 16 février, désormais classée.


Anastasia NICOLAS

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