Mort du militant indépendantiste corse Yvan Colonna

Frappé par un autre détenu, Yvan Colonna hospitalisé dans un état préoccupant

Raphaël Maillochon
Publié le 2 mars 2022 à 13h30
Frappé par un autre détenu, Yvan Colonna hospitalisé dans un état préoccupant

Source : AFP

Yvan Colonna a été transféré à l'hôpital ce mercredi en fin de matinée.
Condamné à la réclusion à perpétuité pour l'assassinat du préfet Érignac en Corse, il est détenu à Arles.
Il aurait reçu plusieurs coups d'un autre détenu et se trouve dans un "coma post anoxique".

Yvan Colonna, condamné à la réclusion à perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac en Corse, a été transféré à l'hôpital ce mercredi en fin de matinée.  

Détenu à la maison centrale d'Arles, le Corse aurait été "frappé très violemment et étranglé par un autre détenu condamné pour radicalisation avec lequel il se trouvait dans la salle dédiée au sport" selon une source à TF1 Info. Une autre source indique que l'auteur présumé de l'agression aurait aussi tenté d'étouffer le détenu originaire de l'île de Beauté en lui mettant un sac plastique sur la tête.

Suite à ces violences, Yvan Colonna, aujourd'hui âgé de 61 ans, a été conduit en urgences à l'hôpital, "inconscient et le pouls faible" indique-t-on à notre rédaction. Son pronostic vital est engagé. Il a été placé sous respirateur, en réanimation. 

Vers 17 heures, Me Emmanuel Mercinier Pantalacci, l'un des avocats d'Yvan Colonna, a fait savoir que son client se trouvait "dans un coma post anoxique". "Il a été transféré de l'hôpital d'Arles vers un hôpital de Marseille", précise-t-il.

L'agresseur présumé est un djihadiste de 36 ans

Selon nos informations, l'agresseur présumé d'Yvan Colonna est Franck Elong Abé, un djihadiste âgé de 36 ans. Détenu en 2012 en Afghanistan à Bagram par les Américains, il a été remis à la France en 2014. 

Condamné à titre principal à la peine de neuf années d’emprisonnement du chef d’"association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme". Il purgeait sa peine à la maison centrale d’Arles depuis le 17 octobre 2019, en provenance du centre pénitentiaire de Nantes (Loire-Atlantique). Il a été signalé à plusieurs reprises comme étant l'auteur de 14 incendies et de dégradations de sa cellule lorsqu’il était détenu à Condé-sur-Sarthe. 

Immédiatement interpellé après les faits, il a été placé en garde à vue par la brigade criminelle de la direction zonale de la police judiciaire Sud, service auquel l’enquête a été confiée par le parquet de Tarascon du chef de tentative d’assassinat.

Enquête pénale

Dans un communiqué ce mercredi en milieu d'après-midi, le ministère de la Justice indiquait qu'"à la suite de l’agression en détention d’Yvan Colonna, le procureur de la République de Tarascon communiquera dans la journée sur l’enquête pénale qu’il a initiée." "À la demande du Premier ministre, dans le cadre du décret n° 2020-1293, l’inspection générale de la justice va être saisie ce jour pour faire toute la lumière sur les conditions de cette agression d’une particulière gravité", précisait le ministère. 

A 19 heures ce soir, Laurent Gumbau donne en effet plus de précisions sur l'agression d'Yvan Colonna."Ce mercredi 2 mars 2022 vers 10h15, le détenu Yvan Colonna, incarcéré à la maison centrale d’Arles (Bouches-du-Rhône) était violemment agressé alors qu’il effectuait, seul, une séquence d’entretien physique à la salle de musculation de l’établissement pénitentiaire. L’agresseur supposé, lui-même détenu, assurait un service d’entretien en qualité d’auxiliaire d’étage au moment des faits", indique-t-il.

Le mobile de l'agression inconnu à ce stade

Les premiers éléments recueillis permettent d’établir qu’Yvan Colonna "a été victime d’une strangulation à mains nues, puis d’un étouffement" détaille le procureur de la République de Tarascon. "Dès la découverte de la victime inanimée par un surveillant pénitentiaire, les secours internes prodiguaient un massage cardiaque moins de 3 minutes après l’alerte. A l’arrivée des pompiers puis du SMUR, Yvan Colonna était médicalisé sur place alors qu’il se trouvait en arrêt cardiaque et respiratoire. Les réanimateurs parvenaient à relancer l’activité cardiaque". 

 À ce stade, le mobile de l’agression est inconnu. Aucun incident en détention n’avait été signalé entre le détenu et la victime. "Toutefois, le parquet national anti-terroriste a été contacté au regard des antécédents du mis en cause", informe le procureur.. 

Traitement "dégradant" en détention

Yvan Colonna a intégré la maison centrale d’Arles le 6 décembre 2012 en provenance du centre pénitentiaire Sud Francilien de Réau (Seine-et-Marne), en exécution d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 18 ans pour l’assassinat du Préfet Erignac.

Il y a quelques jours, trois députés corses avaient dénoncé  le "traitement dégradant du point de vue du droit" subi par Yvan Colonna du fait de sa détention loin de sa famille. Les députés nationalistes Jean-Félix Acquaviva, Michel Castellani et Paul-André Colombani se sont exprimés devant la presse après une visite à Yvan Colonna, détenu à la maison centrale d'Arles (Bouches-du-Rhône) vendredi 22 février dernier.

"Il n'a pas vu son fils, qui a dix ans, depuis 15 mois, et sa mère, qui a des problèmes de santé, depuis 15 ans", a dénoncé Jean-Félix Acquaviva, "donc il faut un rapprochement familial". 

Les élus demandent que soit levé le statut de "détenu particulièrement signalé" des trois membres du commando reconnus coupable de l'assassinat du préfet Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio, qui fait obstacle à une liberté conditionnelle ou à un rapprochement dans une prison en Corse.

"Ce statut n'a aucune véracité en ce qui le concerne au sujet de la dangerosité", a affirmé M. Acquaviva, rappelant que selon la loi "le statut de DPS n'est pas donné en fonction des faits commis mais en fonction du comportement en prison". Selon lui, la détention en Corse de M. Colonna ne constituerait en rien "un trouble à l'ordre public".


Raphaël Maillochon

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