Incendies volontaires : narcissisme, excitation, vengeance... pourquoi les pyromanes passent à l'acte

Propos recueillis par Aurélie Sarrot
Publié le 28 juillet 2022 à 17h59, mis à jour le 30 juillet 2022 à 15h01
JT Perso

Source : JT 20h WE

Depuis le début de l'été, la France est touchée par d'importants feux.
Des incendies parfois déclenchés volontairement par des pyromanes.
Le Dr Roland Coutanceau, expert-psychiatre, revient pour TF1info ce qui pousse ces "incendiaires" à passer à l'acte.

Ils sont deux. Entre mercredi et jeudi, deux hommes ont reconnu, face aux enquêteurs, être à l'origine de feux de forêt au printemps et en ce mois de juillet dans l'Hérault et en Ardèche. Le premier, âgé de 44 ans et alcoolisé au moment de son interpellation, a ainsi admis avoir provoqué les incendies du 27 juillet dans le sud de l'Ardèche.

Le second, pompier-volontaire, sapeur-forestier et élu municipal, a déclaré aux enquêteurs qu'il avait, à l'aide d'un briquet, provoqué plusieurs départs de feu à Saint-Privat et Saint Jean de la Blaquière dans l'Hérault en mai et juillet 2022. Il a reconnu être également l'auteur de plusieurs incendies au cours des trois dernières années pour provoquer des interventions des sapeurs-pompiers afin de s'extraire d'un cadre familial oppressant. Il a également parlé de l'excitation que les interventions provoquaient chez lui, "de l'adrénaline", mais aussi d'un besoin de reconnaissance sociale.

En France, on estime que 300.000 feux se déclarent chaque année, et que 10% sont d'origine volontaire. Le Dr Roland Coutanceau, expert-psychiatre, qui a eu plusieurs entretiens avec des pyromanes au cours de sa carrière, revient pour TF1info sur ce qui les pousse à déclencher ces incendies.

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De très nombreux incendies ont ravagé des hectares de forêt depuis le début de l'été en France et à l'étranger. Pour plusieurs sinistres, les experts ont établi que l'origine était volontaire, donc le fait de pyromanes. Que percevez-vous dans de tels gestes ? 

Il est important de faire la distinction entre pyromane et incendiaire. "Pyromane" est aujourd'hui le terme le plus populaire et médiatique pour parler de ces faits, mais ça n'est pas le mot idéal. La pyromanie est la fascination, l'obsession, l'excitation et le plaisir du feu. Elle existe dans certains rares cas, mais il s'agit en réalité plus souvent d'incendiaire, c'est-à-dire d'individu avec une motivation ou plusieurs motivations qui sont fonctions de la personnalité du sujet. Ça peut être la vengeance, avec l'intention de détruire par le feu. Ça peut aussi être la reconnaissance, ou encore de l'excitation. 

Que peut-on dire des pompiers pyromanes, ou plutôt incendiaires selon vous ? 

Le pompier incendiaire est quelqu'un qui est fier d'être pompier, mais qui veut justifier de son image de marque. Et pour cela, il faut qu'il y ait un feu ! Le pompier incendiaire se dit souvent : "Si je mets un feu et que je suis l'un des premiers à être sur la brèche, on va dire :'Quel homme !"' Une des personnes que j'ai expertisées a été démasquée car elle était toujours parmi les primo-intervenantes sur les feux, toujours de garde au moment des faits, toujours la première à avoir la stratégie pour combattre les flammes. C'était trop beau pour être vrai ! Cette personne créait des feux pour se mettre en scène en tant que pompier, en tant que héros. Là, la motivation est narcissique, d'amour-propre. Parmi les pompiers, il existe malheureusement cette minorité de sujets qui dévoient.

"Il y a aussi ceux qui vont déclencher un feu par narcissisme, par égocentrisme, pour voir ensuite à la télé ou sur Internet les conséquences de leur geste."

Roland Coutanceau, expert-psychiatre

Existe-t-il d'autres catégories d'incendiaires ? 

Oui, il y a aussi ceux qui vont déclencher un feu par narcissisme, par égocentrisme, pour voir ensuite à la télé ou sur Internet les conséquences de leur geste. Il gagne là une forme de jouissance à se dire : "C'est moi qui suis à la racine de tout ce bordel". Le sujet a une espèce de plaisir caché à être celui qui a mis en scène ce qui fait la Une de l'actualité. Dans cette catégorie d'incendiaires, certains sont dépassés par les événements et n'imaginaient pas que les dégâts seraient aussi importants.

Ceux qui cherchent une excitation dans le feu ont-ils des manques dans leur vie ? 

Ce sont souvent des personnes qui ont un manque de confiance en elles, dont la vie affective, sexuelle, est un peu fade, qui ne s'épanouissent pas dans leur travail. Elles vont chercher une excitation compensatrice en faisant quelque chose d'extraordinaire par l'intermédiaire d'un acte transgressif.

Ce trouble peut-il être soigné ? 

J'ai été l'un de ceux qui a créé, dans le domaine de la psychiatrie légale, des suivis en obligation de soins. Dans ce cas précis, il faut savoir d'abord si le comportement incendiaire fait l'objet de récidive. Il y a des sujets qui sont tellement dépassés, marqués par leur acte, qu'ils ne récidiveront pas. D'autres peuvent être potentiellement à risque pour la répétition, mais il est très difficile d'en établir les profils. Quels sont les ingrédients qui font que ce feu va rester unique dans la trajectoire du suspect ? C'est parfois très difficile à cerner. Certains arrêteront après un feu, d'autres seront toujours tentés malheureusement, et ce, malgré des sanctions qui peuvent lourdes (jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle et 150 000 euros d'amende, ndlr).


Propos recueillis par Aurélie Sarrot

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