POLICE – La direction de la police judiciaire parisienne a décidé de "muscler" le groupe des affaires non résolues afin de donner une nouvelle impulsion à cette thématique qui devrait être prochainement regroupée au sein d’un pôle unique et spécialisé au tribunal judiciaire de Paris.

C’est une avancée majeure pour des dizaines de familles de victimes qui espèrent un jour voir l’assassin de leur proche renvoyé devant une cour d’assises. La police judiciaire parisienne est en train de donner un nouveau souffle à son groupe "cold case" de la célèbre brigade criminelle. Composée d’une demi-douzaine d’effectifs, l’unité d’analyse criminelle, des affaires classées et d’analyse comportementale (UAC3), va augmenter ses effectifs afin de monter en puissance et tenter de faire revivre des dossiers anciens, au point mort, ou qui nécessitent un regard neuf. 

Environ 70 dossiers sont dans le spectre de ce groupe pluridisciplinaire qui mêle des enquêteurs aguerris, des analystes et une psycho-criminaliste. Parmi eux, 50 sont des affaires qui n’ont pas avancé depuis plusieurs mois, 20 sont actuellement actives avec des actes d’investigations réguliers. Comme la plus emblématique affaire du "36", celle du "Grêlé", du surnom de cet homme dont la police ne dispose de lui qu’un ADN et des portraits robots, soupçonné de six viols et de quatre meurtres entre 1986 et 1994.

Faire avancer les dossiers

"L’approche est à la fois la relecture des dossiers par un enquêteur expérimenté qui apporte un œil neuf, de l’analyse criminelle grâce à l’outil de l’informatique et de l’analyse comportementale pour ouvrir des portes d’enquête. Nous rouvrons aussi ces dossiers à la lueur des progrès phénoménaux de la science", détaille auprès de LCI Michel Faury, le chef de la brigade criminelle. Parmi ces "cold case", des affaires de viols, de meurtres, de règlements de compte entre voyous, ou même quelques vieilles affaires de terrorisme, le plus ancien remontant milieu des années 1970. "Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas forcément le crime mystérieux qui est le plus difficile à résoudre, mais les règlements de compte, qui sont souvent le fait de professionnels, les familles et les témoins coopèrent peu", nuance-t-il.

Ce nouveau groupe va par ailleurs apporter son expertise et proposer son regard aux autres services d’enquête de Paris et de petite couronne, dès lors qu’ils pourraient être confrontés à des difficultés pour faire avancer un dossier. "Il y a parfois des affaires où nous avons compris ce qu’il s’était passé. Mais nous n’avons pas suffisamment de preuves pour incriminer les auteurs et les présenter à la justice. C’est sur ce type de dossier qu’on a besoin d’une relecture pour ouvrir d’autres portes et contourner les difficultés", poursuit Michel Faury.

Ces experts des affaires non résolues pourront aussi être sollicités en cas de disparition inquiétante par leurs collègues d’autres services. "À partir du moment où certains capteurs s’allument, on sera en mesure d’apporter une aide experte sur les enlèvements", précise le patron de la "Crim’". Chaque année, la centaine d’enquêteurs de la brigade criminelle récupère entre une vingtaine et une trentaine de dossiers, parmi les plus complexes. Avec un taux d’élucidation d’environ 70 %. Le profil de ces nouveaux enquêteurs recherchés par le groupe est un policier expérimenté, tenace avec une légitimité déjà installée au sein de son service.

Cette "task force" des "cold case" parisiens sera aussi une porte d’entrée pour le futur pôle spécialisé du tribunal judiciaire de Paris composé de magistrats chargés de travailler sur les affaires non résolues et les tueurs en série. Une mesure qui a été votée jeudi 20 mai à l’Assemblée nationale lors de l’examen du projet de loi pour la confiance en la justice. Il y a deux mois, à la lumière des errances du dossier Fourniret, un rapport avait été remis au garde des Sceaux regrettant l’absence de passerelles entre les différents services de police et de gendarmerie sur l’ensemble du territoire.


William MOLINIE

Tout
TF1 Info