INFO TF1 INFO – Gendarmes tués par un forcené dans le Puy-de-Dôme : les familles portent plainte

Sarah-Lou Cohen et A.S.
Publié le 9 mai 2022 à 8h00, mis à jour le 10 mai 2022 à 10h11

Source : JT 20h Semaine

Le 22 décembre 2020 au soir, trois gendarmes étaient abattus lors d'une intervention après une tentative de féminicide à Saint-Just.
L'auteur, Frédérik Limol, 48 ans, était un forcené survivaliste ultraviolent.
Les proches des militaires ont porté plainte contre X pour" homicide involontaire".

Un peu plus de deux ans après les faits, elle n'a toujours pas les réponses à ses nombreuses questions et veut comprendre ce qu'il s'est passé dans la nuit du 22 au 23 décembre 2020 au hameau du Cros dans la commune de Saint-Just dans le Puy-de-Dôme. 

Séverine Morel est la veuve de Cyrille Morel, lieutenant de gendarmerie décédé à l'âge de 45 ans et père de leurs deux enfants. Son époux comme deux de ses collègues, le brigadier Arno Mavel, 21 ans, et l’adjudant Rémi Dupuis, 37 ans, ont perdu la vie le 22 décembre 2020 au soir, visés par les tirs d'un forcené survivaliste et ultraviolent. 

Les militaires intervenaient au domicile de Sandrine S., compagne de Frederik Limol, après que celle-ci a alerté des proches qu'elle venait de subir des violences. À leur arrivée, la victime a trouvé refuge sur le toit. En ligne avec le Centre d'opérations et de renseignement de la gendarmerie, elle prévient que son compagnon est "très armé", "entrainé aux combats", et "porteur d'un gilet pare-balles". Frederik Limol sera d'ailleurs retrouvé mort le 23 décembre au matin dans sa voiture avec à ses côtés :  un fusil d'assaut AR15, un Glock 19 et un fusil de chasse. 

Le message sur la dangerosité du forcené a-t-il était transmis aux militaires sur place ? "Non" selon leurs proches qui ont décidé, comme ils le révèlent à TF1 Info, de porter plainte contre X pour "homicide involontaire". Et c'est avant tout l'institution qu'elles visent à travers cette démarche.  

"Entraîné pour tuer"

Depuis le début de cette affaire, les proches des militaires insistent pour qu'une reconstitution soit faite, mais cela leur a toujours été refusé. "C'est ce choc que nous avons reçu, ce bouleversement, notamment qui a motivé le dépôt de plainte", pointe Me Portejoie, avocat de Séverine Morel. "On ne pouvait pas en rester là. Les familles de victimes veulent savoir ce qu'il s'est réellement passé et aujourd'hui, il y a toute une série d'ombres qui méritent d'être éclaircies". Les familles des victimes reprochent à l'institution "de ne pas avoir pris suffisamment au sérieux les menaces qui pesaient sur les gendarmes", insiste l'avocat.

"Quand vous reprenez les conversations téléphoniques, les échanges qui sont intervenus tout au long de la soirée, vous vous rendez compte que c'est du sérieux, c'est du lourd. Or, ce sérieux, ce lourd, n'a pas été géré par l'institution de gendarmerie. Du coup, la sécurité des intervenants n'a pas été assurée. Ces intervenants pensaient agir sur une scène de difficulté conjugale familiale, et puis ils sont arrivés et ils ont découvert la guerre. La sécurité des intervenants n'a pas été assurée", poursuit Me Portejoie.

Dans ses échanges avec le Centre d'opérations et de renseignement de la gendarmerie, Sandrine S. compagne de Frédérik Limol, répète en effet à plusieurs reprises que ce dernier est "très armé",  assure aussi qu'il est "entraîné pour tuer", qu'il "a des tactiques de guerre", "des munitions qui font très mal, qui arrachent dedans au lieu de traverser", qu'il a "plusieurs chargeurs", des "silencieux"… 

Tout cela alors n'a-t-il pas été pris en compte à sa juste mesure par le Centre d'opérations et de renseignement de la gendarmerie ? "Tant l'absence d'indication quant à l'extrême dangerosité du forcené que l'équipement disponible pour les premiers équipages ou encore la conception même de l'intervention méritent d'être vérifiés de plus près, car les pertes et les vies humaines semblent hélas en lien avec la disproportion entre les indications relayées et la réalité humaine", pointe Me Portejoie.

L'avocat rappelle qu'Arno Mavel a reçu une balle au niveau de la partie inférieure de l'abdomen. Rémi Dupuis a été atteint de trois tirs dont deux létaux touchant l'artère iliaque gauche. Cyrille Morel a été touché lui par huit tirs : au niveau des membres inférieurs, au niveau abdomino-thoracique, au niveau du bras gauche et au niveau des parties génitales. "Il ne portait que son équipement de dotation et aucun équipement lourd de protection (gilet lourd, casque...)" rappelle Me Portejoie.

"On les a envoyés à la morgue"

Outre leur volonté de faire la lumière sur les événements, les familles souhaitent, à travers leur plainte, faire en sorte qu'une telle situation ne puisse jamais se reproduire. Car pour Séverine Morel ce soir-là, "on les a envoyés à la morgue". Pour elle, son mari et ses collègues savaient que Frédérik Limol était armé, "mais pas autant".  

"Il n'y a pas de volonté de vengeance, d'animosité, il y a une volonté d'exemplarité. On veut tout savoir pour que les choses ne se reproduisent pas, pour que l'institution en tire les conséquences sur le plan de l'organisation et sur le plan matériel. On s'est rendu compte que le matériel était défaillant. Pour nous, ça a dysfonctionné", conclut Me Portejoie. 


Sarah-Lou Cohen et A.S.

Tout
TF1 Info