INFO TF1/LCI - Ils escroquent près d'1,5 million d'euros grâce à de faux tapis de collection

Georges Brenier
Publié le 31 mars 2022 à 11h50
Voiture de police (illustration).

Voiture de police (illustration).

Source : Bertrand GUAY / AFP

D'après les informations de TF1/LCI, la police judiciaire a récemment arrêté une équipe soupçonnée d'avoir mené à bien des escroqueries.
Ils sont soupçonnés d'avoir fait perdre à des personnes âgées et vulnérables plus d'un million d'euros.
Leur spécialité : faire miroiter des investissements aussi mirobolants que factices.

Les malfaiteurs auraient probablement pu suivre une belle carrière d'acteur. "Leur bagout était indéniable, confirme un enquêteur. Ils avaient un vrai 'talent' pour jouer n'importe quel scénario." Ces acteurs en herbe étaient surtout de redoutables aigrefins. Cinq hommes, membres de la communauté des gens du voyage, ont été interpellés mardi 22 mars par l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) au sein de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Ils auraient ainsi, grâce à leur imagination débordante, réussi à empocher 1,4 million d'euros sur le dos de deux victimes. Le tout presque en un clin d'œil, sans la moindre violence ni menace...

Des victimes "isolées et fragiles"

Le premier acte du film inventé par ces escrocs présumés remonte à début 2019, dans les couloirs feutrés d'un salon bruxellois, en Belgique. Deux hommes, chics et souriants, se présentent comme de très sérieux et renommés experts en tapis. Leur auto-proclamée spécialité : les tapis de collection, les plus rares et les plus précieux. Dans la foule des visiteurs, ils ont repéré deux hommes, âgés de 73 et de 77 ans. À tour de rôle, ces "experts" vont les persuader qu'ils ont une affaire en or à leur offrir : de magnifiques tapis à prix imbattable, dont la revente est d'ores-et-déjà assurée et sera surtout fructueuse. À les entendre, de richissimes clients, notamment des cheikhs du Golfe, voudront racheter ces tapis, peu importe le prix. Les futures victimes, présentées comme "isolées et fragiles", boivent leurs paroles et pensent flairer la bonne affaire, celle qui peut rapporter gros sans le moindre effort.

Ces suspects fonctionnaient comme un groupe criminel organisé

Sophie Coulbois, cheffe de l'OCRGDF

À eux deux, ces hommes vont débourser, au fil des semaines, des sommes faramineuses. La première victime déboursera 1,1 million d'euros, aussi bien en virements bancaires qu'en lingots et pièces d'or. En échange, les malfaiteurs lui livreront en mains propres une vingtaine de tapis, présentés par les suspects comme de petits bijoux. Quelques mois plus tard, une expertise établira pourtant leur valeur réelle : moins de 10.000 euros au total... Autrement dit, à peu de choses près, un minuscule centième du prix déboursé par la proie du gang.

La seconde victime, elle, versera 300.000 euros pour l'obtention de quelques tapis, présentés initialement comme de quasi-œuvres d'art par l'équipe d'arnaqueurs présumés. Une marchandise qui s'avérera en fin de compte tout aussi bon marché et de piètre qualité.

"Ces suspects fonctionnaient comme un groupe criminel organisé, décrypte aujourd'hui la commissaire divisionnaire Anne-Sophie Coulbois, cheffe de l'OCRGDF. Leur mise en scène était sophistiquée, chacun s'attribuant un rôle précis et crédible. Ils repéraient bien sûr des victimes seules, âgées et faciles à manipuler." 

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Une fois leur toile tissée autour de leurs proies, et surtout leur argent empoché, les malfaiteurs disparaissaient comme par magie. Pendant ce temps-là, les victimes, elles, se retrouvaient avec, sur les bras, un imposant stock de tapis, sans le moindre soi-disant milliardaire saoudien pour les racheter ensuite à prix d'or.

Grâce à un important travail de vidéo-surveillance et de téléphonie, les cinq hommes, âgés de 27 à 61 ans, ont été arrêtés de bon matin la semaine dernière, en Seine-Saint-Denis, mais aussi dans l'Allier et en Loire-Atlantique. Tous étaient déjà connus de la justice pour des affaires similaires. En perquisition, les enquêteurs ont mis la main sur 200.000 euros au total. "Plus d'un million d'euros manque à l'appel, soupire un magistrat. L'argent a été flambé, ou placé sur des comptes dans des paradis fiscaux."

Les forces de l'ordre appellent à "la prudence"

En garde-à-vue, les suspects ont alterné explications jugées fantaisistes et phases d'amnésie profonde. Leurs cris d'innocence n'ont pas empêché un juge d'instruction du Tribunal judiciaire de Paris de les mettre en examen pour "escroquerie en bande organisée, "abus de faiblesse" et "blanchiment". Quatre d'en eux sont désormais sous les verrous.

"Face à ces promesses de rendements financiers faciles et rapides, une grande prudence est impérative, rappelle la commissaire divisionnaire Anne-Sophie Coulbois. En cas de doute, il faut se renseigner auprès des autorités, en parler à ses proches, avoir un avis extérieur. Ne jamais se fier aux prétendus 'gens de confiance' présentés par des escrocs, souvent prêts à vous faire croire n'importe quoi."


Georges Brenier

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