INFO TF1/LCI - Escroquerie : les rois du tour de passe-passe dérobent 1,2 million d’euros en bitcoins

Georges Brenier
Publié le 10 décembre 2021 à 17h17
L'Hôtel de Paris, à Monte Carlo, en décembre 2020.

L'Hôtel de Paris, à Monte Carlo, en décembre 2020.

Source : Valery HACHE / AFP

ENQUÊTE - Les limiers de la police judiciaire française parlent d’une première dans les annales de la voyoucratie. D’après nos informations, 5 suspects ont été arrêtés cette semaine, soupçonnés d’avoir imaginé un stratagème redoutable pour voler à un homme d’affaires plus d’un million d’euros de crypto-monnaie. Sans menace ni violence.

Dans le jargon policier, on les appelle des "rip-dealers", des maestros de cette "escroquerie à la transaction". En début de semaine, la police judiciaire française a mis un clap de fin à l’imagination débordante d’une équipe de redoutables arnaqueurs présumés.  

Les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière  (ORCGDF) ont interpellé à travers la Seine-Saint-Denis quatre hommes et une femme, des Français originaires des pays de l’Est. La PJ était à leurs trousses depuis le 22 juillet 2020.

Ce jour-là, un rendez-vous discret a lieu dans le très chic "Hôtel de Paris" à Monte-Carlo, un palace 5 étoiles entouré de palmiers avec une vue imprenable sur le bleu azur de la Méditerranée, où les clients fortunés partagent une coupe de champagne. Autour d’une table, un ressortissant Suisse, vendeur de biens immobiliers de grand standing. Face à lui, un couple avec qui il tente de faire affaire depuis plusieurs semaines déjà. Un homme en costume cravate et une femme en tailleur impeccable, qui lui ont juré être notaire et intermédiaire, capables de dénicher rapidement un acheteur pour l’appartement que la future victime souhaite vendre, pour la modique somme de 20 millions d’euros.

Une clé USB contenant 1,2 million d'euros en bitcoins

Le couple a le sens du business et réclame 1,2 million d’euros de commission. Le vendeur accepte le marché et leur assure être de bonne foi. Pas question bien sûr de venir avec une valise pleine à craquer de "cash", trop risqué. Pour prouver qu’il ne "chique" pas, il est venu avec une banale clef USB, un bout de plastique qui s’avère être un portefeuille numérique, un "wallet" dans le dictionnaire des possesseurs de monnaies virtuelles. À l’intérieur de cette clef minuscule, une petite fortune en bitcoins : les 1,2 million d’euros réclamés par le couple.

L’homme fait une confiance aveugle à ses deux interlocuteurs. Il leur remet brièvement dans une enveloppe la clef USB ainsi que, notés sur un bout de papier, les codes d’accès secrets au compte virtuel. Sans eux, impossible de débloquer la crypto-monnaie…. Le couple vérifie que tout est en règle, repose la clef USB dans l’enveloppe. Le tout est déposé dans la foulée dans un coffre-fort de la salle des coffres du palace. Une clef est remise à l’agent immobiliser suisse, l’autre au personnel de l’hôtel. 

À table, on sourit au plaisir de cette transaction réussie. Les 3 protagonistes se quittent, heureux d’avoir fait affaire ensemble. Un dernier rendez-vous est fixé pour signer définitivement la vente de l’appartement à un richissime client. 

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L'argent volé a disparu dans la nature

La joie de l’homme d’affaires suisse sera pourtant de courte durée. Dès le lendemain, il s’aperçoit que les 1,2 million d’euros en bitcoins stockés sur son "wallet" numérique ont été retirés et transférés sur un autre compte, sans son accord, sans qu’il ait effectué la moindre opération. L’homme ne perd pas une seconde et, pour en avoir le cœur net, récupère dans le coffre-fort sa clef USB. Ce qu’il croit l’être en tout cas…

Le vendeur comprend vite s’être fait complètement berner. Dans l’enveloppe qu’il ouvre, sa clef a disparu, remplacée par un modèle bidon et bon marché, sans le moindre centime dessus. La victime rejoue la scène des dizaines de fois dans sa tête, mais rien n’y fait : il n’y a vu que du feu et n’a rien repéré du tour de passe-passe opéré par le couple d’escrocs. 

Le gang sera identifié grâce à de longues et complexes investigations de l’ORCGDF. Les 5 aigrefins sont présentés depuis ce vendredi aux magistrats de Bobigny (Seine-Saint-Denis) en vue de leur probable mise en examen. L’argent volé, lui, n’a pas encore été retrouvé, sans doute bloqué sur des comptes "offshore" dans des paradis fiscaux.

L’enquête ne s’arrête pas pour autant à la principauté de Monaco. Alertés, les policiers néerlandais se sont vite manifestés : le même commando de rois présumés du "rip-deal" sont dans leur collimateur pour un autre vol, soit 600.000 euros de bijoux cette fois. Toujours sans la moindre violence commise, toujours avec une victime sidérée de sa propre naïveté…


Georges Brenier

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