Deux psychiatres ont examiné William Malet, l'auteur de l'attaque qui a tué trois Kurdes le 23 décembre 2022.
Selon leur expertise, il souffrait de troubles de la personnalité.
Lors des faits, son discernement a été "dans une certaine mesure (...) altéré", sans pour autant que celui-ci soit "aboli".
L'homme "a conçu l'idée raciste d'une tuerie de masse", écrivent pourtant les psychiatres.

Plus de deux mois après les faits, l'enquête progresse sur le profil du tueur de la rue d'Enghien (10e arrondissement de Paris). Une expertise psychiatrique a conclu que, "dans une certaine mesure", le discernement de William Malet était "altéré" lorsque ce sexagénaire a tué par balles trois Kurdes, le 23 décembre dernier à Paris. Si l'homme est atteint de troubles de la personnalité, il n'est pas pour autant touché par une maladie mentale, estiment des psychiatres qui l'ont examiné.

"Son examen psychiatrique ne met pas en évidence une maladie mentale évolutive ou constituée" mais "révèle des troubles de la personnalité dans un registre de paranoïa de caractère", selon les conclusions d'une expertise psychiatrique révélées jeudi par Le Parisien et consultées par l'AFP. "William Malet n'était pas atteint au moment des faits d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes", notent les deux médecins psychiatres qui l'ont examiné le 4 janvier. Pour autant, ils considèrent que ces troubles de la personnalité justifient "dans une certaine mesure, que l'on considère son discernement comme ayant été altéré".

"Haine raciste vengeresse"

Le 23 décembre, William Malet, conducteur de train retraité de 69 ans, avait ouvert le feu près du centre culturel kurde rue d'Enghien, faisant trois morts et trois blessés. Mis en examen pour assassinats et tentatives d'assassinats à caractère raciste, il a été écroué. En garde à vue, il a reconnu sa haine "pathologique" des étrangers. Il était sorti de prison le 12 décembre après un an de détention provisoire pour avoir blessé avec un sabre des migrants dans un campement parisien en décembre 2021. 

Au moment des faits rue d'Enghien, il était dans "une impasse situationnelle, un vécu d'échec existentiel, après une bascule lors du cambriolage de son pavillon" en 2016, note aussi l'expertise psychiatrique, remise aux juges d'instruction le 23 janvier. "Se sentant démuni, impuissant, désarmé, il a conçu l'idée raciste d'une tuerie de masse suivie d'un suicide comme solution restauratrice, vengeresse, révélatrice à la face du monde de sa propre souffrance, dans un massacre perpétré contre ceux qui, selon lui, l'ont menacé et qui, dans sa vision, menacent le monde", écrivent les psychiatres. William Malet avait été condamné à douze mois d'emprisonnement en juin 2022 pour violences avec armes pour avoir blessé ses cambrioleurs, une décision dont il a fait appel.

Lorsqu'ils l'ont rencontré à la maison d'arrêt de la Santé où il est incarcéré, à Paris, "William Malet ne présentait pas d'état dangereux" nécessitant une hospitalisation en milieu psychiatrique, estiment les psychiatres. Mais "sa dangerosité criminologique découle de sa détermination, de l'intensité de sa haine raciste vengeresse comme issue à son vécu de marasme existentiel", écrivent-ils.

"Il est responsable de ses actes"

Contacté, l'avocat de William Malet n'a pas donné suite. En revanche, ces conclusions ont d'ores et déjà fait réagir des représentants de la communauté kurde, qui craignent que la responsabilité du tueur soit atténuée. "On a essayé de nous dépeindre un individu déprimé qui n'avait pas toutes ses facultés" mais "il est responsable de ses actes" et il est pénalement responsable, a souligné Berivan Firat, porte-parole du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F), partie civile, lors d'une conférence de presse jeudi.

"Nous avons le sentiment qu'une seule piste est actuellement étudiée", celle "d'un loup solitaire qui commet une attaque isolée", a regretté Agit Polat, autre porte-parole du CDK-F. Dans l'expertise psychiatrique, "il dit qu'il n'aime pas les Kurdes et le PKK", le Parti des travailleurs du Kurdistan qui "commettrait des actions en Turquie", a-t-il poursuivi, y voyant "une motivation politique". Il a demandé à nouveau que le parquet antiterroriste se saisisse des investigations.

Me Christian Charrière-Bournazel, l'un des avocats du CDK-F, a aussi évoqué une hypothèse selon laquelle "il aurait pu être mandaté ou influencé de manière très décisive par des agents du gouvernement actuel turc qui n'a qu'une obsession, c'est de réduire les Kurdes".


M.L avec AFP

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