L'oligarque russe Alexeï Kouzmitchev, proche de Poutine, mis en examen en France pour des soupçons de blanchiment

par M.L (avec AFP)
Publié le 1 novembre 2023 à 23h35, mis à jour le 2 novembre 2023 à 1h52

Source : JT 20h Semaine

L'oligarque russe Alexeï Kouzmitchev, proche de Vladimir Poutine, a été interpellé lundi à Saint-Tropez.
Deux jours plus tard, il a été mis en examen ce mercredi à Paris, notamment pour blanchiment de fraude fiscale aggravée et présomption de blanchiment.
Le PNF a requis son placement en détention provisoire, mais il a finalement été placé sous contrôle judiciaire.

L'étau de la justice française se resserre autour d'un oligarque russe. Alexeï Kouzmitchev, proche de Vladimir Poutine, a été mis en examen mercredi à Paris notamment pour blanchiment de fraude fiscale aggravée et présomption de blanchiment. Il a été placé sous contrôle judiciaire et a dû s'acquitter d'un cautionnement de huit millions d'euros. L'homme d'affaires, visé par des sanctions depuis le début de la guerre en Ukraine, a été interpellé lundi à Saint-Tropez (Var) et placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête préliminaire du parquet national financier (PNF).   

Des perquisitions ont été réalisées lundi "en plusieurs lieux, notamment dans le Var et au domicile parisien d'Alexeï Kouzmitchev", a relaté lundi une source judiciaire. La perquisition de sa maison à Saint-Tropez a duré toute la journée. "Du numéraire et des bijoux ont été saisis", a-t-elle précisé. Le mis en cause a ensuite été transféré mardi à Nanterre, à l'Office anticorruption (Oclciff) chargé des investigations.

À l'issue de 48 heures de garde à vue, il a été présenté mercredi à des juges d'instruction financiers parisiens qui l'ont mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée, présomption de blanchiment et exécution en bande organisée d'un travail dissimulé". Le PNF a requis son placement en détention provisoire, mais le milliardaire "a finalement été placé sous contrôle judiciaire avec notamment" l'obligation "de verser un cautionnement d'un montant de 8 millions d'euros" et l'interdiction "de quitter le territoire national", a-t-il précisé. Son avocat n'a pas souhaité s'exprimer. 

Le Kremlin prêt à "protéger ses droits"

Alexeï Kouzmitchev, 61 ans, est présenté comme "un grand actionnaire du conglomérat d'Alfa Group, qui comprend la banque Alfa Bank, l'un des plus grands contribuables de Russie" par l'Union européenne qui l'a classé sur la liste des personnes ciblées par des sanctions le 15 mars 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. L'oligarque "est considéré comme l'une des personnes les plus influentes de Russie, aux liens bien établis avec le président russe : la fille aînée de Vladimir Poutine, Maria, a animé un projet caritatif, Alfa-Endo, qui était financé par Alfa Bank", a-t-elle souligné dans un document détaillant la liste des personnes sanctionnées.

Le Kremlin s'est dit mardi prêt à "protéger les droits" de l'homme d'affaires russe. "Nous devons être informés de la détention d'un citoyen de la Fédération de Russie par l'intermédiaire de notre mission diplomatique", a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Il a précisé ne "pas bien connaître" la situation de l'homme d'affaires.

Un hôtel particulier parisien acheté pour 28 millions d'euros

Les faits reprochés à Alexeï Kouzmitchev portent entre autres sur son patrimoine immobilier en France et des revenus non déclarés, selon une source proche du dossier. L'oligarque a acheté en 2012, pour 28 millions d'euros, un hôtel particulier de 1850 m² à Paris, l'ancien siège du producteur français de vins et spiritueux Pernod-Ricard. Il a vu deux de ses yachts, "La Petite Ourse" et "La petite Ourse II", gelés en mars 2022 dans le cadre des sanctions prises par l'UE après l'invasion de l'Ukraine. D'une longueur respective de 24 mètres et 16,5 mètres, ces deux navires, amarrés à Antibes et Cannes (Alpes-Maritimes) à l'époque, ont une valeur de 4 et 1,2 million d'euros, selon une source proche du dossier à l'époque.

L'homme d'affaires a obtenu en octobre et en décembre 2022 l'annulation des procédures des douanes, mais cette décision n'a pas eu d'impact sur la mesure de gel de ses navires. Selon une seconde source proche du dossier, il a engagé auprès de l'UE une procédure pour faire annuler son inscription sur la liste des sanctions. La décision est attendue le 15 novembre.

Il n'est pas le seul dans le viseur de la justice française, qui a lancé des investigations notamment pour blanchiment et fraude fiscale aggravée en lien avec le patrimoine immobilier acquis en France par plusieurs autres oligarques russes, dont certains également proches du président Poutine. Mais sur les trois dossiers qui sont au PNF, Alexeï Kouzmitchev est le premier mis en examen.


M.L (avec AFP)

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