Lafarge en Syrie : le parquet veut un procès contre le cimentier pour financement du terrorisme

par T.A. avec l'AFP
Publié le 9 février 2024 à 19h36

Source : JT 20h Semaine

Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a requis vendredi un procès au tribunal correctionnel pour Lafarge et neuf anciens dirigeants de l'entreprise.
Le cimentier est accusé d'avoir versé cinq millions d'euros en 2013 et 2014 à des groupes djihadistes pour maintenir l'activité d'un site en Syrie.
Un second procès pour complicité de crimes contre l'humanité pourrait aussi avoir lieu, cette fois aux assises.

Les ex-dirigeants de Lafarge vont-ils devoir s'expliquer devant la justice ? C'est en tout cas le souhait du Parquet national antiterroriste (Pnat), qui vient de requérir un procès devant le tribunal correctionnel pour le cimentier et neuf anciens responsables de l'entreprise. L'ex-PDG du groupe Bruno Lafont, l'ex-directeur général adjoint opérationnel Christian Herrault ou encore l'ex-directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, font partie des mis en cause par le Pnat dans ses 275 pages de réquisitions.

Dans le détail, deux infractions sont pour le moment retenues par le parquet en vue d'un possible procès : le financement d'entreprises terroristes et le non-respect de sanctions financières internationales. Lafarge est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), cinq millions d'euros à des groupes djihadistes, dont l'organisation État islamique (EI), ainsi qu'à des intermédiaires. L'objectif ? Maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans l'ouest de la Syrie, alors même que le pays s'enfonçait dans la guerre.

Un second procès devant les assises ?

Selon le ministère public, cette somme d'argent a été versée "dans l'intention de voir ces fonds utilisés ou en sachant qu'ils étaient destinés à être utilisés, en tout ou partie, en vue de commettre des actes de terrorisme, indépendamment de leur survenance, au profit des entités terroristes Ahrar al-Sham, Jabhat al-Nosra et État islamique". Selon lui, les dirigeants de Lafarge auraient donc eu conscience qu'ils versaient de l'argent à des groupes déjà "factuellement" reconnus comme terroristes. Les accusations du parquet contre l'ex-PDG Bruno Lafont vont encore plus loin. Le Pnat estime que l'homme d'affaires "a validé la stratégie suivie en maintenant l'activité de la cimenterie en connaissance des financements distribués aux groupes terroristes". 

Au-delà de ce volet purement financier, un second procès menace aussi Lafarge et son ancienne équipe. En effet, en juin dernier, les magistrats instructeurs de l'enquête avaient disjoint et clôturé la partie financement du terrorisme pour continuer l'enquête sur un autre volet, portant sur une possible complicité de crimes contre l'humanité de la société. Il y a quelques semaines, la Cour de cassation a définitivement validé cette rarissime mise en examen, rendant plausible d'une autre audience, cette fois devant les assises.

Dans le même temps, la plus haute juridiction judiciaire avait en revanche annulé les poursuites pour mise en danger des salariés de la cimenterie. En octobre 2022, aux États-Unis, Lafarge avait plaidé coupable lors d'un procès concernant ces faits de financement de groupes terroristes. Le cimentier avait accepté de payer une sanction financière de 778 millions de dollars (790 millions d'euros) pour mettre fin aux poursuites dans le pays.


T.A. avec l'AFP

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