Le magistrat François Molins, visage de l'antiterrorisme, tire sa révérence après 46 ans "au service" de la justice

Publié le 30 juin 2023 à 12h39, mis à jour le 30 juin 2023 à 13h17

Source : TF1 Info

Après une quarantaine d'années d'une carrière bien remplie, François Molins prend sa retraite vendredi.
Le magistrat s'est fait connaître du grand public lors de la vague d’attentats islamistes qui ont marqué la France entre 2012 et 2015.

L'impression du devoir accompli. "C’est avec émotion que je cesse aujourd’hui le métier de magistrat que j’ai exercé avec le même enthousiasme et la même passion pendant 46 ans", a écrit vendredi François Molins sur Twitter, mettant un point final à une longue carrière. Une réception sera donnée en son honneur dans la Grand’chambre de la Cour de cassation, où il exerçait depuis 2018 comme procureur général. De Carcassonne, où il a débuté comme substitut, à la plus haute juridiction judiciaire française, le procureur a passé plus de 40 ans dans les tribunaux de l'Hexagone. À Montbrison, Villefranche-sur-Saône, Bastia, Lyon, Angers, Bobigny et Paris, l'ancien élève de l'École nationale de la magistrature a toujours exercé au parquet, en dehors d'un bref passage au ministère de la Justice. 

Figure des procès des attentats de 2015

Ce parcours linéaire l'aura fait émerger comme l'une des grandes figures de la justice française. L’affaire Bygmalion relative au financement de la campagne de 2012 de Nicolas Sarkozy, l'accusation de fraude fiscale de Jérôme Cahuzac, ministre socialiste du Budget... Il a participé à plusieurs dossiers aussi politiques que médiatiques. Mais sa notoriété s'est construite plus tard, lors de la vague d’attentats islamistes, des tueries de Mohamed Merah au 13-Novembre. Ses conférences de presse sont à la fois didactiques, précises et complètes. Ses mots simples mais acérés. Le principal intéressé ne veut pourtant pas "résumer" à l'antiterrorisme, qui "représente douze ans maximum sur quarante-six ans et demi". Selon lui, les grands procès qui ont suivi les attentats constituent surtout la preuve que le système judiciaire peut bien fonctionner, à condition de lui en donner les moyens. 

On risque d'arroser du sable si on ne règle pas les problèmes structurels et systémiques de la justice
François Molins

Celui qui a été fait officier de la Légion d’honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite quitte sa fonction dans un contexte particulièrement difficile, à la croisée des chemins pour la justice. Des moyens conséquents ont été annoncés par le ministre Éric Dupond-Moretti mais le chantier est immense pour un secteur en pleine crise, comme l'illustre la tribune écrite deux ans plus tôt, dénonçant souffrance et perte de sens au travail et signée par les deux tiers de la profession. 

"C'est un effort budgétaire qu'on n'a jamais connu", salue François Molins. "Je ne suis pas sûr que cela suffira, j'espère me tromper", déplore-t-il toutefois, pessimiste. "On risque d'arroser du sable si on ne règle pas les problèmes structurels et systémiques" de la justice, continue-t-il. "Et puis l'inquiétude, c'est finalement la place de la justice dans la société", trop souvent "déconsidérée" alors qu'elle n'est "pas un service public comme un autre", se désole encore le magistrat. 

Quel successeur ?

S'ouvre désormais la délicate question de sa succession, d'autant plus épineuse que le prochain procureur général de la Cour de cassation sera chargé de porter l'accusation contre Éric Dupond-Moretti devant la Cour de justice de la République (CJR)  pour "prises illégales d’intérêts", à condition que le renvoi du ministre soit confirmé par la juridiction. 

Le fait que le gouvernement ait dû prendre un décret de déport pour que le garde des Sceaux ne soit pas en charge de cette nomination "est bien la preuve qu'il y a une difficulté", estime François Molins. "Le décret de déport n'a pas vraiment tout réglé" car "ce sera le président de la République et la Première ministre qui auront choisi celui qui aura pour charge de requérir contre un membre de leur gouvernement", souligne-t-il encore. Un paradoxe symptomatique de dysfonctionnements plus globaux. 


Maxence GEVIN

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