Le procès surréaliste de Sofiane Rasmouk, accusé ingérable qui assure sa propre défense

Le service METRONEWS
Publié le 26 mai 2016 à 18h36
Le procès surréaliste de Sofiane Rasmouk, accusé ingérable qui assure sa propre défense

COMPTE RENDU D’AUDIENCE - A son propre procès aux assises des Hauts-de-Seine, Sofiane Rasmouk, a révoqué ses avocats et assure désormais sa propre défense. Ce qui, en raison de son comportement éruptif, donne lieu à plusieurs scènes surréalistes.

Il a fini par se faire expulser du box. Ce jeudi 26 mai en fin de matinée, Sofiane Rasmouk a réussi à pousser à bout Edith Sudre, présidente de la cour d’assises des Hauts-de-Seine, à Nanterre. Elle l’avait pourtant prévenu, un peu plus tôt dans la journée, comme on peut le faire avec un enfant : "Aujourd’hui, vous êtes calme. Si vous vous énervez, je vous fais expulser, monsieur Rasmouk." Assis dans son box devant trois agents de police, l’accusé, poursuivi pour viols et tentatives de meurtre sur deux jeunes femmes, ne daigne pas répondre. Sa stature de molosse immobile, il reste là, le regard éteint, avec son tee-shirt noir, ses cheveux gominés et sa petite moustache de cow-boy.

A-t-il en tête la journée d’audience catastrophique de la veille ? Chacun, dans cette salle d’assises, s’en souviendra longtemps. Souhaitant récuser ses avocats, il a provoqué de multiples interruptions de séances, menaçant : "Vous verrez demain, vous aurez de mes nouvelles. Je veux maître Kaminski, s’il veut pas me défendre, je viendrai pas !" Ce jeudi, David-Olivier Kaminski n’est pas venu, Sofiane Rasmouk, si. Et le voilà, à présent, assurant sa propre défense – son premier avocat, maitre Francis Terquem, restant assis pour la forme devant lui, dans une indifférence glaciale.

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"Un macchabée, on le met au frigo !"

Et son rôle auto-attribué d’avocat, Rasmouk l’endosse avec passion. La parole est à la défense ? L’accusé se lève, bombe le torse, s’agrippe au micro érigé devant lui. Mais les questions ont du mal à venir, l'accusant leur préférant les remarques, les observations, les coups de gueule sans fin : "J’ai fait dix ans de prison, moi. Je connais très bien les institutions judiciaires, toutes les histoires d’ADN, tout ça, contrairement à messieurs dames les jury (sic)" D’une pochette jaune plastifiée, il sort une petite fiche et se met à déclamer la citation d’un précédent témoin, la déchire en quatre et dit : "Voilà, ça s’est fait."

Puis, face à l’expert médical qui s’est occupé d’une des deux victimes, l’accusé opte pour une stratégie. A n’importe quel prix, Rasmouk souhaite lui faire dire, devant la cour, qu’il n’a pas déplacé le corps de Priscillia, à l’agonie, dans le hall d’immeuble après son agression. "Monsieur l’expert, vous êtes déjà allé sur une scène de crime ? Répondez par oui ou par non, ne jouez pas sur les mots. Moi, je parle en connaissance de cause. Quand on a un macchabée, on le met au frigo. Quand la victime est entre la vie et la mort, on bouge le corps. Donc moi je pense que le Samu a saboté la scène de crime. J’ai fini, merci." A ces mots, il flanque une grande claque dans le micro, qui s’envole littéralement quelques mètres plus loin.

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"Va t'occuper de Salah!"

Parfois impassible, parfois parfaitement ingérable, Sofiane Rasmouk fait le show. Veut-il jouer des muscles avec les pontes des prétoires, réunis dans cette audience hors norme ? Face à lui, avec les parties civiles, se trouve notamment Franck Berton, le nouvel avocat français de Salah Abdeslam. A plusieurs reprises, Sofiane Rasmouk l’interpelle : "Hé Berton, va t’occuper de Salah ! Va t’occuper de ton client ! T’as pas honte ? Il a fait quoi ton client ? Toi, tu défends Marrakech et maintenant Abdeslam, t’as pas honte ?"

Dans un échange surréaliste, l’avocat lui répond et répète en boucle, excédé : "Mais taisez-vous, taisez-vous ! Vous ne me connaissez pas, vous ne me tutoyez pas. Taisez-vous!" Les plaidoiries sont prévues pour le lundi 30 mai. L’accusé prendra-t-il la parole pour lui-même ? Le duel risque d’être bien déséquilibré. Sofiane Rasmouk encourt la perpétuité. Il a déjà prévu, comme il dit "d’aller en appel".

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