Loi Travail : l’étudiant rennais qui a perdu un œil témoigne

Le service METRONEWS
Publié le 13 mai 2016 à 10h31
Loi Travail : l’étudiant rennais qui a perdu un œil témoigne
L'essentiel

VÉRITÉ – Le jeune homme de 20 ans, grièvement blessé par un projectile en marge d’une manifestation le 28 avril dernier contre la loi El Khomri, apporte un témoignage détaillé au Monde. Metronews passe en revue ces confessions.

Il s’appelle Jean-François Martin et s’estime non-violent, ni nourri de haine anti-flic. Et pourtant, ce jeune étudiant en géographie de l’université de Rennes 2 a perdu son œil gauche depuis la manifestation du 28 avril dernier contre le projet de loi Travail, après avoir reçu un projectile. Alors que le jeune homme de 20 ans vient de porter plainte contre X pour "violences aggravées", il a décidé de se confier au Monde pour apporter son témoignage  : "autant que ça serve à quelque chose".

Militant pas forcément chevronné, il s’est intéressé progressivement à la loi El Khomri notamment en participant à "cinq ou six manifestations". Son traumatisme du 28 avril n’était malheureusement pas le premier. Lors d’une précédente manifestation le 9 avril, il avait déjà été blessé une première fois. "J’étais derrière le front des manifestants, je me suis mis à courir. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. J’ai reçu une balle de Flash-ball dans le mollet droit", confie-t-il au quotidien du soir. "Refroidi" par ce qui lui est arrivé, Jean-François décroche un peu du mouvement.

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"J’ai eu peur"

Ce n’est que le 28 avril, journée de mobilisation nationale, qu’il reprend la route du cortège. Son premier souvenir avant d’entamer l’itinéraire : celui de ne pas avoir été serein, comme une prémonition. La scène se déroule lorsque le cortège entame le deuxième tour de son trajet. C’est en tentant de progresser dans la rue Jean-Jaurès, à Rennes, que les manifestants se sont retrouvés bloqués par les forces de l’ordre.

Se sentant rapidement piégé, Jean-François s’éloigne : "J’ai eu peur. Je ne voulais pas qu’il m’arrive une bricole". Mais une charge va malheureusement scinder le cortège. L’étudiant de Rennes se souvient des manifestants qui "commençaient à se marcher dessus". "On criait aux gens de pas courir, de laisser passer tout le monde. Il y a eu une deuxième charge et on a crié "faites gaffe, ne restez pas sur le pont ", confie Jean-François au Monde.

"Rien ne justifie une telle attaque"

Une ou deux minutes après, le jeune homme prenait un projectile. Rapidement secouru  par les manifestants secouristes formés aux premiers soins, il sera amené par les pompiers à l’hôpital où il subira une intervention chirurgicale. Un protocole médical a depuis été établi sur dix-huit mois et prévoit l’installation d’une prothèse. Le même jour, le préfet de Bretagne, chargé de faire la lumière sur cet accident, a reçu ses parents qui refusent néanmoins de tirer des conclusions. "On connaît bien Jean-François, ce n’est pas un casseur. Rien ne justifie une telle attaque", a également témoigné son père, Bruno Martin au quotidien.  

"Les gens n’étaient pas menaçants, nous n’avions pas une position d’agresseurs", ajoute Jean-François. Malgré les témoignages allant dans ce sens, l'enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) n’a pas établi à ce stade que c’est la munition d’un flash-ball qui a blessé l’étudiant. Le parquet a saisi un médecin légiste spécialisé en balistique pour le déterminer. La préfecture a par ailleurs reconnu l'usage par les forces de l'ordre, de lanceurs de balles de défense 40 (LBD40) ce jour-là.

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