Malaise des policiers : on vous explique la polémique

Publié le 24 juillet 2023 à 23h51, mis à jour le 27 juillet 2023 à 20h08

Source : JT 20h Semaine

La classe politique vit, ces dernières heures, au rythme de la polémique autour de l'incarcération d'un policier à Marseille.
Ce dernier a été mis en examen et placé en détention provisoire dans le cadre d'une enquête autour de violences survenues début juillet.
Il a reçu le soutien du directeur général de la police nationale, soutien qui a mis le feu aux poudres.

Un policier de la brigade anticriminalité (BAC) de Marseille est incarcéré depuis la semaine dernière, dans le cadre d'une enquête sur des violences policières commises en marge des violences urbaines début juillet. Il est soupçonné d'avoir roué de coups un homme de 21 ans. Depuis, de multiples réactions, dont celle du directeur général de la police nationale, ont suscité une vive polémique. TF1info rembobine le fil des événements pour tout comprendre.

18 juillet : quatre policiers en garde à vue

Tout remonte à la nuit du 1er au 2 juillet. De nombreuses villes de France sont en proie à des heurts et à des destructions à la suite de la mort de Nahel, jeune adolescent tué en marge d'un contrôle routier dans les Hauts-de-Seine, qui obligent le gouvernement à mobiliser pendant plusieurs nuits jusqu'à 45.000 membres des forces de sécurité intérieure pour tenter de ramener le calme. Le cœur de la cité phocéenne et ses rues commerçantes n'est pas épargné.

Cette nuit-là, Hedi, un jeune homme de 21 ans, affirme auprès de La Provence avoir été roué de coups dans le centre de Marseille par un groupe de quatre à cinq personnes qu'il avait identifiées comme des policiers de la BAC, et ce, après avoir reçu un tir de LBD dans la tempe. L'IGPN - la police des polices - est alors saisie. En parallèle, une enquête judiciaire est ouverte le 5 juillet, et le mardi 18 juillet, quatre policiers, deux membres de la BAC sud et deux de la BAC centre, sont placés en garde à vue.

21 juillet : les policiers mis en examen, colère contre une détention provisoire

L'enquête suit son cours. Trois jours plus tard, le vendredi 21 juillet, les quatre policiers sont mis en examen pour "violences en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours". L'un d'eux est placé en détention provisoire, ce qui suscite immédiatement la colère des effectifs des brigades anticriminalité.

Le syndicat de gardiens de la paix Unité SGP Police appelle tous les policiers de France à se mettre en "code 562" dans les commissariats, c'est-à-dire de ne remplir que les "missions essentielles". Les policiers qui ne peuvent pas "esquiver les missions imposées", notamment dans les services d'enquête, sont invités à se mettre en arrêt maladie. Le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, se rend alors à Marseille. L'objectif ? "Parler et écouter" les policiers, selon une source proche du dossier à l'AFP.

23 juillet : Frédéric Veaux monte au créneau...

Deux jours plus tard, Frédéric Veaux accorde une interview à nos confrères du Parisien. Le DGPN appelle clairement à la libération du policier placé en détention provisoire. "Le savoir en prison m'empêche de dormir", assure-t-il. "De façon générale, je considère qu'avant un éventuel procès, un policier n'a pas sa place en prison, même s'il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail."

"La justice ne cède jamais à la pression médiatique ou de la rue, elle traite les dossiers", poursuit-il encore. "L'émotion et la colère passées, il faut se donner les moyens techniques et judiciaires pour que ce fonctionnaire de police retrouve la liberté."

...et déclenche une passe d'armes politique

Des propos "partagés" par le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, sur Twitter. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, ne réagit pas. Mais son entourage affirme qu'il conserve "une grande confiance" envers le DGPN. Au sein de la majorité, les réactions divergent. "Non, messieurs les patrons de la Police Nationale, on ne met pas ainsi la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en garde à vue", a fustigé le député Renaissance, Éric Bothorel. Son collègue Robin Reda, lui, "assume préférer que seuls les gens dangereux soient placés en détention provisoire, nos policiers ne représentent pas une menace".

La gauche, elle, bondit de sa chaise. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, demande une réunion du Parlement "en urgence", et dénonce des propos "gravissimes". "Toute la hiérarchie policière se place au-dessus de la justice et des règles de la détention provisoire", déplore-t-il. "Alors ? Darmanin, Macron et 'l'arc républicain' refusent d'appeler la police au calme et au respect de la loi ? Donc, ils les encouragent à 'faire la guerre' aux 'nuisibles' ? Écœurant. L'État ridiculisé", tweete le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

24 juillet : Emmanuel Macron réagit...

Interrogé au 13H de TF1 ce lundi depuis la Nouvelle-Calédonie, le président de la République Emmanuel Macron a refusé de commenter directement les propos de Frédéric Veaux. Mais le chef de l'État a toutefois affirmé comprendre "l'émotion" des policiers après les violences urbaines, tout en affirmant que "nul en République n'est au-dessus de la loi".

La "légitimité" des policiers "tient du fait qu'ils protègent le cadre républicain et qu'ils font respecter les lois démocratiquement votées", a-t-il rappelé. "Bien évidemment, eux-mêmes s'inscrivent dans le cadre de la loi et de l'état de droit." Les mises en examen et la détention provisoire sont "une décision qui a été prise par un magistrat et donc je ne me prononcerai pas sur celle-ci", a poursuivi le Président, rappelant qu'il est "le garant des institutions et aussi de l'indépendance de l'autorité judiciaire".

...le secteur judiciaire aussi

Le Conseil supérieur de la magistrature, garant de l'indépendance de la justice, a également tenu à faire une "mise au point". Il a rappelé que la justice est "seule légitime pour décider du placement ou non en détention provisoire des personnes qui lui sont présentées". Même ton du côté du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, pour qui "la justice doit poursuivre son travail dans la sérénité et en toute indépendance". "C'est une condition indispensable au respect de l'État de droit, qui est le fondement de notre démocratie", écrit-il sur Twitter.


Idèr NABILI

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