Manque de nourriture et violences… Inquiétude pour 9 marins bloqués au large de l'île de Groix depuis vendredi

par A.B.
Publié le 4 décembre 2023 à 20h05

Source : Sujet TF1 Info

Un navire battant pavillon tanzanien est coincé, depuis vendredi, au large de l'île de Groix, dans le Morbihan.
Certains marins ont alerté les syndicats sur leurs conditions de travail sur ce bateau qui devait rejoindre Chypre.
Ils manqueraient de nourriture, alors que les conditions météo rendent difficile le ravitaillement du Blue Sky III.

L'inquiétude grandit autour du sort de neuf marins bloqués depuis vendredi 1er décembre au large de l'île de Groix, dans le Morbihan. Il y a quatre jours, leur navire, le Blue Sky III, a été victime d'une avarie moteur et se trouve, depuis, dans l'impossibilité de reprendre sa route qui devait le voir relier Rotterdam à Chypre. À bord, selon le Télégramme et le Figaro, les tensions entre les marins, de sept nationalités différentes, seraient à leur comble. En cause : le manque de nourriture et les conditions de travail dont certains disent souffrir. 

Auprès du Télégramme, la Préfecture maritime de l'Atlantique a assuré suivre "la situation du Blue Sky III de près" estimant qu'en l'état "il n'y a pas de caractère d'urgence ni d'élément alarmant". Un constat que ne partagent pas les syndicats qui pointent, de leur côté, que la météo a rendu toute livraison de nourriture impossible jusqu'à présent et que certains marins ont fait état de violences. Les autorités "considèrent que le problème n'est pas grave, que la situation n'est pas alarmante, alors qu'on a quand même des marins qui se plaignent, qui ont peur pour leur vie en restant à bord", dénonce le syndicat international des marins (ITF) auprès de France Bleu

Des pavillons "pourris"

L'organisme affirme avoir été contacté par trois marins géorgiens présents sur le navire de 50 mètres de long, demandant à être débarqués. Une initiative prise sans consultation avec leurs collègues de nationalité syrienne, chypriote, roumaine, grecque, birmane et finlandaise. Ce qui aurait donné lieu à des tensions. "Ils se sont fait frapper, insulter et là, ils sont confinés dans leur cabine parce qu'ils n'osent pas sortir", détaille Laure Talloneau, inspectrice à l'ITF. Alors qu'elle est en contact téléphonique avec les trois marins géorgiens, elle assure auprès de France Bleu qu'ils n'ont touché "aucun salaire" depuis "le début de leur contrat". Par ailleurs, ils seraient payés "en dessous des minimas internationaux".

Il faut dire que le Blue Sky III bat pavillon tanzanien, soit "l'un des pires pavillons au monde" en matière de respect du droit international. "Il est très rare de voir des bateaux avec le pavillon de la Tanzanie en Europe tellement ils sont pourris", dénonce l'inspectrice auprès du HuffPost. Les marins seraient confrontés au manque de nourriture, à un matériel de sécurité défaillant et à des lavabos insalubres. L'ITF assure détenir des vidéos prouvant ces déclarations. Auprès de France Bleu, le syndicat dénonce également la présence d'amiante et "de l'huile qui ressort des canalisations et qui va dans les lavabos".

Des faits que conteste toutefois l'armateur, qui assure que le navire devait fait l'objet de "réparations" une fois arrivé à Chypre. Il affirme aussi que des pièces de rechange pour permettre au navire de repartir vont être livrées rapidement. Les syndicats, eux, réclament une inspection du bateau, tant pour son équipement que pour les conditions de travail de l'équipage, avant de lui permettre de reprendre sa route, fustigeant qu'une telle "épave" ait été autorisée à prendre la mer.

Une histoire déjà chargée

Une demande appuyée par l'histoire chargée de ce brise-glace construit en 1966. S'il vient d'être racheté, début 2023, le précédent équipage avait déjà dénoncé des salaires non versés et bien en dessous des standards internationaux, alors que le navire était la propriété de l'entreprise grecque Green Fleet Navigation et qu'il battait pavillon du Panama. "Depuis qu’il a été racheté par un armateur turco-chypriote, cet été, il est passé sous celui de la Tanzanie, l’un des pires qui soient. Là-bas, les autorités acceptent d’enregistrer n’importe quoi, c’est du pavillon de complaisance à fond", fustige auprès du Télégramme Laure Tallonneau.

Les "pavillons de complaisance" permettent en effet aux armateurs, en échange d'une certaine somme, d'enregistrer leurs bateaux sous le pavillon d'un autre pays que celui de propriété réelle du navire et ainsi de se soustraire aux règles internationales en matière de droit du travail. Selon les derniers éléments communiqués par l'armateur, les pièces de rechange devraient arriver mardi si les conditions météorologiques le permettent et les trois marins géorgiens devraient être débarqués et payés. 


A.B.

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