Samedi, plusieurs manifestants ont été blessés au cours du rassemblement organisé à Sainte-Soline (Deux-Sèvres).
La Ligue des droits de l'homme accuse les forces de l'ordre d'avoir entravé l'intervention des secours.
Le Samu conteste, tout comme la préfète du département et la gendarmerie.

"On n'enverra pas d'hélico ou de moyen SMUR sur place car nous avons ordre de ne pas en envoyer par les forces de l'ordre". Voici la réponse donnée samedi dernier par un opérateur du Samu à un médecin au cours d'une conversation enregistrée, retranscrite mardi par Le Monde et que TF1-LCI a pu écouter. Ce médecin venait alors d'être informé par la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) du cas d'une personne en urgence absolue sur le site de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) où avait lieu une manifestation contre les méga-bassines. L'événement sur site avait vite dégénéré et plusieurs personnes, dont des gendarmes, ont été blessés à cette occasion. 

Dans son appel samedi, le médecin informe le Samu qu'au moment où il parle, des représentants de la LDH sur site lui ont assuré que la situation était calme depuis maintenant 30 minutes, et que les secouristes pouvaient donc intervenir pour venir en aide à ce blessé grave. "Je suis d'accord avec vous, mais c'est à l'appréciation des forces de l'ordre et que nous sommes sous un commandement qui n'est pas nous", répète l'opérateur au bout du fil. "Pour l'instant, on a ordre de rassembler les victimes au niveau de l'église de Sainte-Soline, ce qui est en train d'être fait avec les pompiers qui se déplacent sur site pour les ramener" ajoute-t-il. Le médecin en lien avec la LDH l'informe que des médecins militaires sont sur le site de Sainte-Soline. "Les médecins militaires, ils sont là pour les forces de l'ordre", lui rétorque alors l'opérateur. 

Deux manifestants trentenaires sont entre la vie et la mort depuis samedi et la LDH accusé les forces de l'ordre d'avoir entravé l'intervention des secouristes. La famille d'un des deux manifestants a porté plainte contre X pour "tentative de meurtre" et "entrave volontaire à l'arrivée des secours".  

Le Samu s'est défendu

Le Samu a-t-il alors été empêché d'intervenir ? Dès lundi, il s'est défendu sur Twitter. "Nous n'avons pas été obstrués dans l'exercice de notre fonction, mais bien assurés les soins dans des circonstances particulièrement dangereuses pour nos équipes...", a-t-il écrit. 

"La justice fera son travail et nous nous mettrons à leur disposition pour leur donner l'ensemble des informations nécessaires comme nous le faisons dans chaque enquête. Sachez quand même qu'envoyer une ambulance en zone d'affrontements (appelée zone d'exclusion) avec de l'oxygène n'est pas recommandé avec le risque d'explosion  : o2+gaz (combustible) + source de chaleur (engins explosifs)  ne font pas bon ménage ! Au vu de la situation, nous avons pris le risque de l'envoyer sous protection pour prendre en charge les victimes", ajoutait le Service d'aide médicale urgente sur le réseau social. 

La préfète réagit aux accusations

La préfecture des Deux-Sèvres a, elle aussi, réagi mardi soir dans un communiqué suite à l'article du quotidien du soir : "A titre liminaire, si la transcription de l’article laisse sous-entendre que les médecins militaires ne sont pas intervenus au profit des participants au rassemblement, force est de constater que cette affirmation est fausse".

La préfecture indique qu'"un médecin de la gendarmerie, qui a notamment porté secours à un participant blessé en urgence absolue, au milieu d’un groupe d’opposants agressifs". Il a été la cible de projectiles à son départ alors qu’il a prodigué les premiers secours et attendu l’arrivée du SAMU à ses côtés" déplore-t-elle, comme l'avait fait mardi sur LCI le commandant Samuel Dubuis, de la région de la gendarmerie de Nouvelle-Aquitaine

Elle rappelle par ailleurs que "le principe fondamental d’intervention des secours dans un contexte hostile est de garantir au premier chef la sécurité des personnels des sapeurs-pompiers ou du SAMU" et que "pour ce faire, il appartient aux forces de l’ordre, informées en temps réel de la situation, de définir si l’arrivée d’un véhicule de secours à un certain point est possible ou non de façon sûre pour lui". 

"Il n’est donc pas surprenant que, si ces conditions de sécurité n’étaient pas réunies, les forces de l’ordre aient pu, pour certaines géolocalisations et dans certaines périodes de temps, indiquer qu’un envoi d’ambulance n’était pas possible dans l’immédiat. Ce n’est donc que pour éviter que le SAMU ou les pompiers ne soient pris à partie ou victimes collatérales des affrontements violents que cette consigne a pu être passée, dans un contexte où les groupes violents se déplaçaient très rapidement", souligne-t-elle. 

L'IGGN chargée des investigations

Mardi, le parquet de Niort s'est dessaisi de deux procédures en cours au profit du parquet de Rennes spécialisé dans les affaires militaire, ce "dès lors que l'action des gendarmes mobiles pourrait être mise en cause", indiquait ce mercredi matin à TF1info le procureur de la République de Rennes Philippe Astruc.

"Les investigations ont été confiées à l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale sous les qualifications de violences avec ITT supérieure à huit jours par personne dépositaire de l'autorité publique et non-assistance à personne en péril (pour l'un des manifestants dans le coma", ajoutait-il. 

Des investigations, auditions, exploitations de documents audio et vidéos sont en cours. 


A.S

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