"Sa vie, c'était sa chambre et les livres" : la mère de Socayna, tuée par une balle perdue à Marseille, témoigne

par Sarah BOUMGHAR
Publié le 13 septembre 2023 à 18h29, mis à jour le 14 septembre 2023 à 10h15

Source : TF1 Info

Socayna, jeune femme de 24 ans, est décédée mardi après avoir reçu une balle perdue alors qu'elle se trouvait dans sa chambre dans le 10e arrondissement de Marseille.
Une salve de tirs d'arme de guerre a touché son immeuble proche d'un point de deal.
Sa mère, Leyla, témoigne et fait part de sa colère et de son incompréhension face aux caméras du 20H de TF1.

Son nom s'est, fortuitement, ajouté à ceux tombés à cause du trafic de drogue à Marseille. Socayna, 24 ans, n'entretenait aucun lien avec ce monde. Dimanche, l'étudiante en droit a reçu une balle perdue à la tête alors qu'elle se trouvait dans sa chambre, au sein de l'appartement familial, dans un immeuble de la cité Saint-Thys, dans le 10e arrondissement. Victime collatérale de la guerre que se livrent les dealeurs et leurs petites mains à ciel ouvert dans les rues de la cité phocéenne, elle est morte mardi à l'hôpital.

"Tout le monde à peur dans les cités"

Leyla, sa mère, témoigne de sa douleur et de son incompréhension dans la vidéo du 20H de TF1 en tête de cet article. Dévastée, cette femme de 59 ans, qui accompagne des enfants en situation de handicap, raconte l'horreur de la découverte du corps de sa fille dimanche soir. J’ai vu ma fille pleine de sang… Le sang coulait de partout. Elle a reçu une balle ici dans sa joue. Je ne sais pas, je n’ai rien compris...", témoigne-t-elle, en larmes, avant de décrire une fille discrète et studieuse : "Sa vie, c'est sa chambre et les livres". 

Comment surmonter la colère après un tel drame ? "Il faut du courage parce que j’ai une autre fille, mais je ne sais pas si j’arriverai à avoir ce courage ou pas", dit Leyla. Traumatisée, elle aimerait quitter ce quartier dans lequel elle vit depuis 14 ans. "On aimerait bien habiter dans des résidences, mais on n’a pas les moyens. (...) Même chez soi, on n’est pas en sécurité. On a peur, tout le monde a peur dans les cités. Elles sont devenues des marchés de drogue. (…) [Les tireurs] ne sont pas des gens qui habitent le quartier. Ils viennent d’où ? Qu’est-ce qu’il se passe à Marseille ?", lance-t-elle.

Dimanche soir, deux salves de tirs de kalachnikov ont touché le quartier où Socayna vivait, connu pour abriter un point de deal. Dans un premier temps dirigées au niveau de la pharmacie de de son groupe d'immeuble, les balles, tirées en l'air, à l'aveugle, ont ensuite atteint trois appartements, dont celui où elle se trouvait. Une munition d'arme de guerre a "traversé un contre-plaqué de bois situé en bas de la fenêtre baie vitrée", selon la procureure Dominique Laurens, et a atteint la jeune femme en plein visage.  Vingt-trois douilles de kalachnikov ont été retrouvées sur place. 

Depuis le début de l'année, 43 personnes sont mortes à Marseille, tuées par balles, sur fond de trafic de stupéfiants. Ces violences ont déjà fait deux victimes collatérales : le 10 mai, une femme de 43 ans tuée par balles cité Saint-Joseph, dans le 14e arrondissement, et le 24 avril, un homme de 63 ans, atteint à un snack situé à côté d'un point de deal de la cité de la Busserine, également dans le 14e arrondissement, alors qu'il jouait aux cartes.


Sarah BOUMGHAR

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