Un ex-rugbyman du Top 14 assassiné à Paris

Mis en examen pour le meurtre d'un rugbyman, Loïk Le Priol jugé pour le lynchage d'un ancien du GUD

Aurélie Sarrot
Publié le 31 mai 2022 à 19h01, mis à jour le 2 juin 2022 à 14h51
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

L'ancien commando marine, principal suspect dans le meurtre en mars de l'ex-international de rugby argentin Federico Martin Aramburu, comparaît mercredi avec quatre autres personnes devant la 14e chambre correctionnelle de Paris.
Âgés de 25 à 32 ans, les prévenus sont poursuivis pour "violences aggravées en réunion, avec menace d'une arme et préméditation".

Il dort en prison depuis le 1er avril dernier. Ce mercredi, Loïk Le Priol, 27 ans, sera extrait de sa cellule direction le tribunal judiciaire de Paris. Le militant nationaliste, mis en examen pour l'assassinat du rugbyman Martin Aramburu le 19 mars dernier à Paris, doit comparaître devant la 14e chambre correctionnelle avec quatre autres prévenus. 

Les cinq hommes sont poursuivis pour "violences aggravées en réunion, avec menace d'une arme et préméditation" dans une affaire plus que sordide. Les faits avaient été commis en 2015 à l'encontre d'Edouard K., ancien président du groupuscule d'extrême droite GUD. 

Frappé et contraint à se dénuder

Le 9 octobre 2015 à 6h50, Edouard K. s'était présenté au commissariat du 5e arrondissement pour porter plainte. Aux fonctionnaires de police, ce dernier déclaré avoir été lynché dans la nuit par Loïk Le Priol et plusieurs comparses : Logan D., Romain Bouvier (lui aussi mis en examen pour l'assassinat de Martin Aramburu) et Kléber V. tous membres du Groupe Union Défense (GUD) devenu "Union des forces de la jeunesse". 

Ce dernier expliquait avoir été jusqu'en 2012 responsable et porte-parole de l'Union des Forces de la jeunesse. Selon lui, son successeur Logan D. lui reprochait le traitement de certaines affaires et cherchait à lui nuire. Il se serait incrusté à sa soirée dans la nuit du 8 au 9 et l'aurait tabassé avec Loïk Le Priol et les autres. La victime indiquait aux enquêteurs que Loïk Le Priol l'avait frappée au visage, obligé à se déshabiller intégralement puis roué de coups de poing et de coup de pieds avec l'aide de trois de ses camarades. 

La scène a été filmée

Loïk Le Priol avait filmé la scène. En mars 2016, Mediapart avait publié une partie des vidéos et publié des photos de la victime. Celle-ci se prend des claques, des coups. On entend plusieurs voix d'hommes, dont celle de Loïk Le Priol, lui dire entre autres : "Lève-toi", "T'as parlé faut assumer", "T'as trop parlé",  "Tu vas payer pour ce que tu as dit", "T'es qu'une merde", "Le peu de Français que t'avais en toi, tu l'as même pas porté tes couilles", "C'est toi le patron du GUD ? T'es qu'une merde", "T'as une dernière chance de te lever sinon on te fout à poil". Les menaces sont mises à exécution. 

La victime est frappée, mise à nue, contrainte de s'agenouiller, puis de s'allonger. Les menaces fusent. Mediapart rapporte d'autres propos de Loïk Le Priol, "Tu sais que j'en ai buté plus d'un des mecs là-bas" en référence à ses missions en tant que militaire. "Le coupe-gorge, ça va très vite tu le sais […] Lâche mon couteau sinon je te plie la main." Loïk Le Priol a alors le couteau sur la gorge de la victime, qui le supplie d'arrêter.

Puis, avant que ses agresseurs ne partent, la victime, nue, est contrainte de se lever et de danser nue sur l'air de la Macarena. Là encore, la scène est filmée. Loïk Le Priol menace la victime de "balancer"les images sur YouTube si elle parle. 

Loïk Le Priol et ses comparses ont été interpellés. Lui et l'un de ses complices présumés ont été mis en examen pour "violences aggravées" et placés en détention provisoire. Après dix jours en prison, Loïk Le Priol a été libéré sous caution.  

Connus pour des violences

Trois des prévenus ont déjà été condamnés pour des violences. Les antécédents de Loïk Le Priol sont les plus lourds : quatre condamnations, dont deux peines d'un an et quatre mois de prison avec sursis prononcées en 2017, pour des faits de 2015.

Surtout, l'envers de son parcours de militaire d'élite est souligné par l'accusation : engagé dans les forces spéciales au Mali et à Djibouti entre 2013 et 2015, il a signé un protocole d'accord à Djibouti pour échapper à des poursuites, accusé par une prostituée de l'avoir "étranglée et frappée".

Rapatrié en France en juillet 2015 pour stress post-traumatique, il sera radié de l'armée pour son comportement violent.

La victime ne sera pas au procès

Partie civile, Edouard K., qui s'était vu prescrire 12 jours d'ITT, ne sera pas présent à l'audience, a indiqué à l'AFP son avocat, Léon-Lef Forster. Il lui a été reconnu douze jours d'incapacité totale de travail pour ses blessures physiques et trente jours pour le "retentissement psychologique". "Il n'est pas dans une démarche de vengeance. Il attend du procès que les personnes qui l'ont agressé se rendent compte du traumatisme qu'il a subi, de l'humiliation qu'il a vécue", a-t-il expliqué.

Il "veut complètement tourner la page", "y compris des engagements politiques" qui ont été les siens, a ajouté Me Forster.

Prison ferme requise

Mercredi à l'audience, retenant la préméditation, la procureure a souligné l'"asymétrie totale" de l'agression à cinq contre un et estimé que le fait de l'avoir filmée constituait "un outil à part entière de la violence subie" par Edouard K.

Elle a requis cinq ans de prison ferme à l'encontre de Romain Bouvier et de Logan Djian, et quatre ans ferme contre Loïk Le Priol, prenant en compte l'"altération du discernement" lors des faits retenue par l'expertise psychiatrique.

Concernant les deux autres prévenus, Kleber V. et Geoffrey L., moins actifs dans la commission des faits et qui ont eu "un parcours judiciaire et une évolution favorable" depuis, elle a requis cinq ans d'emprisonnement dont deux ans ferme, avec possibilité d'aménagement de peine.

Le tribunal rendra sa décision le 29 juin.


Aurélie Sarrot

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