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Nahel tué à Nanterre : ces éléments du drame qui se précisent

Publié le 29 juin 2023 à 18h40, mis à jour le 30 juin 2023 à 14h42

Source : JT 13h Semaine

Nahel, 17 ans, a été tué par un agent de police le 27 juin, à Nanterre, après avoir refusé d’obtempérer au volant d’une voiture.
Entre les premières déclarations des policiers et la diffusion de vidéos, des zones d’ombre persistent sur les conditions dans lesquelles l’adolescent a été tué.

L’émotion et la colère ne faiblissent pas après la mort d’un adolescent de 17 ans, prénommé Nahel, dans la ville de Nanterre le 27 juin. La diffusion de la scène sur les réseaux sociaux a participé à donner de l’écho au drame, provoquant des réactions de toute la classe politique et remettant en question la version initialement connue. Le procureur de Nanterre Pascal Prache, quarante-huit heures après les faits, a tenu un point-presse au cours duquel il a pu détailler plusieurs éléments. 

Ce que l’on sait

Nahel a été tué par un policier mardi 27 juin vers 8h30 alors qu’il circulait au volant d’une Mercedes immatriculée en Pologne avec deux amis. Refusant de se soumettre à un contrôle routier, l’adolescent a été poursuivi par deux agents de police en moto puis finalement appréhendé, toujours à bord du véhicule. Visé au thorax par un tir à bout portant d’un des policiers, Nahel est décédé des suites de ses blessures quelques minutes plus tard.

Deux jours plus tard, le parquet de Nanterre a décidé de la détention provisoire du policier de 38 ans, auteur du tir mortel. Le ministre de l'Intérieur a indiqué dans la foulée sa suspension administrative. Le fonctionnaire est, depuis ce jeudi soir, mis en examen pour "homicide volontaire" et placé en détention provisoire. 

Ce qu’il se passe avant le début du contrôle

Les images, diffusées sur les réseaux sociaux, débutent à partir du contrôle du véhicule par les policiers, jusqu'au massage cardiaque opéré par les pompiers sur la victime. Les circonstances dans lesquelles ces derniers ont procédé au contrôle routier commencent à se préciser. En conférence de presse, le procureur de Nanterre a détaillé le déroulé des événements, de 7h55 à 9h15 lorsque Nahel est déclaré mort, après avoir entendu les deux policiers "à plusieurs reprises" et exploité des vidéos de surveillance et des vidéos amateurs diffusées sur les réseaux sociaux. 

La Mercedes est donc repérée par les deux policiers sur le boulevard Jacques Germain Soufflot à Nanterre à 7h55, sur une voie de bus. La berline roule à "vive allure", et "le jeune âge apparent des passagers et du conducteur" intrigue les deux fonctionnaires, selon le récit du procureur de Nanterre, Pascal Prache. Ceuxi-ci tentent alors de contrôler le véhicule. Refusant de se soumettre à un contrôle routier, l’adolescent redémarre, grille le feu, selon le magistrat, avant d'être coincé dans les bouchons et rattrapé. Ce sont plusieurs vidéos, une en particulier, qui ont permis de comprendre la chronologie du drame, à retrouver dans notre article

La version du troisième passager, qui s'est enfui du véhicule et que les enquêteurs n'ont pas encore entendu, pourrait venir compléter le puzzle.

Mort de Nahel à Nanterre : la conférence de presse du procureurSource : TF1 Info

Ce que dit le policier dans la vidéo

Pour déterminer les responsabilités dans la mort de Nahel, les enquêteurs peuvent donc s’appuyer sur de l’image, mais aussi du son. Dans la vidéo du tir, authentifiée par l’AFP, on distingue une voix masculine dire "tu vas te prendre une balle dans la tête", sans que l'on puisse attribuer cette phrase à quelqu'un en particulier. Vient ensuite deux interprétations différentes. Certains entendent un policier dire "shoot le" à son collègue qui finira par tirer sur le jeune conducteur, c'est la version soutenue par l'avocat du mineur lorsqu'il a fait part de son intention de déposer plainte contre les deux fonctionnaires. D’autres distinguent plutôt l’ordre suivant, "coupe", en parlant du moteur de la berline, suivi d'une phrase difficilement intelligible.  

Au cours de leur audition, deux fonctionnaires ont été confrontés aux "propos tenus lors du contrôle et au regard des vidéos amateur diffusées sur les réseaux sociaux", a indiqué le procureur de Nanterre, d’après qui "seule une partie des propos étaient reconnus par un des fonctionnaires". Pour y voir plus clair, la bande sonore de cette vidéo amateure va donc être analysée par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).

Si le deuxième policier a sorti son arme

Dans une vidéo prise par un témoin, à travers son rétroviseur, on croit distinguer les armes de service des deux policiers, penchés sur le véhicule. Ce jeudi, le procureur de Nanterre a confirmé que les deux fonctionnaires de police, une fois pied à terre, ont effectivement sorti leurs revolvers de service. Ils disent "avoir tous deux sorti leurs armes et les avoir pointées sur le conducteur pour le dissuader de redémarrer en lui demandant de couper le contact".

Sur cette scène filmée par un témoin dans le rétroviseur de son véhicule, les deux policiers semblent munis de leur arme de service
Sur cette scène filmée par un témoin dans le rétroviseur de son véhicule, les deux policiers semblent munis de leur arme de service - @egxptien

Ce que montre la vidéo qui circule d’un ambulancier en colère

C’est une autre scène qui a marqué et qui s’est déroulée peu après la mort de Nahel, alors que son corps était transporté à l’hôpital. Elle est présentée comme l’"explosion de colère d'un des ambulanciers qui a conduit le corps de Nael, 17 ans, tué ce matin par la police, par un tir à bout portant". Cet ambulancier, dont le visage n’est pas filmé, s’emporte contre des policiers. "Vous allez voir comment Nanterre, ça va se réveiller. Il a 19 ans, tu vois qu’il a une gueule d’enfant !", répète-t-il alors. "Pour un défaut de permis. Pour un défaut de permis frère ! Moi j’ai mes collègues qui étaient là. Je le connais le petit, je l’ai vu grandir !" 

Cet ambulancier n'a pas transporté le corps de Nahel, comme le laisse entendre le compte ayant relayé la vidéo, a précisé la préfecture des Hauts-de-Seine à Libération. Et ses liens avec la victime ne sont pas confirmés par cette même source. Ce qui est certain, c’est qu’une plainte a été déposée suite à la diffusion de ces images et que l’ambulancier a été placé en garde à vue, sans que l’on en connaisse les motifs. 

Pourquoi deux enquêtes ont été ouvertes, contre le policier et contre Nahel 

S’étant saisi des faits, le parquet de Nanterre a ouvert deux enquêtes sur la mort du jeune homme. La première pour "refus d’obtempérer et tentative homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique" et la seconde, confiée pour le moment à l’IGPN, pour "homicide volontaire des faits ayant été commis par un dépositaire de l’autorité publique". 

Elles tendent à "objectiver l’ensemble des circonstances qui ont conduit au décès", d’après le procureur. Le sort de la première enquête n’est pas encore fixé, tandis que l’avocat de la famille de Nahel a annoncé déposer prochainement deux plaintes contre les agents de police. 

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Caroline QUEVRAIN

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