LE WE 20H

Nantes : les proches d'une femme assassinée mènent leur propre enquête

M.L (avec AFP) | Reportage TF1 Jérôme Garro et Erinna Fourny
Publié le 21 octobre 2022 à 23h27
JT Perso

Source : JT 20h WE

Le procureur de Nantes a mis en garde vendredi contre des initiatives d'investigation privées, qui voudraient se substituer à celles des policiers.
Après le meurtre d'une femme dimanche matin, ses proches et ses voisins ont retrouvé eux-mêmes la trace du suspect.
Une réaction provoquée par l'émotion du drame, mais dont la justice souligne tous les dangers.

Le meurtre d'une mère de famille a déclenché une double enquête rarissime à Nantes, en Loire-Atlantique. Nadia Hassade, 47 ans, a été retrouvée morte dimanche matin à quelques mètres de l'arrêt de bus Fardière, le corps frappé de 23 coups de couteau. Cette femme de ménage attendait le bus pour se rendre dans l'établissement de santé où elle travaillait quand elle a été attaquée. Choqués, ses proches ont décidé de mener leurs propres investigations, en commençant leurs recherches autour de cette zone. 

Un interrogatoire improvisé diffusé en ligne

Ils se font remettre de force les images de vidéosurveillance d'un garage alentour, mais aussi d’un établissement scolaire voisin, et y repèrent la présence d'une Peugeot 308 blanche. Les habitants du quartier font alors du porte-à-porte dans les rues voisines pour savoir à qui appartient cette voiture. Dès le lendemain, ils retrouvent un suspect et le soumettent à plusieurs questions, un interrogatoire improvisé qu'ils filment. Diffusée sur les réseaux sociaux, la vidéo a reçu près de 60.000 mentions "J'aime" et plus de 5000 partages, avant d'être retirée jeudi soir, selon France Bleu. Interpellé par la police, ce jeune homme de 21 ans est ensuite passé aux aveux quelques jours plus tard.

Toujours selon la radio, des vidéos circulent aussi en ligne montrant des jeunes résidents patrouillant de jour comme de nuit dans les rues et aux arrêts de tramways dans le quartier de Bellevue, une "milice de quartier" comme elle s'est autoproclamée. Un compte Snapchat a même été créé pour permettre aux femmes qui ne se sentiraient pas en sécurité de lancer une alerte dès que besoin.

En voyant le quartier endosser la mission qui incombe normalement aux forces de l'ordre, les riverains sont partagés et confient un sentiment d'impuissance. "Ce n'est pas leur travail, mais ils ont fait le travail", résume l'un d'eux dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. "Ça me rassure un peu de voir que les gens se rendent compte qu'il y a des problèmes, mais l'État ne se mobilise pas forcément", regrette une autre. 

"Ces agissements ont lieu en dehors de tout cadre légal"

Le procureur de la République nantais, lui, estime que cette enquête parallèle présente un risque, celui de parasiter le travail de la justice. "On peut tout à fait comprendre l'émotion qui a été celle de ces jeunes gens, et qu'ils aient voulu ne pas rester inactifs, mais ces agissements ont lieu en dehors de tout cadre légal", appuie Renaud Gaudeul. Ces initiatives pourraient même s'avérer contre-productives pour le déroulement de la procédure : "Cela nuit au recueil des éléments de preuve dont nous avons besoin, et peut également affaiblir en réalité les éléments dont nous avons besoin pour présenter un dossier digne de ce nom devant la juridiction de jugement", poursuit-il.

Selon l'AFP, le procureur a ainsi affirmé que les proches et voisins de la victime se seraient introduits au domicile du suspect après l'avoir identifié pour y mener "des fouilles et des prélèvements d’objets qui auraient pu être indispensables pour l’enquête". L'accusé, de son côté, a indiqué avoir reçu "des coups de pieds et de poings".

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Les funérailles de la victime se sont tenues jeudi, rassemblant des centaines de personnes devant la mosquée. "Le premier sentiment, c'est l'incompréhension. On ne disait pas que quelque chose comme ça puisse avoir lieu à Nantes, et en France de manière générale", déplore un homme, venu rendre hommage à cette mère de famille. Cette affaire de meurtre, qui survient trois semaines après le viol d'une femme de 40 ans dans le centre-ville de la commune, s'ajoute à un climat d'insécurité grandissant à Nantes. Mis en examen pour homicide volontaire en état d’ivresse, le suspect, lui, risque la réclusion criminelle à perpétuité. 


M.L (avec AFP) | Reportage TF1 Jérôme Garro et Erinna Fourny

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