La commission d'enquête du Sénat sur l'état du narcotrafic en France rend ses conclusions ce mardi matin.
Les sénateurs doivent formuler ce jour des propositions pour sortir le pays de cette activité qui aurait généré au moins et 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France.

Ce sont des données qui font froid dans le dos. Selon les derniers chiffres révélés par le ministère de l'Économie et des finances, le narcotrafic en France aurait généré 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Au total, ce sont pas moins de 200.000 personnes qui seraient en activité dans ce secteur dans les grandes villes mais aussi dans les campagnes où les gendarmes ont constaté une hausse de 67% du trafic entre 2012 et 2022 !

Ce mardi matin, la commission d'enquête du Sénat sur l'état du narcotrafic en France doit rendre ses conclusions après six mois de travail, dressant le portrait d'un pays submergé par ce marché criminel. Les sénateurs de la commission d'enquête formuleront une série de propositions afin de mettre en place une "stratégie globale et ambitieuse" pour sortir le pays "du piège du narcotrafic".

"Aucune profession n'est épargnée"

Au cours des six mois d'auditions, de nombreux acteurs de premier ordre - magistrats, policiers, gendarmes, élus, ministres - ont prévenu tour à tour que la corruption permettait au trafic de prospérer. 

"Aucune profession n'est épargnée : dès lors que les trafiquants offrent des sommes extrêmement élevées, certains personnels peuvent céder, à un moment donné, à l'appel de ces sirènes criminelles", soulignait fin novembre Stéphanie Cherbonnier, cheffe de l'Office anti-stupéfiants (Ofast). 

"Chaque personne a un prix et les moyens de ces réseaux sont quasiment illimités. Oui, on constate une augmentation de la corruption", affirmait pour sa part le procureur de la République à Marseille Nicolas Bessone. 

La cité phocéenne est gangrénée par le narcotrafic: 49 personnes ont été tuées en 2023, dont quatre victimes collatérales, dans la guerre de territoires opposant des gangs rivaux.

"Je crains que nous ne soyons en train de perdre la guerre contre les trafiquants à Marseille", s'était alarmée le 5 mars Isabelle Couderc, vice-présidente du tribunal chargée de la coordination de la section "JIRS Criminalité organisée" de l'instruction, devant la commission d'enquête, une sortie qui a irrité le garde des Sceaux. 

"J'ai dit que lorsque l'on exprimait l'idée qu'une guerre était perdue, on la perdait. Oui, c'est une réalité", a affirmé Eric Dupond-Moretti.

Place nette XXL

Pour tenter d'anéantir cette économie parallèle, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'est démené tous azimuts depuis quelques mois vantant ses opérations antidrogue, labellisées "place nette XXL", lancées en grande pompe par Emmanuel Macron à Marseille et dont l'efficacité laisse perplexes policiers spécialisés et magistrats.

"Sur les neuf opérations place nette XXL, il y a eu 3.814 interpellations, plus de 500 armes saisies, quatre tonnes de drogues et 20 millions d'euros en argent frais", a affirmé M. Darmanin mi-avril.

Le ministre de la Justice a présenté fin avril plusieurs pistes pour lutter contre le "haut du spectre" du narcotrafic, avec la création d'un parquet national dédié à la lutte contre la criminalité organisée (PNACO) ainsi qu'un "véritable statut du repenti", en s'inspirant de ce que font les Italiens "avec beaucoup d'efficacité".


A.S avec Alexandra Guillet

Tout
TF1 Info