Pendant des années, il a laissé croire que sa mère était vivante : les terribles aveux du fils

Aurélie Sarrot
Publié le 19 septembre 2022 à 22h07, mis à jour le 4 octobre 2022 à 11h36
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Le 30 août dernier, le corps sans vie d'Albertine H., 99 ans, a été retrouvé dans sa maison de Bretoncelles.
Chaque semaine, depuis des années, son fils lui déposait à manger.
Tout le monde croyait que la nonagénaire était vivante, mais elle serait en fait décédée depuis au moins cinq ans.

Sans la ténacité du maire, Albertine H., serait peut-être encore seule, sur son lit de mort, dans sa maison du lieu-dit de La Booz, à Bretoncelles (Orne). C'est cet été que Daniel Chevée, édile de cette commune du Perche de 1464 habitants, a commencé à vraiment s'inquiéter du sort de cette nonagénaire.

D'abord, il y a eu le compteur d'eau. Début juillet, l'édile note que ce dernier n'a pas été relevé dans la maison de Madame H. depuis 10 ans, et que l'index était toujours transmis à la Ville par son fils, lui aussi prénommé Daniel. "J'ai exigé cette année une photo de l'index, je ne trouvais pas normal que nous ne puissions pas accéder au compteur. Je ne l'ai jamais eue", indique l'élu à TF1info. 

Pas d'eau consommée, ni d'aide à domicile

Suite à la canicule, le maire décide que tous les habitants de Bretoncelles âgés de plus de 90 ans soient appelés par ses services. Mais étrangement, Albertine H., qui aurait eu 99 ans cette année, n'a aucun numéro de téléphone attribué. 

À plusieurs reprises, Daniel Chevée demande à Annick, la belle-fille d'Albertine H. qui est également l'une de ses adjointes, si sa belle-mère va bien. 'Oui oui, tout va bien", lui répond-elle systématiquement. "Elle ne faisait en réalité que rapporter les propos de son mari, car elle était brouillée avec sa belle-mère depuis 41 ans et était interdite de séjour chez elle." 

Daniel Chevée cherche alors à savoir si la nonagénaire bénéficie d'une aide à domicile ou emploie une femme de ménage. Il ne trouve rien. Difficile aussi d'avoir des doutes sur la famille. Le fils de cette dame, artisan chauffagiste à la retraite, et sa belle fille, une ancienne coiffeuse, sont "bien vus de tous" et sont "très investis sur la commune". "Le 25 août, j'ai dit à Annick : 'Écoute, le 'tout va bien', ça commence à bien faire ! Si tu n'étais pas élue, ça ferait belle lurette que j'aurais appelé les gendarmes pour qu'ils aillent vérifier sur place.' Dans ma tête, ce que je ne lui dis pas, c'est que je me laisse huit jours pour faire intervenir la gendarmerie."

Sur le lit, "que de la poussière"

Il n'aura pas le temps de prévenir les gendarmes. Quatre jours plus tard, c'est lui qui reçoit un appel de son adjointe. "Elle m'a dit : 'il faut que tu viennes me voir, c'est très urgent, c'est à propos de ma belle-mère'." Quand le maire arrive chez Annick, Daniel, le fils d'Albertine, est au sol entouré des pompiers. L'épouse explique que son mari vient de faire un malaise après lui avoir avoué que sa mère était morte "depuis plusieurs années". 

Annick a obtenu l'aveu de son mari après que, ce 29 août au matin, le couple s'est rendu chez la nonagénaire pour lui livrer le repas, comme Daniel le faisait depuis des années. Affaibli par un Covid long, l'homme est ce jour-là incapable de marcher. Devant la maison, sa femme insiste pour déposer les "sandwichs triangles" et quelques autres aliments. En poussant le portail, elle découvre alors un jardin couvert de broussailles, infranchissable. "Elle a dû lui dire quelque chose comme : 'tu peux laisser ta mère vivre là-dedans.' Et là, il a craqué", projette le maire. 

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Alertée, la brigade de recherches de la gendarmerie se rend sur place. Après que les agents de la ville ont débroussaillé le jardin, les militaires pénètrent dans la maison. Mais le corps d'Albertine H. est introuvable. 

Auditionné sur son lit d'hôpital le 30 août, Daniel leur assure que le corps de mère repose sur son lit et qu'elle est morte "depuis cinq ans". La brigade criminelle arrive à Bretoncelles. "Les enquêteurs cherchent immédiatement sur le lit. Mais au bout de tant d'années, il n'y a plus rien. Il n'y a plus que de la poussière. Le plus grand os était grand comme mon ongle de pouce. Il n'y a pas de crâne, pas de fémur. Très honnêtement, je pense qu'elle est morte depuis bien plus longtemps que cinq ans", commente le maire. 

Silence intéressé ou déni de la mort ?

Les ossements retrouvés ont été confiés à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale pour être analysés. "Madame H. avait aussi une prothèse dans le dos, cela permettra de l'identifier très vite, car les prothèses sont numérotées", ajoute l'édile. 

En attendant l'identification formelle du corps, les habitants du petit village de Bretoncelles sont abasourdis. Certains regrettent de ne pas avoir repéré certains signaux, comme l'absence de lumière le soir ou de feux dans la cheminée en hiver. Albertine H. vivait seule dans cette maison depuis la mort de son mari Marcel, en 2003. Son autre fils n'avait plus de lien avec elle depuis dix ans et Daniel était son unique visiteur. 

Pourquoi Daniel a-t-il caché la mort de sa maman ? S'agit-il d'un déni de la mort ? A-t-il touché la retraite de sa mère depuis des années ? Un motif auquel le maire ne croit pas. "Il a un immeuble dans le bourg de Bretoncelles, il a trois locations. Il a une maison sur le village voisin qui est très belle. Il n'y a pas d'endettement..." Des investigations bancaires sont en cours ainsi que des auditions dans l’entourage d’Albertine H. Sur instruction du parquet d'Alençon, la direction d’enquête a été confiée à la Brigade des Recherches de Mortagne au Perche.

Reste que l'issue de cette triste affaire ne sera peut-être jamais connue. "Daniel va très mal et il n'est pas dit qu'il se remette de son Covid", regrette le maire de Bretoncelles. "Il pourrait très bien emporter ses secrets avec lui."


Aurélie Sarrot

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