Procès en appel de l'attentat du 14-Juillet à Nice : qui sont les deux accusés rejugés ?

par A.S
Publié le 22 avril 2024 à 12h34

Source : JT 20h Semaine

Le procès en appel de Mohamed Ghraieb, Franco-Tunisien de 48 ans, et Chokri Chafroud, Tunisien de 44 ans, s'est ouvert ce lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris.
Les deux étaient proches de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, auteur de l'attentat au camion-bélier sur la promenade des Anglais de Nice, qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016.

Le procès en appel de deux proches de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel,  Niçois de nationalité tunisienne de 31 ans et auteur de l'attentat au camion-bélier sur la promenade des Anglais de Nice qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016, s'est ouvert ce lundi peu avant 11 heures devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Mohamed Ghraieb, Franco-Tunisien de 48 ans qui comparait libre, et Chokri Chafroud, Tunisien de 44 ans qui comparait détenu, sont jugés pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle". Ce sont les deux seuls des huit accusés de première instance à avoir fait appel. Ils avaient été condamnés en 2022 aux peines les plus lourdes, 18 ans de réclusion (la peine encourue pour ces faits est de 20 ans). 

"La cour a eu l'intime conviction que l'auteur de l'attentat Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait été associé, dans la détermination puis la réalisation de son projet criminel, tant à Mohamed Ghraieb qu’à Chokri Chafroud", avait estimé le président de la cour Laurent Raviot, à la fin de la lecture du verdict. TF1info revient sur le profil des deux accusés alors que le principal auteur avait été tué le soir des faits par la police. 

"Je n'ai rien à voir avec le terrorisme"

Né le 19 février 1976 à Marsa en Tunisie, Mohamed Ghraieb, Franco-Tunisien, marié à une femme ayant quatre enfants, s'était présenté spontanément aux enquêteurs le 15 juillet 2016 avant d'être placé en garde à vue et mis en examen le 21 juillet 2016 du chef d'"association de malfaiteurs terroriste".  

"Camarade" de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, il était, selon l'accusation, "pleinement conscient" de l'adhésion de son ami "à l'idéologie nihiliste du djihad armé" avant les faits, mais les investigations n'ont pas permis de déterminer s'il était au courant de son projet d'attentat. Musulman non-pratiquant, Mohamed Ghraieb avait condamné devant les enquêteurs le terrorisme djihadiste. Il a aussi indiqué avoir noté des changements de comportements chez Mohamed Lahouaiej-Bouhlel qui avait tenu devant lui un discours favorable à l'organisation État islamique. 

L'accusé n'a eu de cesse de clamer son innocence.  "Je n'ai rien à voir avec le terrorisme et la violence" s'était défendu en première instance le Franco-Tunisien alors âgé de 46 ans. Parmi les éléments à charge, l'accusation lui reproche notamment d'avoir circulé le 11 juillet 2016 à bord du camion ayant servi à commettre l'attentat en compagnie de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.

L'enquête avait révélé que les deux hommes, qui s'étaient connus en Tunisie avant de se retrouver à Nice au début des années 2010, avaient de très fréquents contacts au téléphone : près de 1300 l'année précédant l'attentat. Le soir du 14 juillet, Mohamed Ghraieb, alors veilleur de nuit, avait ainsi tenté à dix reprises de joindre Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Pourquoi ? "Pour savoir quand je pourrais récupérer la deuxième clef de la voiture que nous venions de lui acheter", avait tenté l'accusé sans convaincre. 

Par ailleurs, des documents ont été retrouvés dans son ordinateur, notamment des photos des frères Kouachi, de Salah Abdeslam. "Il suffit de regarder les sites d’info pour tomber sur ces photos, et ça peut laisser des traces dans l’ordinateur, c'est tout", avait justifié l'accusé. Quant aux soupçons d'avoir cherché à fournir une arme à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l'accusé s'en était défendu catégoriquement : "Jamais de la vie". "La vérité c'est que je n'ai rien vu venir".

"Je n'ai rien fait, rien du tout" avait assuré Chokri Chafroud

Même défense pour le deuxième accusé : Chokri Chafroud. Ce dernier, né le 11 juillet 1979 à Sousse en Tunisie, a été interpellé le 17 juillet 2016. Il a été mis en examen et placé en détention provisoire quatre jours plus tard. Il a assuré n'être l'ami de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel que depuis quelques mois, après l'avoir rencontré au café. 

Célibataire sans enfant et sans emploi déclaré, ce musulman a contesté durant l'instruction toute responsabilité dans l'attaque et s'est dit "désolé" des attentats survenus en France.

Les faits reprochés à cet accusé, détenu depuis juillet 2016, sont proches, notamment avoir circulé à bord du camion meurtrier sur la promenade des Anglais avec le terroriste deux jours avant les faits, s’être associé aux recherches d’armes et avoir fait des démarches pour fournir une arme de poing au terroriste et avoir échangé des messages notamment concernant la livraison d’armes. 

"Je n'ai rien fait, rien du tout" avait lancé l'homme de 43 ans il y a deux ans à l'occasion du premier procès. Ce dernier avait soutenu qu'il n'a "rien à voir" avec le projet meurtrier de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Chokri Chafroud avait indiqué avoir sympathisé avec l'auteur de l'attentat dans un café à Nice, pour rencontrer des compatriotes et parce qu'il prétendait pouvoir l'aider à trouver un logement. Pour l'accusation, les contacts téléphoniques entre les deux hommes et les photos retrouvées dans le téléphone de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel signent une "très grande proximité". Elle l'estime donc "pleinement conscient" de son "adhésion récente à l'idéologie du djihad armé".

"Il ne m'a pas montré" de vidéos d'exactions et "ne me parlait pas de choses de ce genre", avait soutenu Chokri Chafroud. 

"Je ne sais pas ce qu'il avait en tête", avait-il répété. "Est-ce qu'il aurait pu penser que vous seriez prêt à vous engager dans un projet terroriste ?", avait questionné le président à l'époque. "Impossible. Je ne suis pas ce type de personne, je ne ferais pas quelque chose de pareil", avait répliqué l'accusé, pour une fois catégorique.

Le procès en appel de l’attentat de Nice devant la Cour d’assises spéciale de Paris doit durer jusqu'au 13 juin. L’audience est présidée par Christophe Petiteau, président de chambre à la cour d’appel de Paris. L’avocate générale est Naïma Rudloff.  Il u a au total pour ce procès 2542 parties civiles et 133 avocats. 


A.S

Tout
TF1 Info