Paris : cinq ans de prison pour la pousseuse toxicomane du métro

par Léa LUCAS
Publié le 12 mars 2022 à 7h39
JT Perso

Source : JT 20h WE

Gertrude Eog a été condamnée pour tentative de meurtre par la cour d'assises de Paris.
La cour a aussi retenu que son discernement avait été altéré par un trouble psychique.
Elle devra donc suivre des soins psychiatriques pendant cinq ans une fois sa peine purgée.

"Échapper à des bêtes" imaginaires. C'est la justification donnée par Gertrude Eog, une Camerounaise de 46 ans, pour avoir poussé sur les rails du métro parisien une jeune femme -  sauvée in extremis - en février 2019. Cette marginale toxicomane a ainsi été condamnée par la cour d'assises de Paris, ce vendredi 11 mars, à cinq ans d'emprisonnement pour tentative de meurtre.

À l'issue d'un procès où l'irresponsabilité pénale a occupé une place centrale, la cour a retenu que le discernement de Gertrude Eog avait été altéré par un trouble psychique au moment des faits. Celle-ci devra donc se soumettre à un suivi socio-judiciaire pendant cinq ans une fois la peine purgée, avec injonction de soins psychiatriques. Dans le cas où elle y dérogerait, la quarantenaire serait condamnée à une peine supplémentaire de trois ans d'emprisonnement.

Son avocat salue une décision "satisfaisante"

Lors du procès, Gertrude Eog, qui avait bu de nombreuses bières et consommé plusieurs doses de crack au moment des faits, a expliqué son geste par sa volonté d'échapper à des démons intérieurs et nié avoir voulu pousser la victime sur les voies. L'accusée, qui a demandé pardon plusieurs fois au cours de l'audience à la victime - absente - a indiqué qu'elle entendait des "voix" et voulait "échapper à des bêtes" en se jetant sur les rails du métro. Mais elle en aurait été empêchée par la jeune Hongroise qui lui barrait le chemin.

Au regard de cette version de l'incident, son avocat, Farès Aidel, a plaidé qu'"elle était avant les faits, au moment des faits et après les faits dans un délire hallucinatoire", demandant à la cour de retenir une abolition de son discernement, ce qui l'aurait rendue pénalement irresponsable. Une conclusion tirée par la contre-expertise psychiatrique menée lors de l'instruction, alors que le premier collège de psychiatres avait seulement conclu à une simple altération du discernement.

La décision de la cour d'assises est "satisfaisante pour tous, ma cliente, la victime, et la société, car le soin ordonné va lui permettre de s'assurer qu'elle puisse reprendre une vie normale", a-t-il déclaré à l'issue du verdict. "Les débats et la décision font honneur à la justice. Le parcours de vie de ma cliente a été entendu", a-t-il salué.

Une enfance très difficile

À peine âgée de 10 ans, Gertrude Eog - dont la tête est restée majoritairement baissée, et les yeux fermés lors des débats - a été violée par son père dès son arrivée en France en provenance du Cameroun. Sans-papiers, elle dit regretter d'avoir dénoncé son père, puisqu'elle a aussitôt été placée dans des familles et foyers d'accueil pour ensuite sombrer dans la marginalité, la drogue et l'alcool à partir de 16 ans, ne sortant que quelques années de cet engrenage infernal avant d'y retomber. Avant ce vendredi, elle avait déjà été condamnée à 13 reprises, principalement pour des faits de violences.

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Pour rappel, cette femme avait poussé une jeune Hongroise le 27 février 2019 sur les rails de la ligne 12, à la station Saint-Lazare, à Paris, quelques secondes avant l'arrivée du métro. La victime ne doit son salut qu'au geste d'un homme qui l'a remontée in extremis sur le quai. L'avocat général avait alors requis huit ans d'emprisonnement à son encontre.


Léa LUCAS

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