Pas-de-Calais : jugée pour avoir tué son compagnon, une mère de famille acquittée

Publié le 12 janvier 2024 à 18h04

Source : Sujet TF1 Info

Jeudi, une femme de 48 ans, jugée par la cour d'assises du Pas-de-Calais, a été acquittée du meurtre de son compagnon.
Le parquet, qui avait demandé une requalification en "coup mortel", avait requis six ans d'emprisonnement à son encontre.
L'accusée est "soulagée", alors que la fille de la victime se dit "anéantie".

C'est la quatrième fois qu'une femme est mise hors de cause après avoir tué son compagnon depuis l'affaire Alexandre Lange, en 2012. Jeudi 11 janvier, après un procès de trois jours, une femme âgée de 48 ans et en détention provisoire depuis deux ans et demi, a été acquittée par la cour d'assises du Pas-de-Calais du meurtre de son compagnon âgé d'une cinquantaine d'années, des faits qui remontent en 2021, à Saint-Omer (Pas-de-Calais). 

"Ma cliente s'attendait à être condamnée, à ce qu'il y ait une déclaration de culpabilité, même si on avait envisagé que la peine ne soit pas très très lourde au regard des circonstances. Elle a été déclarée coupable de coup mortel, mais acquittée car la légitime défense a été reconnue. Le fait d'avoir été acquittée... Elle était sous le choc. Au début, elle n'a pas compris. Maintenant, elle est soulagée", explique Me Fleur Bridoux, l'avocate de l'accusée, ce vendredi à TF1info.

Le procureur avait requis six ans d'emprisonnement et sept ans de suivi socio-judiciaire, demandant la requalification du meurtre en coup mortel mais écartant la légitime défense en faisant valoir que "la réponse n'était ni proportionnée, ni concomitante à l'agression", selon Me Bridoux.

La levée d'écrou de l'acquittée a eu lieu jeudi dans l'après-midi, et la quadragénaire a pu quitter la prison quelques heures après l'énoncé du verdict. 

Un trou noir

Les faits remontent à la nuit du 20 au 21 juin 2021. Ce jour-là, cette femme, mère de trois enfants nés d'une précédente union, dont un mineur de 9 ans, était avec son petit dernier et l'homme qui partageait sa vie depuis un peu plus de deux ans. Après plusieurs heures passées dans un jardin public de Saint-Omer, le couple, qui avait consommé de l'alcool et du cannabis en quantité, s'arrête vers 23h manger dans un kebab, tandis que l'enfant rentre seul. 

"À la fermeture de l'établissement, après qu'ils ont encore consommé de l'alcool, ma cliente a voulu aider le restaurateur à ranger ses chaises. Son compagnon, très jaloux, fait une crise. Une dispute éclate et se poursuit dans l'appartement de madame. Une fois l'enfant couché, ce monsieur l'a bousculée, lui a donné des coups, elle est tombée. Elle lui a dit de partir, qu'elle allait déposer plainte. Là, il s'est moqué d'elle, lui a dit qu'elle avait déjà déposé deux plaintes et que la police ne la croyait pas et que son frère étant décédé, elle n'avait plus personne pour la protéger", décrit ce vendredi Me Fleur Bridoux, avocate de la quadragénaire, à TF1info. 

C'est là que tout aurait basculé. "Il s'est ensuite approché d'elle et a commencé à l'étrangler. Ma cliente a alors saisi un couteau et lui a dit : 'Dégage de chez moi !'. Ensuite, c'est le trou noir. Elle ne se souvient plus si, à cet instant, c'est lui qui s'est penché et s'est empalé sur le couteau, ou si c'est elle qui a porté le coup. L'arme a traversé le cartilage de la côte en atteignant le cœur", poursuit l'avocate.

Vers 3h du matin, juste après les faits, la quadragénaire a tout de suite appelé les pompiers, révélant son geste et ses conséquences. À leur arrivée, la victime était déjà décédée. 

Questionnée au sujet des deux plaintes de sa cliente, Me Bridoux nous précise que celles-ci avaient été déposées au printemps 2021. "Une première plainte avait été déposée pour violences, une autre pour dégradations après que son compagnon a défoncé la porte de son domicile car ma cliente refusait de lui ouvrir", détaille l'avocate. Par ailleurs, le monsieur avait déjà été condamné une fois pour violences sur une précédente compagne.

La partie civile "anéantie"

Contactée par TF1info ce vendredi, Me Françoise Cambrai, avocate de la fille de la victime âgée de 23 ans, explique que cette dernière est "anéantie" par cette décision de justice. "Ma cliente savait que cette femme encourait la réclusion criminelle à perpétuité. Elle ne comprenait déjà pas les réquisitions du parquet, qui a demandé une requalification des faits et six ans d'emprisonnement. Quand l'acquittement a été annoncé, elle était vraiment bouleversée. Elle avait des liens très forts avec son papa. Elle a perdu quelqu'un de très proche, elle s'attendait à une décision sur une responsabilité pénale et elle ne l'a pas. Pour elle, c'est l'effondrement, l'incompréhension", déclare l'avocate de la partie civile.


Aurélie SARROT

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