Pédocriminalité : une plateforme internationale d'échanges de contenus sur le darkweb démantelée en France

par V.M avec Raphaël Maillochon
Publié le 26 janvier 2024 à 21h08, mis à jour le 26 janvier 2024 à 21h37

Source : JT 20h WE

Selon nos informations, un homme a été interpellé mardi à Strasbourg, soupçonné d'être à l'origine de plusieurs "forums" pédocriminels sur le darkweb.
Informaticien à la retraite, il est parvenu à se dissimuler en utilisant des pare-feux sophistiqués.
Des sites consultés dans le monde entier.

Quelques semaines après un vaste coup de filet pédocriminel, une nouvelle prise d'ampleur pour le tout nouvel office mineurs (OFMIN) de la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ). Ce mardi, les enquêteurs de l'OFMIN ont interpellé à Strasbourg et placé en garde à vue un homme soupçonné d'avoir créé et animé plusieurs "forums" de pédocriminels sur le darkweb. Des sites consultés quotidiennement et à travers le monde.

Derrière toute cette organisation, l'homme qui a attiré les soupçons est Claude B., né en octobre 1959, informaticien à la retraite et inconnu des services de police-justice. Père de deux enfants, "sa carrière professionnelle est chaotique", confie une source. Il a été ce vendredi présenté à un juge d'instruction. Conformément aux réquisitions du parquet de Paris, le suspect a été placé en détention provisoire.

Le fruit d'une coopération internationale

Tout débute il y a plusieurs mois lorsque l'officier de police d'un pays – qui souhaite rester anonyme – repère sur le darkweb un forum d'échanges d'images et de vidéos pédopornographiques. Les policiers alertent alors leurs homologues français au sein de l'OFMIN. Après de longues et minutieuses investigations techniques et informatiques, les enquêteurs s'aperçoivent que la gestion de cette plateforme s'effectue depuis l'Europe. Ils arrivent à localiser une "maintenance technique" effectuée en France. Après d'ultimes recherches, ils géolocalisent une adresse à Strasbourg.

En septembre 2023, la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris décide d'ouvrir une enquête préliminaire. Avec l'aide technique d'Europol, l'identité de Claude B., est révélée. Il se cachait derrière un pseudo très connu dans le monde des pédocriminels. Le confondre n'a pas été simple, car le retraité, ancien informaticien, sait parfaitement comment se dissimuler sur la toile. "Il utilisait des pare-feux sophistiqués et communiquait essentiellement via des forums sur le navigateur Tor", un navigateur gratuit en open-source fréquemment utilisé sur le darkweb, glisse une source proche de l'enquête.

La justice reproche à l'homme non seulement les échanges d'images illicites, mais aussi l'administration de ce support, qui fait l'objet d'une toute nouvelle infraction créée par la loi du 24 janvier 2023. Elle stipule que "l'infraction d'administration d'une plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite est réprimée de 5 ans de prison et 150.000 euros d'amende".

Soupçons d'agressions sexuelles

La Brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Strasbourg opère des planques et des surveillances autour du domicile du retraité. Les enquêteurs de l'OFMIN sollicitent les opérateurs de la BRI pour une interpellation rapide, par crainte que ce dernier brûle ses ordinateurs et serveurs. Jusqu'à son interpellation, mardi matin, à son domicile.

Dans la foulée, le domicile est perquisitionné. Les policiers de l'OFMIN mettent la main sur 10 ordinateurs et près de 200 disques durs. Tout ce matériel va désormais être exploité avec l'aide d'experts du centre européen de lutte contre la cybercriminalité et affectés à Europol. Le retraité gérait cette plateforme depuis un petit bureau de son appartement. "Une installation de bric et de broc fonctionnelle. Contrairement à d'autres pédocriminels qui utilisent des serveurs sur des clouds qu'ils paient en cryptomonnaie, lui avait tout installé chez lui", commente la source proche de l'enquête.

Au-delà de cette enquête, les policiers ont également pu mettre à jour des faits d'agression sexuelle, de violences sur mineurs de 15 ans, de corruption de mineurs. Des faits que ce retraité est soupçonné d'avoir commis dans son entourage proche. Mais ce n'est pas tout, grâce à des documents retrouvés, Claude B. est aussi soupçonné d'avoir été en contact, via des réseaux sociaux, avec des adolescentes belges ou allemandes auxquelles ils demandaient des photos et des vidéos.


V.M avec Raphaël Maillochon

Tout
TF1 Info