Piqûres mystérieuses en soirées festives, l'inquiétude monte

Piqûres en boîtes de nuit : à Nancy, l'hôpital crée un protocole pour les victimes

Propos recueillis par Aurélie Sarrot
Publié le 17 mai 2022 à 11h40
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Au centre hospitalier régional et universitaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle), les médecins accueillent les victimes présumées de piqûres afin d'effectuer des prélèvements immédiats.
Ceux-ci seront congelés et conservés cinq jours.
Ils pourront servir de preuves en cas de réquisition de la justice.

Les faits qui semblent désormais toucher la France entière, mais ils restent très peu documentés. À ce jour, depuis l'automne 2021, plus de 150 personnes auraient été victimes des mystérieuses piqûres en boîtes de nuit dans des communes de Bretagne et Loire-Atlantique, en Isère, en Occitanie, dans le Grand-Est et d'autres villes. 

Ce week-end encore, de nouveaux cas ont été signalés à Nancy, où une jeune femme de 22 ans et un jeune homme de 18 ans ont porté plainte, affirmant avoir été piqués dans l'établissement de nuit Le Chat noir.

Alors que le phénomène des piqûres en France se poursuit, le Centre hospitalier régional et universitaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle) vient de lancer un tout nouveau dispositif pour prendre en charge rapidement les victimes présumées.  Emmanuel Puskarczyk, chef du centre antipoison de l'hôpital de Nancy, détaille à TF1info ce protocole.

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D'où vous est venue l'idée du nouveau protocole ? 

À l'automne dernier, il y a eu une recrudescence de mentions, dans les médias, des situations de "soumission chimique". Nous nous sommes alors dits, au sein du CHU, qu'il fallait peut-être envisager un protocole pour améliorer la prise en charge des patients qui se présenteraient à l'hôpital ou qui contacteraient le centre antipoison, avant d'aller au commissariat ou à la gendarmerie pour déposer plainte, après avoir relevé des symptômes par exemple. 

Je tiens à préciser que ce travail n'a pas vocation à se substituer à celui de la justice. Si la victime va porter plainte, la plainte est reçue, l'officier de police judiciaire fait une réquisition au médecin légiste et le patient est reçu. C'est un ordre différent. 

L'intérêt est-il de gagner du temps ?

Oui, car comme vous le savez, dans la problématique de la "soumission chimique", chaque heure qui passe nous éloigne des chances de retrouver des substances en cause si tel est le cas. 

Vous conseillez donc aux potentielles victimes de venir vous voir en premier ? 

Pas nécessairement. Si une victime veut aller d'abord aller porter plainte, pas de problème. Encore une fois, nous ne nous substituons pas à la justice. Mais il est arrivé que des plaignants aient parfois fait des allers-retours entre différents services, qu'ils aient été mal orientés, par un policier, un urgentiste, une personne de l'accueil ou autre. Du coup, nous avons perdu du temps et les analyses sanguines ou capillaires, si trace potentielle il y avait, n'ont rien donné. 

S'il y a une "soumission chimique", nous ne l'avons pas démontrée.

Emmanuel Puskarczyk, chef de service du centre antipoison de Nancy

Si je suis piquée à une soirée et que je me rends au CHRU de Nancy, quel sera le cheminement ? 

Il y aura déjà une consultation médicale. Pour la piqûre, il ne s'agit pas seulement de la question toxicologique. Il y a aussi l'effraction cutanée, le risque infectieux. Au cours de cette consultation médicale, on va intégrer la question potentielle de "soumission chimique". Les prélèvements de sang et d'urine seront proposés au patient, ils seront congelés et conservés, et on orientera le patient pour porter plainte si ce n'est déjà fait. Il a cinq jours pour le faire. Si la réquisition des prélèvements réalisés intervient dans les cinq jours, le laboratoire les mettra à disposition de la justice. S'il ne s'est rien passé pendant ces cinq jours, les prélèvements seront détruits. L'avantage, c'est de pouvoir faire un arrêt sur image et de figer les choses dans le temps. Si on n'a pas prélevé le sang et les urines suffisamment tôt, il ne reste que les analyses capillaires tardives, avec dans certains cas moins de chances de résultat. 

Il y a quelques jours, Frédéric Benet-Chambellan, procureur général de la cour d'appel de Rennes indiquait à TF1info qu'aucune trace n'avait été retrouvée dans les nombreux prélèvements effectués dans les cas recensés de son ressort. La situation est-elle la même pour vous ? 

Pour le moment, rien n'a été objectivé, effectivement. Ni sur Nancy, ni sur le département, ni sur le Grand Est. Peut-être parce qu'on n'a pas su arriver assez tôt, peut-être parce que c'est une nouvelle substance, peut-être parce qu'il n'y a rien… Ou simplement des gens qui s'amusent à piquer des gens pour faire le buzz. Personnellement, je pense que le phénomène est hétérogène. Une chose est sûre : des personnes ont été piquées. Mais à cette heure, s'il y a une "soumission chimique", nous ne l'avons pas démontrée. 


Propos recueillis par Aurélie Sarrot

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